VIII PRÉFACE DE L AUTEUR
grande unité, qui est leur desUnée providentielle ^ Dans de semblables dispositions, produites par le ressentiment des maux soufferts, il est facile de concevoir que ceux qui nous aidaient à briser un joug devenu insupportable, et nous ouvraient de si belles espérances, parussent des libérateurs et non des ennemis.
S'il m'était permis de mêler à ces grandes considérations quelques motifs personnels, j'avouerais que j'ai désiré expliquer dans cetle publication ma singulière position dans les affaires. Je m'y suis trouvé souvent appelé, et quelquefois en première ligne, mais bien plus par quelque crédit auprès des deux rois que par des fonctions officielles. Je les avais plutôt redoutées que recherchées; je n'avais pas l'ambition du pouvoir à toutes conditions et à tous hasards. Il me manquait la confiance d'y servir mieux qu'un autre; d'ailleurs on avait mis plus de soin à m'en éloigner que je n'avais eu d'empressement à y atteindre . Tous ceux qui voulaient arriver regardaient mes services comme le premier obstacle à leurs prétentions, et puis les princes associaient volontiers leurs amis à l'abnégation qu'ils avaient pour eux-mêmes. Ils se tenaient en garde contre leur propre faveur et se refusaient, comme une fantaisie, la satisfaction de les appeler aux premiers emplois. Ils acceptaient ceux qui leur étaient donnés par les circonstances pour échapper à la responsabilité de les choisir. D'après cela, je ne saurais m'étonner qu'il soit resté quelque incertitude sur ce qu'on pourrait m'accorder de capacité dans la chose politique. En ne me voyant point appelé à la
1. Le traité dit de la SaitUe-AlKance signé en 1815, mais pressenti en 1814.
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direction des affaires par des princes qui me conservaient une grande faveur personnelle, il a bien été permis au public d'imaginer qu'ils ne me jugeaient pas mieux qu'un autre en mesure de les y servir.
C'est ainsi que j'ai exercé une influence mystérieuse et presque fantastique. Je n'ai paru le plus souvent qu'une espèce de spectre, remuant de grands bras, derrière une toile dont on voyait les mouvements, les plis et les ondulations; il m'importe donc d'expliquer cette intervention essentiellement secrète, lorsque je puis encore donner à la vérité les témoignage3 vivants de ceux qui l'ont connue, et déjà le plus grand nombre en a disparu.
Alexandre que j'avais vu, à la tête des rois, élevé quelquefois à la hauteur de ce rang et au-dessus de lui-même, par la générosité de ses sentiments et la grandeur de ses pensées, a fini, jeune encore, aux extrémités les plus reculées de son empire, comme le lion des forêts i^che sa mort dans le désert. Les anciens auraient pu le croire enlevé au ciel et mis au rang des dieux.
L'empereur François, simple sous sa triple couronne, a terminé des jours pleins d'orages, dans la tranquille et glorieuse satisfaction d'avoir assuré la grandeur de son empire, le repos et la prospérité de ses peuples.
Le roi Frédéric-Guillaume III a également accompli sa royale carrière, en oubliant les revers inouïs de son règne dans l'extension de ses frontières et la confiance des peuples réunis sous son sceptre.
Son ministre, le prince de Hardemberg, à la fin d'une longue vie, a vu couronner ses constants et courageux efforts pour le salut d'une patrie adoptive dont il n'avait jamais désespéré.