MÉMOIRE
et avec un sourire bienveillant ; Mirabeau , pour cette fois , se précipita à genoux , et re* çut avec transport l'honneur qu'on lui faisait ; il renouvela ensuite les assurances de sa sincérite et de son dévouement ^ et il sortit. Des qu'il fut parti y la reine dit au roi : « Voilà un vrai » gentilhomme^ il en a les manières , puisse-t-il » , en avoir la loyauté ! au reste ^ je suis très » satisfaite de lui.
r-^ » Il nous a dit de fort bonnes xlhoses, ré- >) pondit I(Ouis XYI, et je^ regrette beaucoup » qu'il ne m'ait pas été connu plus tôt. » Marie- Antoinette fut dès ce pioment sous le chatme que Mii;abeau, répandait sur tous ceux qui l'appro» ç^aientj elle espéra beaucoup de son secours et elle s'exprima en termes très flatteurs sur son qpmipt^^ fla,n$ une lettre qu'elle écrivit à M. de Boxnbelles y Tun de ses confidents , lettre dans l^uelle e}le faissiit le récit de cette entrevue. Mirabeau de son côté ne pût garder entièrement le silence^ ): il conta tout à une dame fiDrt spi^v* rituelle qu'U voyait souvent , qui lui dit pru«« demmeift en retour de. sa' ooùfidende' : « Pour )> votçei repos et pour le mieli , j'oublierai le rêve » dopt vous me faites lé, récit. » -
IL ne tut d'ailleurs: 4 mOa oncle, aucusit^e ces
DVS PAIK D« PAAISCE. 87
détaib dont je puis ^randr rexadtitade; Qtiàfât à moi je ne fus pas admis dans toute sa coh^ fiance*, ^'y comptais cependant^ caf'jie 'l'avais acoeompa^é : atti reudee-vousf ; et, eô^ritéje pouvais mc^'^^Ate^d'ayoii' eu quelque part à ce gpraqd:rappKiQ|ieiiàent >': ear c'était moi* qui aurais choisi' le fi9crë:>Mirablsàù en- sortant du ckâtèàtiiy me pria de le conduire àla p^c^tte dé làÔèmédîié^ FraBj^îe ec 'àe faire ses eôàipIimeUtS à inbh ondey il m^àfinooça^'il viendrait le tetidéiiibk litf demasdev • à diner^ iî Ayrâ soin \^ pôufëtli Vit4l , » de lui fiaire? entendre qu^ les • ^eci^ets dtt t^ tiè » sont pas ceux de MoNSiEim. f^ ve côâi^ris pâi^ fiaitmneiit be qu'il itouiait m6^dii^è/^^jéitt'a6- (pnttai avi^ soin dé cette coinmklAmi ' * -'' i'^^ Un peu plus tard , et après avoir retÈfjfli moil message^ envers* mèn parent, c^ ^ ëù |)lé«lra dé joie, je tetddfs M% ^Français où j'assistai dans le ibyé^ à tniie disJÀite sem^littérairéV' sémi^ poiitiqqè , entre le député Be^gaâ^é^ et so^ éol-t lëg;ûe Brillât Savarin j le preniièr vit ehcôihe.^ C'était à cette époque un impéCiietiJc dvoèàt > toujours prêt à pPeûAt^la parole • et toujôiirs avec éloquebee> sa ^ ialéidÉique était! forte*; coh4 cise^t conyaincantéy îl serriàit sôirï înterlbcUii« teur C(^iti^ s'il FeÙt tenu dans nu étim.' Lé
terrible Beaumarchais is'était mal trouvé d'avoir un tel adversaire dans soa procës contre Kornmann, il en était; sorti, tout meurtri y et il entendis plus d'une fois depuisr répéter autour de lui ce mot .si énergique 4e i Bergasse. a €et » homi^e sue li^ crime. ;> Bergasse compta^ parmi les défenseurs de.la monarchie , et il avait aujtant 4*éilergie que de capacité. :
. Brillât /Savarin , av^çcopon mç^n^s d'esprit^ possédait 'des- m^niërQS plus douces^ plus cbmin|.uqicatiyes ^ i| pe oherchait pas. à» lutter ^ à Ift tF^l^pe cQHj^r^ qui'qu^. ce iût^ -maisiàitalDle et devant une chj^re exquise >' il professait] ejc; ca-^ ikedra. C'était i Ma gournliand /ou si l'<m aime mieux^ un^j^u^metipar ecccellenoe, digne d^avoîr é^^^aflmis. dans tordre y des Coteaux ^ Vil eût vécu;dUi.tQmpis de.Louis:XrV,.;et digne p^r cwiséq|iep,t:fj$:figuf!er plus tard 9U3^ 9éauoes:4u.jfiry dégustatjçw, présidé par ;Je ^irrtuej CcriBhQd de^^fKeyn^ëre. Il travaillât dès oette époqrièîà digérer dans de; i longues; jodédij^tionsison in^^ portant ouvrage^ : la Phjfisjioiogie du Goût , U.yre ; i^fumarquable suitoùtroamme sorti de la plume ;^'ip9:',)iDciagi«!(p^tr'i Jusqu'ici ceux qui s'étaifenj^tj^s^ . sur;les flevii^^rtd^JM^.tne * iioiis ^yaie^iptt.dç^né que d^ grâtefi', traiteur de* ju«
risprudence^ il appartenait à Brillât Savarin ^ quelque temps avant sa mort , de nous en« richir de ses savantes réflexions sur l'art culinaire. , . !
La querelle eàtre les deux députés était vi«
vement engagée^ ni^Fun ni l'autre itie cédait un
pouce de terrain ,; efc l'on faisait cercle autour
d'eux; là, parmi les juges du cairipV j^^Temar-
guai le froid Marmontel, le malin Lebrun, le
penseur Condorcet, le peintre David, Cailhava
le comique , Fabre d'Eglantine qui tendait à
le devenir, et Tenragé Camille des Moulins ; à
quelques pas de ce groupe, était un homme
d'environ quarante ans, grave, quoique sa
physionomie exprimât la douceur et la bonté ^
on voyait qu'à des connaissances supérieures ,
il joignait une fermeté de caractëre peu com-
mune , non celle qui entraine au milieu des
périls , mais celle qui porte à ne pas les éviter,
à ne pai craindre surtout de rencontrer la mort,
si elle se trouve sur le chemin de la gloire. Sa
figure calme et réfléchie s'animait parfois, ses
manières étaient polies et gracieuses, tout en
lui , annonçait qu'il parlait souvent en public,
on le devinait facilement aux mouvements de sa
tète et aux gestes de ses mains. Je ne le con*
QO MÉMOIRES
naissais pa^ et toutefois son attitude me frappa , j'étais auprès de lui^ et tandis que je l'examinai^, il fiit abordé par .un individu qui le frappant sur l'épaule , le fit sortir de cette contempla» tîon dans lîEiquelle il paraissait plongé ^ et qui en même temps lui adressant la parole^ lui dit avec amitié. : «Bonjour^ de Sè^l » Celui: qui parlait était l4dly ToUendal.
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d'un PAIA de FRANCE. Qi
CHAï»ITRE XXIX.
Bertrand MoHev ille. — Ses-intrigues. — Ce que Mirabeau pensait de lui. — Moiitmorin. — La Luzerne.-^ Saint-Priest. — Latour Dupin GouYemet.— AfLathieu de Montmoredcy propoéè Tabolîtion de la noblesse. — Ce qu'en dit Mirabeau. — ^Mota .de Ma^ry à ce si^et. — Réponse du maréchal de Ségur à la vicomtesse de I^val.-^ Le cheralier de Gobièi^ >^tees atùours arèé lia bpimtessié Rustnen^. H. de Fa...^ -^ A^ieodotf ,qm le coqoeme..**- Fâcheux dënooe* ment^de mes amours ay^c ma4ame de Rusmeiis](||t — Disgrâce de mon onde. '
Depuis ce moment Mirabeau y tout ea conservant en apparence une attitude faostitei à la royauté, devint cependant en secret le^régulateu^ db la conduite du^roi ; il se flattait depài^venirati ministère , dès que Fa^sembléë ntltionale aurait terminé sa session , t;âr on n'avait pas encore porté le décret qui devait Fen exclure à janiaid ; décret qui fut rendu j^us tard ct^iaux approches de sa mort, sur 1^ proposition dé ses aùciëtts amis devenus ses^etinediis.Miais malgré son g^hiîe puissaxit^ eet homme ^traordinaitô ne pouvait
diriger les aiïaires complètement et à sa fantaisie, il ne pouvait pas non plus vaincre le caractère défiant de la reine , qui , après lui avoir montré d'abord une confiance entière, était revenue à ses premiers /erremexits , écoutait ceux qu'elle aurait du éloigner, et par de petites , de mesquines intrigues, dérangeait les combinaisons et les plans gigantesques de Mirabeau.
Il y avait surtout à cette époque un personnage de mérite très médiocre, mais à grandes prétentions, qui commençait à prendre sur l'es* prit du roi et de la reine , uti crédit qui bientôt n'eut plus de bornes. C'était le marquis de Bertrand-MoUeville, descendant du garde-dessceaux Bertrandi, et lui-même ancien intendant de Bretagne, poste qu'il avait rempli avec autant de morgue que de faiblesse ; il comptait au rang de ees .hon^mes dépourvus de hautes idées , . et qui prennent pour de vastes conceptions de petites manœuvres toujours, impuissantes .en lace du ; danger; il voulait à toute force se croiire un grapd homme, il en demeurait convaincu p et se montrait en, même, temps indigné que le public ne partageât ^as cette opinion.; il Ypulait }pittQr contre la révolution avec des jouete d'enfanit .) et il faut voir dans se mémoire^
ce qu'il clit à ce sujet, et la vanité qu'il tire de ses minces espiègleries à l'aide desquelles il se flattait pourtant de replacer la royauté sur le trône dont elle était presque descendue.
Ce Bertrand-Molleville , véritable intendant , portait à l'extrême la confiance en lui-même, il ne voyait que lui , n'entendait que lui, ne corn-* prenait que lui , et plus d'une fois, je pense^ il se surprit lui-même à se regarder passer , il vivait (lanscette plénitude d'un sot égoïsme qui fait faire tant de fautes et qui détruit l'effet de toute bonne qualité. La reine le rapprocha de sa personne auguste, le croyant sur sa parole en possession du spécifique propre à renverser la révolution \ elle le chargea de diriger sa police secrète bien avant l'époque qu'il assigne dans ses mémoires, assez agréables à lire , mais défigurés par une passion délirante qui ne lui a pas permis de juger sainement des choses ; c'était au reste un homme tout dévoué à la famille royale; il la ser» vait avec zèle, affection, intégrité, et de tous ses moyens , il ne reculait pas devant la violence de ses adversaires. Il fut appelé l'année suivante au ministère de la marine, le temps de son administration ne fut qu'une longue lutte avec l'assemblée nationale , et sa fausse posi-
q4 mémoires
tion ne lui laissa pas la possibilité de rendre service à la noble cause qu'il avait embrassée si franchement.
C'était donc lui que la reine écoutait , et Bertrand-MoUeville était trop médiocre pour ne pas haïr démesurément un colosse comme Mirabeau ; le tribun l'écrasait , et cet ascendant lui devenait insupportable ; aussi pour s'en débarras^ser , il employa toutes les ressources d'une basse et petite intrigue , il tâcha de semer contre lui des inquiétudes dans l'esprit des deux augustes per« sonnages , et s'il ne parvint pas à l'éloigner entièrement d'eux , il diminua singulièrement son influence; on se cacha de lui, on cabala sans lui en faire part, et souvent on contrecarra ses mesures par de fausses démarches. Bertrand- MoUeville facilita la correspondance avec les Polignac et les autres ex-favoris , il aida à l'exécution des conseils imprudents que donnaient tous les émigrés , et jamais il ne put se décider à voir que les événements ayant amené un nouvel ordre de choses, il n'était plus possible de gouverner comme par' le passé.
Mirabeau appercevait à peine dans la foule Bertrand-Molleville, il se moquait de lui joui^ nellement, l'appelait le Pantalon français, le mi-
d'un pair de FRANCE. gS
nistre en bavette, l'enfant politique, et faisait sur lui cent mauvaises plaisanteries , ne se doutant pas que ce pauvre honune détruisait la nuit à « l'exemple de Pénélope, ce que lui Mirabeau avait ourdi le jour avec tant d'art ; on sent qu'une machine ainsi régulée où l'on tirait à la fois en avant , et en arrière , ne pouvait cheminer long-4emps; les conseillers en sous-ordre de la £amciille royale, avec de trës bonnes intentions^ ne faisaient non plus que de l'eau claire. Mon** sieur de Montmorin, placé aux afiiaires étrange*^ res , était incapable de fournir quelque secours , ses intentions était excellentes, mais c'était tout; encore engoué de Necker, il ne voyait que par les yeux du Genevois , un porte-feuille était inutile dans ses mains, et loin de diriger le tor» rent, il s'y laissait entraîner tout en criant qu'il fallait remonter le fil de l'eau ^ il y a des gens qui restant les bras croisés, croyent avoir tout iiait quand ils ont parlé à leur aise, M. de Montra morin était de ce nombre, il ne faisait rien, et encore par fois il s'essuyait le front conmde s'il eût puissamment travaillé.
Le comte de La Luzerne , son collègue , chargé dn département de la marine, était son véritable pendant, mêmes sentiments, même attache-
ment pour la personne du roi y mais aussi même incapacité; qui voyait Fun, voyait Fautre , les deux faisaient la paire y et on aurait entre eux décidé difficilement lequel était le moins propre aux fonctions importantes dont on les avait revêtus.
Le comte de Saint-Priest y chargé de la mai» son du roi y avait quelque envie de bien faire ^ et peut-être l'aurait-il pu en d'autres circonstances^ mais dans celles où on se trouvait il aurait fallu une de ces âmes fortes et supérieures y dont la nature a toujours paru avare à l'égard du cabinet français. Le comte de Latour du Pin Gouvernet^ placé à la guerre y se laissait aussi traîner à la remorque par la révolution.
IVecker restait encore aux finances^ mais il y restait inaperçu , sa vaste popularité s'était éva« nouie y on avait sondé son génie et on l'avait trouvé d'étoffe un peu mince ; celui qui s'était flatté d'être le tuteur du roi y de la nation y de l'assemblée nationale y était noyé au milieu des embarras suscités par les circonstances y le tiersétat se moquait de lui y et Necker pour se con«» soler, l'accusait d'ingratitude; le temps approchait que le peuple y qui par des cris de foreurs Tavait rappelé forcément au ministère ^ l'en ver-
DUN PAm «E FRANCE. '97
rait sortir non-seiilement avec indiffçrenoe j mais même avec plaisir. Neckers!appeDcevait de ce nouveau sentiment et il en était désolé y car il avait plas de vanité que d'ambition : il tenait moins à être puissant qu'à être aimé, lui qiii n'ai* mait rien que lui-âiême ^ il fournissait dans cette révolution un exemple frappant de la mobilité des afiRections publiques ; naguère) on l'écôutaic; comme un oracle , maintenant on lui contçs^A tait toutes ses propositions; cette résistance à 9es volontés impérieuses y le mettait a^ désespoir > et sa fiUe commençait à beaucoup moins aimor la révolution^ depuis qu'il n'en était plus le su» préme régulateur; l'intérieur de cette femille était vraiment comique à voir ; chaque jour son enthousiasme patriotique perdait quelque chose de son énergie. Madame INecker^ avec une sim« pUcité parfeite ^ demandait souvent comment on pourrait foire pour se passer de son mari.
Certes , ce n'était pas avec un tel ministre <jue Louis XVI pouvait opposer une résistance calcu« lée et profitable aux empiétements} des meneurs révolutionnaires ^ on lui faisait iaire foutes sur fautes et il demeurait seul ^-abandonné de tout le monde; Le temps s'écoulait et n'amenait auciUie amélioration ;;la noblesse a^nH d^ renoncé à «ses Tome ii. 7
priviiiéges miles, achevale 19 juin de cette années
de se porterie dernier coup à elle ^ méme^ ce fat
le vicomte Mathieu de Montmorenci qui se hâta
de la frapper au cœur, en demandant l'abolition
de ses honneurs, distinctions, titres, décorations»
armoiries, livrées, et qui eut; la triste gloire de
l'obtenir. Mirabeau , tout en: ayant l'air del'ap-»
plaudir avec enthousiasme , disait à son voisin :
(f II lui est bien facile de renoncer aux grandeurs
n des Montmorenci , lorsqu'il n'a plus de cettte
M race illustre que le nom et leblazon. » L'abbé
Maury plus brutal , l'accusait publiquement à h
tribune , de ne pas être même du sang généreux
des Mathieu, des Thibaud, des Bouchard,, des
Anne et des Henri ; cet abbé , peu de temps
après le décret du 19 juin , gesticulant avec
farce , au sujet de je ne sais quelle ptoposi^i
tioû , frappait le vicomte de MontmoreQC|f ,
placé devant lui à la tribune , mais un peu
plifs basf celui-*ci se tourpe, en. lui disant:
If Monsieur l'abbé,' vous me donnes des ceupsdje
n pied dans les reinsV-n* Montez une nparche
>i :de plus^ lui répliqua Maury , et vous les rem
ii'Cfevrës dans le derrière; » . aj •
' J^ ne puis dire tout le tort qa'une pareille.
oondàiMfit^ M:: de^Mointuu^venci^ et la déconsif»
dération qu'elle jeta sur lui. On se rappek alors plasqoe jamais la réponse du maréchal deSégiir à la vicomtesse de Lar^l : cette dame , lasse d^ solliciter iafructueûisement le grade de colonel pour son fils , avait écrit au maréchal, dans un moment de dépit ^ a qu'il était maintenant plus » difficile à un Montmorenci d'obtenir un ré*^ » giment y qu'il ne lui aurait été autrefois de » derenir connétable de France, — C'est ', » madame , que dans tous les temps les Mont* » morend ont été misa leur place , avait ré« » pliqué le vieux militaire. »
La reine Ait personnellement indignée de cette démarche. M. de Montmorenci ne venait plus au château depuis qu'ilavait affiché une exagération d'opinions qui ne convenait pas à sa position, et cependant elle lui fit défendre d'y paraître, ajoupi tant en même temps , disait-on^ ces dures paro-^ les : (( On ne l'y souffrait qu'à cause de son nom , » et comme il y a renoncé , sa présence ne pour^ yi rait que nous être désagréable. » Il y avait cer* tainement de l'exagéra tioli dans la manière dont on rapporta ce propos. Ce bon y mais inepte seigneur n'en possédait pas moins toutes les vertus d'un honnête homme, mais, ce n'é-* tait pas assez ^ il y a des délicatesses ^ des
lOO MÉMOIRES
convenauces de rang dont les qualités les. plu9 •excellentes ne peuvent tenir lieu y et auxquelles on ne peut renoncer qu'en portant atteinte aussitôt 4 sa considération personnelle..
J'avoue que j'aurais ri d'entendre proposer l'abolition de la noblesse par un nouveau noble^ mais delà bouche d'un Montmorenci^ cela m'indigna. On remarquait aussi avec mépris la conduite des Bobans qui, pour se venger dé l'af&ire du collier, se jetaient en étourdis dans tontes les intrigues qui pouvaient déplaire à la cour; et celle du duc d'Aiguillon qui , en suivant la même voie, espérait blanchir sa famille de ses méfaits passé , et qui ne parvenait. qu'à la salir davantage. Il y avait encore un petit gentil* homme de province, déjà à demi fou, dont Tin* gratitude à l'égard de la famille royalef jéclata dans cette circonstance.
: Je ne sais comment j'oserais exquisser son portrait^ aprës celui effroyablement ressemblant qu'en a tracé madame Roland dans ses Mé« B^oires^ :: « Gubiëres, dit-elle , fidèle au double » < caractère d'insolence et de bassesse, qu'il porte vk au suprême degré sur sa répugnante figure, M '.prêcha le sans-culotisme , comme il chantait M ^autrefois les Grâces ; fit des vers à Maraty
d'un PAIK DE FRANCE. Io5
mes mouvements , elle m'environnait d'es» pions^ de surveillants ^ je ne pouvais voir ni mes parantes , ni les femmes de mes amis ; toute so« ciété loù elle n'allait pas m'était interdite , et elle pleurait de rage en pensant que je paraissais au spectacle éans elle. . Elle m'étouf&it à force de m'aimer y et janfitîs il ne fut tendresse pflus pro« pre à me jeésr dans le désespoir.
J«.»e«.ais vraiment, de quelle manière m^ prendre pour échapper à ce- dâmrdement de sentîitiehi , lorsque : je reçus * la visite d'un de mes) aéciens camarades de l'Université de Toui^ louse. Ce jeune homme 9 M. deFa...^ avec nn caractère singulier, une taille colossale et rextérieuf le plus caliiie, avait parcouru :>ert deux ans le cercle. dé tcnites les extravagances posâibles ; c'était un fou à froid ; on le voyait le premier dans les disputes, dans les coups de main 9 soit au parterre du théâtre^ soit contre les jeunes gens de la ville^ et il ne se retirait que le dernier; il employait avec flegme sa force prodigieuse, et se colletait avec son adversaire sans qu'aucun muscle de son visage éprouvât la plus légère contraciionk
Ce fut lui qui vint me voir à Paris<, à l'époque oùj'étaisle plus tourmenté par ma'Sàrmato-Ita«
IÇa . MEMOIRES
de la monarchie^ d'est là ce que je ne: louerai jamais ^ et ce qui jue parait au contraire digne de blâme. U est; à remarquer que dans la confia* ^ration générale, la noblesse de province, celle dont à la cour on &e moquait ^ fut la plus digne dans la manifestation . de âes sentiments ,« la plus compacte dans sa défense ; elle n'abandonna le trône qu'à la dernière extrémité et lorsque le trône s'abandonna lui*i-même* : :♦•• > ■ '
. I Je pa^s^i toute! isettec pnnéd daite :les agîtsttons de la jeu^^^essQ i jH les inquiétude» queinne dimtitf it ^avenir • Mou oncle ^ ' non^ moins tourmeûté-' que Woi iQt plu», prévoyant ,' isé bâta de "vendre les rj^ntes^qu'il.conservait /ainsi qu^tme terre y et fit passer en Angleterre' les; iondsqu'ilen netîra. Il n'augurait pas bien de la marche des chôséàv et il-voulait %^ réserver quelque ressource enctfd de.ci^tastropbe. Jene voyais dans cet acte 'dé pMh*' denoequeile moyen de diminuer sa* fenuné;! je n'imaginais pas en 1790 les excès OÙ larévo» lution reporterait. • ;: - •;
Malgré les graves ipensées dont j'étais préoc* cupé^.je ne refusais aucune partie de plaisir , et dans le comrs de mes folies j)e m^attacbai au cbat* d'une fort; jolie personne ^ qui n'était -ni. dame ni demoiAcàie^ ni fîUisiiiriveuve^ mais-uU'pteu de
d'un paie DB FRANCE. |o3
tout cela y et dont on profond^'inysçere tenvUt ronnait Texistence ; elle se disait Pdonaise., et elle avait raccent italien ; riche.^ et elle paraissait presque pauvre ; sensible^ et je ne la trouvais* qa'étourdie ; elle aimait les arts sans s'y connaître y le théâtre^ où elle allait dormir chaque soir ; elle fuyait les douceurs, d'ime liaison intime , et elle s'ennuyait si dix On douze faorn* mes ne venaient pas folâtrer autour d'elle. Je n'ai jamais va femme plus bizarre ^ et dont les paro^ les fassent moins en harmopie avec ses- actions, . Elle était parvenue, par je ne. sais quelle voîej^ à se rendre intéressante aux yeux de mâdanke d^ GenliS) qui Fa cependant oubliée dans: se^ lA.é^ moires; on la nommait madame Rxismenaka i^ mais ni ce nom , ni l'extérieur .de la dame ne me portaient à la croire née sur les bords de la Vistule. Le feu de ses yeux noirs, le brillant de ses cheveux d'ébëne, ses magnifiques é^auleç ^ 1^ teinte ' presque brune de sa peau, la vivacité de ses gestes, la lenteur qu'elle mettait à prendre un parti , ce besoin de rester couchée et- sans rien &ire une portion du jour, tout me portait à croire . qu'elle était née à ^ome, ville qu'au reste elle paraissait connaître parfaitement. Madame de Genlis était enchantée de cette dan^e >
lo4 / MÉMOiRES'.
cela, me paraisaait naturel. La comtesse Ru»<
measka. se montrait sans cesse en admiration de^
vant eljie ^ bdisait ses maïhs.^ Vantait ses grâces ,
son esprit y seis livres^ et ce ne9> ce nezsibien iait^
si digne des passions qu^à La seul il a si souvent
inspirées... Ma Compatriote apurait gravement
que. rétran gère avait des idées d'un ordre suf*
périeur; quant èrmoi^.iljEoe semblait qufdUê
les arrêtait fixement sur un seul objet^ Vamouir.^
qui était sonûuique culte , mais un amoiur/yio«i
lent , : impétueux y ique .rien ne retenait. J'avooe
qu'au pi^n^ier abord elle me^plut^ je lelai dis^
je cherchai à le lui prouver; die répondit &•
vôtablementi à mes avances^ et depuis ce mo-
ment nmis lie nous quittâmes plus. Mais si j'avais
eu a '.me plaindre ]deThéoduledeLand..ji9 m: la
tyralnnie dé cette feinme charmante n'avak; pas
tdrdé>;à me' devenir insuppcn^tabie > eu fufabîeA
pta dans, .^tte ^nouvelle inclinatibo. «rSK-
>i)La coràtessQ Rusmenska ne se contentait pas
dd'<TOuloir queiije fusse uniquement à lelle^
iit me* fallait lui rendre compte jour pa^}9ur>
heure: pac heure./ minuteipiar minute , de mes
actions ^i ide mes .paroles : et dé mes pensées)^ lui
dire où j'allais, ce que je faisais y chez qui je
dînais y oUe interrogeait ma bouche , mes yeui ,
d'un PAIK DE FRANCE. Io5
mes moavemeDts , elle m'environnait d'espions^ de surveillants ; je ne pouvais voir ni mes parentes , ni les femmes de mes amis ; toute so« ciété loù elle n'allait pas m'était interdite y et elle pleurait de rage en pensant que je paraissais au spectacle sans elle. Elle m'étoufiait à force de m'aimer , et jaroais il ne fut tendresse plus pro« pre à; me jeésr dans le désespoir.
• Jenè savais vraiment de quelle manière m'y prendre pour échapper à ce débordement de sentiîtieiit , lorsque je reçus la visite d'un de mes!aéei6ns camarades de l'Université de Tou« louse. Ce jeune homme , M. de Fa... ^ avec nu caractère singulier ^ une taille colossale et Textérieur le plus caliÂe y avait parcouru ' en deux ans le cercle, dé tcnites les extravagances possibles ; c'était un fou à froid ; on le voyait le premier dans les disputes, dans les coups de main, soit au parterre du théâtre, soit contre les jeunes gens de la ville, et il ne se retirait que le dernier; il employait avec flegme sa force prodigieuse , et se colletait avec ton adversaire sans qu'aucun muscle de son visage éprouvât la plus légère contraction»
Ce fut lui qui vint me voir à Paris , à Fépoqoe où j'étais le plus tourmeaié par ma Sarmato^Ita^
I o6 MÉMOIRES
lienne; j'avais d'ailleurs quelque raison de croire qu'elle ne se mêlait pas uniquement dTafiaires d'amour ^ et qu'elle y joignait aussi la politique. J'avais cru deviner en elle une agexitè de l'Angleterre^ et je ne m'accommodais pas plus de ses intrigues de circonstance que de l'exagération de son attachement; j'étais dans un jour de colfere , lorsque je vis M. de F^, . .je me sentais le besoin de ihe plaindre , et lui coMai tout ce qui me tourmentait. . ■ .•
« Vous voilà bien à plaindre y me dh^li^ tfm » né rompez-vous? — Et le moyen. de fefirire » sans allumer une fureur que je ne me sens » pas capable de soutenir eu fece; je voudrais » que quelqu'un se chargeât de dire à ma- » dame Rusmenska qu'il m'est impossible de » vivre de cette manière , et que je veux abso» )) lument en finir avec elle. — S'il ne feut que » cela pour vous obliger , je suis votre homme , « me répond M. deFa% . . -— Je vous en laisse ») le maitne , Itii dis-je en riant , et croyant ne » faire qu'une plaisanterie^ elle loge rue de » Ménars ^ no 1 1 . »
Cela fait , nous parlâmes d'autre chose. M* de Fa.«.. sortit et je ne tardai pas a faire commelui. Je rentrai à deux heures. Mon valet de chanl[«
bre me reinit un billet de madame Rusmenska ; elle me priait de passer chez elle, toute affaire cessante y si je ne. voulais pas la porter à un acte d^ désespoir. Je la connaissais capable de toutes sortes d'extravagances, et ne devinant pa$ oe^qui agitait sa tête, je me rendis à son ^PP^/ Quand on m'annonça., elle vint imoi dans uD état de rage inexpiimable ; ses trait» étaient ifenversés , .son corps tren^falait étran* pnmqt^ à peip^. quelques parok» injurieuse» {(p^e^ai^nt à ^'éobapper de sa bouche; dles m'apprirent œ qui s'était passé. M. de Fa . . . était venu de ma.p^rt^ ce ^ sans préambule, $àn3. préparation y avec le ton calme qui lui était ordinaire , lui avait dît que j'étais fetigoé de Ba^ pétulance , de sa passion furibonde, et qu'elle devait renoncer à moi.
f ie demeurai confondu de ce trait de caractère: cependant , poussé dans mon det*niep retranchement ^ft voulant, iquisque l'éclat était fait, en profiter, je me justifiai d'abord, et puis convins ensuite que notre liaison ne me présentait plus de charmes, et que ce n'était pas exister qu'être aimé ainsi. À cette déclaration précise, il me fut répliqué avec plus de véhémence encore qu'on n'en.avait témoigné jusque là ^ ks gestes se joignis
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rent aux propos offensant^ , et pour ne pas être complètement battu , au pied delà lettre, force fut à moi d'effectuer une prompte retraite 5 je me sauvai en jurant de ne plus m'exposer à pa« reillefête.
Le surlendemain, jereçus une lettre fort polie, de M. Laloy , autant que je puis m'en souvenir, qui présidait ce mois-là le comité des recherches, véritable inquisition d'état , formée dans Vàh» semblée nationale , par cette lettre ce député ine prévenait qu'il avait à causer avec moi d'uti'fcît, qui me regardait personnellepient. Surptîlgf dU dernier point de ce message, je m'empressai d'y déférer. M. Laloy me reçut à merveille, mais il mè prévint en même temps que je venais d'être dénoncé au comité comme agent secret de FAd*» gleterre. Je frémis à cette odieuse incnlpaiâoa|,' que je repoussai avec toute la chaleur d'une 'i&ne étrangère à d'aussi basses intrigues. -« Je sais » porté à vous croire , me dit-ril ,! quoique voue » ayez pour accusateur votre propre complice, n, Je me récriai plus que jamais, demandjantd-êtM confronté à ce personnage , qui, soit que je lui fusse connu ou inconnu, n'oserait pas sou tlSlitt^ devait moi cett^ odieuse inculpation.
Alors on me nomma la comtesse Rusm^iska.
DUN PAIR DE FRANCE. lO^
Elle avait eu la folie d'aller se dénoncer elle-*
mèmpy de donner même la preuve de ses intelli^
gences avec l'Angleterre, et cela dans Tespérance
de me perdre ou au moins de me déshonorer^
Par bonheur.le comité des recherches se trouva
renfermer quatre ou cinq députés de ma con*
naissance , devant lesquels je pus rétablir iacile«
ment la vérité des faitis; jeleur prouvai que le
seul égarement d'une passion insensée avait
conduit cette femme à me calomnier; je parvins
à les en convaincre , et comme elle-même était
recommandée à des gens qui prirent ses intérêts
avec chaleur , elle' en fut quitte pour avoir à sor^
tir de France , et moi , fort heureux d'une telle .
fin, (;je suivis le ccmseil que me donna mon
oncle , de me retirer pendant quelque temps à
Bourg-la-Reine , auprès de deux aimables pa-»
rentes qui habitaient là un château, où autrefois,
disait-on , avait demeuré Gabrielle d'Estrées*
Le déqouement d'une pareille intrigue me mit de mauvaise humeur, on le croira sans peine; aussi à mon- retour à Paris vers le mois d'août , je ne- fus pas empressé de rechercher la société des femmes de bonne compagnie qiiî n'avaient pas émigré , je me défiais de toutes depuis ma dernière aventure. Pendant cette
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absence forcée ^ quoique je fusse resté bien près de Paris y je fus presque oublié d'une fo\;ile de gens dont j'avais fait la connaissance. Robespierre seul me demeura plus attaché que les autres ; il venait dîner avec moi presque tous les dimanches, et nous passions le temps à parler politique, chacun à notre manière.
Mon oncle, de son côté, fut éloigné de la cou« fiance de la famille royale par je ne sais quelle tracasserie ; car au milieu du tourbillon poli^ tique , il se trouvait encore des courtisans dont toute la vie s'écoulait à cabaler. On dressait des embûches au château des Tuileries , à l'heure ^mème où le trône croulait , contre ceux qu'on n'aimait pas , avec la même tranquillité qu'on aurait pu le faire à Versailles au jour de la toute puissance deLouisXIV. Monsieur, particulièrement , se montra opposé à mon oncle , après lui avoir voulu beaucoup de bien. Cependant, et plus tard, lorsque je le revis en i8i4 9 C6 prince me parla de mon parent avec estime et avec une apparente affection , je dis apparente , car malgré la fî'anchise qu'affichait Louis XYIII , il était très difficile de connaître à fond son véritable sentiment. .• [ \
;Mon ondk,:de'.fort mauvaise, humeur de sd:
d'un pair de FHAKCE. I I I
disgrâce , commençait à ne plus se soucier de l'ester en France , et il se laissa prendre par la fièvre de l'émigration. Mais avant de dire ce que nous fîmes à cette époque y il est quelques anec» dotes que je veux raconter, certains événements dont il me £aut suivre le fil , et des hommes dont je veux tracer le portrait , j'en ai connu beaucoup > et je me complais dans les souvenirs de ma jeunesse ; les vieillards sont parfois rado« teurs^ je lésais, et pourtant je fais comme les antres.