IV PRÉFACE DE L'AUTEUR
jugés et des passions qui environnent cette époque, on reconnaîtra que la Restauration a été libérale dans ses concessions, noble et indépendante dans sa politique , sage et intègre dans son administration , modérée, habile et glorieuse dans ses entreprises militaires, généreuse dans ses succès, calme et patiente dans ses revers.
Elle a voulu le bien, elle l'a fait; mais ce n'est pas le bien qu'on admire. On demande des grandeurs idéales, alors que le temps s'y refuse ; on exige du pouvoir public des perfections qu'il n'a jamais eues, et de ceux qui le dirigent des supériorités dont la nature est avare. On veut des caractères, et l'on refuse, même aux rois, le droit d'une volonté ; ou demande des génies, et l'on frappe à coups redoublés sur les têtes qui s'élèvent ; Ton appelle les élans généreux, et l'on ne couronne que le succès des intérêts les plus grossiers.
C'est le peuple qui fait les grands hommes et il n'y en a plus lorsqu'il cesse d'y croire et d'admirer
Mais loin de moi la prétention d'écrire l'histoire ; j'ai seulement voulu tracer les circonstances auxquelles j'ai pris une part directe et en faire ressortir quelques enseignements. Je laisse à d'autres à déterminer l'importance de^la participation que j'y ai prise. Qu'on ne pense pas que j'aie cherché, dans cette publication, .une vaine satisfaction d'amour-propre, en parlant du rôle que les circonstances m'avaient donné. Nous sommes fort loin du temps Où les faits que je raconte et les principes que je soutiens auraient pu me concilier la faveur publique. Je ne l'ai pas recherchée à cette époque, et à celle-ci, je la sacrifie. Ce n'est point par ignorance; nous savons assez à quel prix on l'obtient aujourd'hui ;
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il ne faut ni talents, ni habileté, chacun peut y prétendre. Il suffit de suivre et courtiser les instincts populaires, à tort et à travers, partout où ils se portent. Mais il faut pour cela abandonner son sens moral et abdiquer sa conscience, ce qui n'est pas donné à tout le monde.
J'ai sacrifié à des motifs plus sérieux en me décidant à publier ce volume. Le simple récit des événements auxquels j'ai pris part, prouvera à tous ceux qui cherchent la vérité que le rétablissement de nos rois fut accepté par les puissances de TEurope comme Taccomplissement des vœux unanimes de la France, qu'il fut la voie de la Providence pour briser un règne de fer, assurer les prospérités de l'avenir, et rendre à la nation sa vie morale et intellectuelle, étouffée sous le despotisme sanglant des révolutions et de TEmpire. C'est en vain que les passions haineuses ont dénaturé les faits ; ellps ont supposé des sentiments qui n'existaient pas à cette époque. La France ne vit point avec indignation l'invasion étrangère de 1814 et 1815. Le retour de la maison royale fut universellement reçu comme le salut inespéré de la patrie. Les témoignages contemporains subsistent ; ils sont entre les mains de tout le monde; on ne peut pas leur en opposer de contraires.
Récusera-t-on la proclamation de Carnot?... Carnot, le membre du comité de salut public; Carnot, le conventionnel régicide, alors gouverneur pour l'empereur à Anvers? Il s'adressait en ces termes à la garnison et à l'armée qui étaient sous ses ordres :
Soldats,
Aucun doute raisonnable ne pouvant s'élever sur le vœu de la nation française en faveur de la dynastie des BourbonSy