‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 45 sur 47 · Le 3 mai · texte numérisé non relu

Le 3 mai

rois, ne se serait jamais soudée, indissoluble^ si le vainqueur avait apporté quelque modération dans ses entreprises, quelques ménagements dans lesintérêts des peuples soumis par les armes. Que serait-il advenu, si au lieu de les lier à notre esclavage, il les eût associés à une sage liberté ? Mais il ne laissait à tous d'autre espoir que les partis extrêmes.

Qui pourrait croire que ces vieux gouvernements, épuisés, harassés par dix années de revers, et qui ne demandaient que le repos et la vie, se fussent élancés volontairement, et, pour ainsi dire, de gaieté de cœur dans cette lutte toujours inégale, s'ils n'eussent été réveillés par le bruit des armes qui les menaçaient jusque dans leurs palais ? Étaient-ils donc si changés, ceux qui s'étaient montré si timides alors qu'une révolution naissante leur jetait des menaces, des injures et la plus graude de toutes : la tête d'un roi.

On n'a pas oublié que ce fut l'Assemblée nationale qui déclara la guerre à François II, roi de Bohême et de Hongrie, et que la Prusse et bientôt l'Espagne, signèrent à Bâle, la paix avec la Convention encore dégouttante du sang de Louis XVI et de Marie-Antoinette. A quelle époque les souverains du continent ont-ils refusé la reconnaissance de tous les gouvernements et de toutes les usurpations? Retranchés derrière la maxime de tout sacrifier aux intérêts de leurs sujets, combien de fois n'ont-iis pas abandonné le premier de tous : l'honneur et la dignité de leurs couronnes.

Il reste donc démontré qu'il n'y a pas une époque de sa puissance où Napoléon n'ait eu dans ses mains la paciflca* tion du monde, et pas une où son insatiable avidité de conquêtes ne lui ait fait verser desflots de sang pour l'assouvir; enfln, que cette nécessité de sa position exceptionnelle qu'on voudrait lui donner pour excuse, était la nécessité de son caractère et de sa passion , au nom de laquelle on pourrait justifier les plus grands forfaits.

J'avais apporté à Châtillon un profond ressentiment contre l'oppresseur de mon pays. Mais je ne saurais dire quelle indignation s'élevait dans mon âme à ces révélations du ministre autrichien. C'était donc pour de tels résultats

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