Tome ii
Il4 MÉMOIKËS
un jour à Louis XVI : « Sire^ je n'aime pas les » rois. » Ce n^était pas son sentiment sînc^ qu'il exprimait^ mais en prononçant cette gm9^ siëreté il s'imagina produira un g^nd effet, et donner de lui une haute opinion au mal» heureux mfonarque*: Au rester il changea de conduite à l'égard de celui-ci quand -il le- vît descendu ï(u- dernier degré de l'infortune> et il se déclara 'soie amie Cette ^variation lui • devint funeste, et il périt comme son maître^^ rar Té^ Aafaud; • :> ;:^>ri
- Ett 1790 , on ne prévoyait» pas encore la mavuche que les affaires prendraient définitivement^ Pétion et Ma^nuel me voyaàt étroitement lié avec Robespierre, me crurent de la même opinipn-et ne se génèrent pas devant n^oi ; ils parlèrent à cœur ouvert de leurs projets , de leurs esp^ raaces, Iqui tènilaient à l'établissement d'un^f é* publique f e^r déjà on comiâpiençait à concevoir lUmpo^bilité de s'accommoder irafuchemeni;'^ lamaison dje Bourbon: «Il ne piéut éMrei*idatisla » xervelle de quiconque raisonne > di^it PétiiDii » là ce sujet, que des genS: accoutumés au poU^: » voir absolu consentent à *é^ner en V^'rtu d'im ))' pacte fondamental qu'ils né pourront pas en*»* » f^eîiidre : là noblesse et le clergé lea ap»
tI^VH PXIH DE FRANCE. fl5
% puiaront , et tôt ou ttàrd l'édifiûe que nous » . construisons sera ren^ers^^
•*^ » Oui^ ré^liquaiMamiet^ tine bonne répn«« M bliqne serait préférable^ avec deux pré^dents, » délai paix et de la guerre, G'est»à>-dire , Tnn » ponrleé travaux intérieurs ^ l'autre pour les a relations àTétrattgier.^^^Ëtle dernier , ajonta » Rôbespieire ^ investi du cdmrnanâement de y^ l'armée , aorait bientôt nus l'autre^ k Técatt ; n levir rivalité forcée appellerait l'dn^êttx' néées^ A sairemeni àî Tustippation ; il vaut ïnieuit q^ le n gbn^èf neitient soit t oomposé du président • de » l'assemblée hationak, assisté des prési^nti n de chaque bureau et du conseil defs* mibistres* ^. i '♦-^On^pourraii créer> j^prit Pétîon , un eo- *> mîté dirœteur de ihuit àù dix mJembi^es: et n voiis , monsieur , en «^adressant i moi ; quelle » est vôtres opinion ? — Elle serait , lui dis-jé^ n poiirila monarchie constitutionnelle, à cause 4) deiTbJifrédité qui pare à' une -ipultitude d'inii^ M oonvénients, et qui surtout n^ -laisse a ucqtfe >i porte ouverte àupe fâ'ôp haute ambition. Je H'Cràûis que la république établie^ ne mené » au despotisme militaire c car y tout état semn blabl&a fini par être la proie du premier sol** » dat. heureux. »;? i : • . • Vr:
. La manière froide et presqii'indifférent. avec laquelle je développai ma .pensée^ ne lesârrit» pas contre moi ^ je ue fus à leurs yeux qu!ua nionarchieA,ret c'était alors une ropinioncpinine une autre. « Si le gouvernement républiqaià était »- îferme^ me répliqua Robespierre ^ si de même )) qu'à Venise, il s'enviroanait 'de terreur^iet » qu'il nalb^lan^t pas à sacrifier à la snreiéf^ » ipérale toqt militaire qui commenceràiti^e» w venir /Jàngei^eux > il n'y aurait plus^ le-! péh*il >i qm YQuaioredoutez ; une ptriâon d'étal; âufBtau »! régiûie , d'une monarchie , dans .lestrépub^* » ques ]a^ hache du bourreau^ doit tocrjoars' être «sanglante?»» •' '.
Ces paroles remc^rquablos furent pronoacées d!un. ton idie; voix telleikient ftpre> <|Uî'eU6ktiiro«« dbisirent rsuf nous, trois un effet rsîagulier : çUes nous réduisirent^ au 'silence, wllrsembhiit qjue IVoI;>eBpierre; avait tranché leaaBudide'ila qnestiooij ^ jet. ;qn'il nous .menaçait !d^. dei ce supplice iv auquel moi sêuLde tous .ceux ; qui ét3i!Ëint! là I y ) devais échapper. Car y si rPétipn ne ' se fût pas empoisonhë^ iLaurait monl^sw l'échaiaud de Manuel : /et (|uf on* ne;aroie point que panse que » j'écris après l'événement ,• : je prête aux autres et à moi y des sensations que
d'un pair de FRANCE. Il y
nous n'éprouvâmes point, celle c[ui nous frappa alo^ fut comme électrique.
Pétion pour changerde propos, me demanda s'il y avait long-temps que je n'avais été chez le goui^erneur àes enfants d'Orléans ; ce fut de cette manière qu'il désigna la comtesse de Grenlis.; je j'avais vue la veille, je le lui dis, et l'interrogeant à mon tour.' i< Ne.compté-t-^lle pas faire M avec vous un voyage en Angleterre ? — Oui , » me dit-il, nousavon»£orméce projet , que nous » effectuerons beaucoup plus tard^^^t après la N clôture de la session de l'assemblée coqsti-*> » tuante. — C'est une femme singulière , elle » recommande Ja propreté aux autres , et elle n n'en a guère elle-même. — Elle croit que le » précepte suffit, et se dispense de l'exemple, » mais vous ne contesterez pas ses vertus ré- » volutionnaires , certainement vous l'avez en- » tendue tonner contre les vices de la cour. Au » reste ^ elle nous prépare un ouvrage char- » mant , un roman de chevalerie , où elle » mettra toute sa science du monde , et vous » savez si elle en a. »
Comme Robespierre et Manuel n'allaient pas chez madame Genlis , et qu'ils n'avaient lu aucun de ses écrits ,= ce qu'ils ne rougirent pas
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d'aTOuer y nous ne prolongeâmes pas potre col» loque sur un sujet qui leur était étranger y j'appris cependant de Pétion que la booiae in« telligence était rompue entre cette dame et madame la duchesse d'Orléans; cette dernière formait des plaintes très graves contre la corn* tesse^ qui , abusant de son ascendant sur Ig prince, se conduisait fort mal.
L'abbé Sieyes étant venu à entrer ches le restaurateur , ordonna que l'on plaçât son cou-> vert à côté du nôtre y car , pour nous conformer aux principes d'égalité que l'on cherchait à éta« blir , nous dînions patriotiquement dans la salle commune.
Sieyes est encore un de ces hommes^ sa» Ion moi y fort au - dessous de leur réputation ; il avait eu dans sa vie une bonne fortune, celle d'avoir écrit sa fameuse brochure : Qu'esP-^e que le tiers? elle lui fit tout à coup une ré« putation immense ^ car le tiers qui ne savait pas trop encore ce qu'il était, voulut le savoir, et demeurant trës satisfait de la part qu'on lui faisait, il fit à son tour et par reconnaissance, un génie supérieur de l'abbé Sieyes ; il est possible que celiu*-ci ait eu. des Srues étendues, mais il les noya bientôt dans là métaphysique
d'un paie Oe.:FilANCE. 1 iQ
politique la plus extravagante. Je lui trouve , dans ses ouvrages ^ beaucoup dé ressemblance avec M. de Bonald y tous ^deux sonnent creux , tons deux entortillent leurs pensées de manière à les rendre inintelligibles ^ ce qui les fait paraître profondes aux yeux des sots. Il y a une fouie de gens possédés de la manie de louer ce qu'ils ne comprennent pas ; ce sont là ceux qui donnent la renommée de penseurs à des écrivains dont l'obscurité feit tout le mérite. Sieyes et Bonald
sont dans ce cas; l'un rftve les ahsorhements
comme principe conservateur d'une république, l'autre ne voitquAa famille dans la monarchie^ et pour achever la ressemblance y niâinteùant on ne lit plus ni ]e premier ni le second^ l'un s'est souiHé par le régicide , et l'autre s'est immolé lui-même des ciseaux de l'ignoble censuré;
L'abbé Sieyes , sa ni courage moral , sans véhémence, sans chaleur' et trës certainement sans ame, n'a jamais pu parvenir, à aucune époque de la révolution , à gouverner en première ligne; on le mit toujours de côté malgré ses efforts pour s'emparer de la suprématie. Ce fin politique fut la dupe de la Gironde, des Montagnards , de Pévêque d'Autun , du directeur Barras, et il termina sa carrière publique en se
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laissant mystifier par un lieutenant d'artillerie, devenu le général Bonaparte^ et qui en savait plus à lui seul que n'en auraient su cent Sieye» ensemble.. L'ex-directeur , autre point de, res» semblance avec M. de Bonald, parlait sans cesse et parlait surtout de lui ^ il avait la même vénération pour son mérite personnel , et par conséquent une égale incapacité morale ; il ne trompait que les hommes à courte vue, ceux qui jugent sur parole, sans prendre la peine de lire dans le cœur hpmain.
Sieyes avait ce charlatanisme ordinaire qaiem« ploie les formes mystérieuse^, il parlait a voix basse et par sentences, il semblait faire unecon» fidence en disant : il £ait beau temps; ses phrases , toujours obscures, donnaient à penser , car enfin , il fallait réfléchir pour les comprendre, et comme il glaçait ses auditeurs , ceux-ci avaient la bonhomie de se croire en contemplation. Je me suis, trouvé en face de cet abbé défroqué jusqu'en i8i4> et plus je l'ai connu, plus je l'ai vu ressemblant au portrait que je trace de lui ; nul ne me l'a dicté, je cède en écrivant à mes inspirations, et je ne m'en rapporte pas à celles des autres.
Sieyes qui s'était mis à côté de nous , s'empara
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de la conversation de maniëre à nous rendre muets ^ ceci m'ennuyait, j'en conviens, je fis signe à Robespierre de lever la séance , il pensait comme moi et nous, partîmes ; tandis que Sieyes n'en avait pas fini encore avec son potage ; tant il s'était montré généreux à notre égard de son temps et peut-être de son appétit. Nous nous séparâmes sur la porte du restau» rant ; Robespierre et Pétion furent à l'assem« blée nationale , et je pris le chemin de la maison de Bailly , logé alors à l'hôtel de la Mairie, rue des Capucines ; Manuel y vint avec moi. Nous trouvâmes cet homme excellent avec sa femme , non moins respectable, jouant tête à tête au noble jeu de l'oie , ^c'était la récréation favorite du savant académicien et du maire de Paris. Bailly ne pouvait se donner de distrac« tion plus innocente , et xertes il en avait besoin : c'était l'homme de bien par excellence, et son cœur était navré qu^nd il voyait la tournure que prenaient les affaires. Bailly venait de chez le roi , et il lui avait fallu essuyer une verte réprimande de la reine, justement exaspérée des outrages qu'on lui prodiguait et que la police ne prévenait pas ; elle avait été ce jour là même insultée indignement , en se mettant à la fenêtre