‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 8 sur 47 · VI PRÉFACE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE DE L'AUTEUR

ce serait nous mettre en révolte contre l'autorilé légitime que de différer plus lonfs;temps à la reconnaître.

Nous avons pu, nous avons dû procéder avec circonspection, nous avons dû nous assurer que le peuple français ne recevrait cette grande loi que de lui-mâmb.

Un gouvernement établi dans une ville occupée par des armées étrangères, avec lesquelles il n'existe aucun traité de paix, a dû quelque temps vous inspirer des craintes sur la liberté de ses délibérations ; ces craintes sont dissipées par le vgbu unanime des villes éloignées du théâtre de la guerre.

Honneur à ceux qui ont su réprimer dans son élan un zèle indiscret, qui eût pu compromettre la discipline et la sûreté du dépôt qui nous est confié 1 Vavènement de notbe ROI au trône de ses ancêtres sera bien plus glorieux appelé par Tamour des peuples que par la terreur des armes.

Le témoignage du sénateur Garât est-il suspect ^ ? Il dédiait à Tempereur Alexandre, au mois d'avril, un écrit intitulé : De Moreau; et, en l'honneur des souverains coalisés qui venaient de délivrer la France, il disait : « Après le 31 mars, est-ce trop exiger pour deux ou trois « grandes âmes, dont aucune politique fallacieuse n'al- ^< téra jamais la magnanime franchise, que de demander « qu'on croie enfin à la sainteté de leur alliance, lors- « que le salut de Paris ^t de la Finance est déjà un pre- « mier résultat, et lorsque, sous peu de jours, une « constitution monarchique et populaire et un Bourbon « pour roi en doit être un second... Interrogez le Béam « et les Basques, ils maudissent la guerre qui les a « longtemps dévastés et ravagés ; mais il auront peine

1. Qui s'était si cruellement associé au régicide, en lisant au roi martyr son^ arrêt de mort, en le lisant de sang-froid et le chapeau sur la tête,

PRÉFACE DE L'AUTEUR. vu

« à appeler ennemi, même étranger, ce Wellington « qui, s'avançant du midi, tandis qu'Alexandre s'avan- « çait du nord, s'appliquait avec la même générosité à « consoler les campagnes et les populations désolées, et « versait le sang anglais, pour mettre en sûreté le sang « français hors des batailles. »

De telles paroles s'expliqueraient-elles, si elles n'eussent été, à cette époque, l'expression des sentiments publics? Même après plusieurs mois, il ne s'était pas élevé une voix contraire, pas une réclamation, pas une protestation , pas une démission. Exemple unique , inouï d'un changement d'État aussi complet, opéré sans opposition, sans résistance.

Qu'on ne s'étonne point si, au milieu de ce conflit des peuples, tour à tour vainqueurs et vaincus, il s'éleva un immense désir d'en finir avec la. guerre et ses désolations ; tous se trouvèrent unis dans ce commun sentiment. Ceux qui avaient été les plus abattus s'étaient relevés avec indignation; ils faisaient la guerre pour conquérir la paix, et versaient généreusement leur^sang pour la cause de l'indépendance ; ils étaient dans cette étroite nécessité de vaincre ou de périr. En France, ce sentiment comprimé surgit avec une égale ardeur, l'homme de la guerre fut universellement repoussé et le retour du roi devint pour tous le gage de cette paix, telle qu'on la voulait, ferme et stable.

On en cherchait partout de nouvelles garanties, et c'est ainsi qu'il y eut comme un pressentiment d'une ère nouvelle, d'une association des peuples appuyée à la fois sur le principe chrétien de la fraternité des hommes et sur lé cosmopolitisme prêché par la philosophie. On prévit la marche des nations vers cette

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