Le 5 mai
devait la renverser. La Russie était réduite à Tidée qu'elle arrêterait mieux le dévastateur eu le calmant par une alliance, qu'en l'irritant par l'opposition.
L'Autriche seule, doDt toutes les frontières étaient envahies, cernée par l'occupation de toute TAllemagne et de l'Italie entière, sentit qu'elle n'avait de ressources que dans son désespoir, et, condamnée à périr, elle prit la généreuse résolution de périr les armes à la main. Peut-être aussi, privée de toute autre alliance sur le continent, pensa-t-elle qu'il fallait profiler de la dernière qui restait encore : la résistance héroïque du peuple espagnol ^ Mais ses efforts furent impuissants, elle fut encore vaincue par la supériorité des armes françaises. Cette fois ce ne fut pas sans gloire. Les armées autrichiennes repoussées ne furent pas défaites ; elles firent acheter cher les champs de bataille qu'elles abandonnaient, toujours prêtes à renouveler le combat. Elles balancèrent la victoire à Essling et rendirent leurs revers glorieux à Wagram et dans les autres combats de cette mémorable campagne. Enûn, serré par l'armée de Napoléon, par Tarmée d'Italie qui avait fait sa jonction auprès de Vienne, et même par l'armée russe qui avait pénétré au cœur de la Gallicie, l'empereur François fut obligé de s'en remettre au vainqueur. Les conditions auxquelles Napoléon permettait qu'il y eût encore une ombre de souveraineté en Autriche, furent imposées et non discutées. L'empereur de Russie lui-même reçut une portion de la Gallicie comme prix de sa coopération.
1. Voici les principaux passages de la proclamation de l'empereur d'Autriche 4 ses peuples: « Depuis trois ans, j'ai tout fait pour nous procurer les bienfaits « d'une paix durable...., tous mes efforts ont été vains. La monarchie autri- « chienfie était destinée à succomber sous l'ambition de l'empereur Napoléon. « L'Autriche est destinée à subir le sort de F Europe qu'il travaille à subjuguer, « du chef sacré de 1^ Eglise qu'il humilie; des provinces d'Italie qu'il s'approprie « successivement, et de ceUes de V Allemagne dont il dispose et qu'il opprime, w L'archiduc Charles s'adressant aux peuples de rAllemagne leur dit : « L'em- « pereur d'Autriche se voit forcé de prendre les armes, parce que l'empereur « des Français veut qu'il ne subsiste pas un seul Etat qui ne reconnaisse sa « suprématie, et qui ne serve d'instrument à ses projets d^ agrandissement ; « parce qu'il exige que F Autriche, renonçtmt àson indépendance ^ se désarme et « se livre à sa volonté; parce que les armées de Pempereur et de ses alliés, « qui ne sont que ses vassauXf se mettent en mouvement contre F Autriche >
Cependant la rigoureuse exécution du système continental servait de prétexte à la domination universelle. On Tavait invoqué pour incorporer la Hollande à Tempire *.
Le puissant souverain de la Russie s'y était soumis, il en avait accompli fidèlement les conditions dans l'espoir de la paix, mais il ne pouvait plus en supporter la prolongation sans consommer la ruine de son pays. La prise de possession du duché d'Oldenbourg par la France, vint blesser son orgueil de famille », et celle de la Poméranie enlevée à la la Suède, avait jeté cette puissance dans ses bras •.
Frédéric Guillaume voyait s'élever l'orage qui ne pouvait manquer de lui enlever le simulacre de royauté qui lui restait et d'effacer la Prusse du rang des nations. Il signa à Paris un traité d'alliance offensive en cas de guerre avec la Russie, par lequel il mettait ses troupes à la disposition de l'empereur Napoléon et aux ordres d'un général français ♦.
L'Autriche qui avait cherché un abri dans le sacrifice d'une de ses archiduchesses ', signa un pareil traité d'alliance, où les contractants stipulaient un secours réciproque de trente mille hommes «. Peu de jours après la Russie s'unissait à la Suède, et l'Angleterre accédait à ce traité '.
C'est ainsi, et par cette ambition fiévreuse qui n'admettait ni tempérament, ni intermittence, que Bonaparte créa lui-môme cette puissante ligue des rois, réduits à se* prosterner, humbles vassaux, ou à tenter un dernier et suprême effort, et cette autre ligne des nations, plus terrible encore, parce qu'elles avaient compris qu'il s'agissait pour elles de tomber, esclaves, sous un joug de fer. Cette union sans exemple, des souverains entre eux et des peuples avec leurs
1. Rapport de M. de Cbampagny du juillet 1810 : « Votre Majesté doit pro-
« noncer cette réunion pour l'intérêt comme pour le salut de ce peuple La
« Hollande est comme le complément de l'Empire. Pour posséder le Rhin tout « entier, Votre Majesté doit aller jusqu'au Zuiderzée. ■
a. Le 28 janvier 1811.