‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france-- (volume 2)Chapitre 15 sur 54 · G MÉMOIRES · texte numérisé non relu

G MÉMOIRES

pour épouse la fiUe qui a passé dans la société sans se faire remarquer. Je faisais ces réflexions en m'éloignant d'Alix , et ^ je puis le dire avec orgueil^ elles m'inspirèrent la noble pensée de ne pas chercher à troubler la paix de ce cœur innocent ^ ou du moins à ne rien faire de ce qui pourrait le porter au remords. Cette résom lution arrêtée , je m^attachai à ma jeune élève avec un attrait que j'essairais en vain de pein« dre. Je ne manquais pas^ deux fois par semaine, de lui donner des leçons claires et à 9a por« tée^ et toujours en présence de son ouvrière , qui finit réellement par perdre ses préyeii^tions contre moi. J'éloignai d'Alix tout ce qui au« rait éveillé l'amour^ je ne prétendais qu'à son amitié ; ma conduite honorable ^ j'ose le dire , détourna la flamme qu'une assiduité empressée aurait peut-être allumée dans ses sens. Je me complaisais dans mon ouvrage , j'aimais à voir la rapidité des progrès de cette élève séduisante , et sa confiance en moi devenait entière. Un jour je lui parlai mariage^ et lui demandai du ton le plus calme y si elle n'avait pas iait un choix. « Non , dit-elle, tous les hommes me » sont indifférents, excepté vou?. Je sensnéan- )> moins qu'il faut me marier , mais conunent

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» ferai-je pour choisir^ jene connais personne? » 8oy;ez en ceci mon guide, comme vous l'avez » été pour: tout le xeste. f> Je fiis singulièrement flatté de cette haute marque de confiance, je la méritais et je m'étiiis déjà mis en mesure de la justifier complètement. J'avais un frère de lait alors militaire , homme rempli d'honneur, de probité, d'intelligence., et animé du désir de &ire son chemin , il n'était encore que sousofficier. Je lui parlai d'Alix,' et lui appris ce qui avait eu lieu; il ne me fit qu'une ques-i tion , je lui répondis en affirmant sur ma foi , que j'étais demeuré l'ami de cette aimable créature.

(i £b bien ! dans ce cas, me dit^il, elle sera ma » femme. » Je le conduisis chez Alix ; l'habit qu'il portait effraya d'abord la jeune fille , mais lorsque je lui eus répondu deS.... , elle consentit à l'écouter, d'autant mieux que grâce au nouvel ordre de choses , il avait l'espérauce d'un prompt avancement. Le mariage eut lieu , et le matin de la cérémonie, Alix, devant son époux , me prit la main : m Monsieur , me dit-elle , je » vous dois le bonheur , je vous dois aussi » ma vertu ; vous auriez pu abuser de la sim* » plicité d^uiiC: pauvre fille , bien des hommes

lo.

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» de votxe rang ne s'en seraient pas fait » scrupule. — ^De mon rang ? — Oui, monsieur , » le hasard vous a fait connaître à moi pour » ce que vous êtes peu après notre liaison. » Je n'osai vous en "parler , vous ne démen* » tîtes pas votre première conduite , et ma con- » fiance continua. Je puis vous répondre de » ma reconnaissance. Mon -mari et moi saurons » vous la témoigner. »

Je l'embrassai pour la première fois -, i la suite de cet aveu qu'elle fit avec une grâce ehar« mante. Son époux sut apprécier le trésor qu^il possédait , et lorsque ses talents, son courage et la fortune l'eurent élevé à de hautes dignités mi-^ litaires , il ne regretta jamais d'avoir pris Alix ; et s'honora toujours d'une telle fomme. J'ai res« serré la durée de cette aventure , qui occupa à' peu près toute l'année 1791 ; il est temps de revenir aux événements politiques et à des récits plus importants.

Robespien*e que je continuais à Toir , et qui, vers cette époque, proposa dans l'assemblée constituante l'abolition de la peine de mort , ne me cachait pas la haine qu'il portait à Mirabeau. « C'est un traître, me disait-il ; j'ai la certitude »' qu'il est vendu à la cour, et maintenant il va

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)» nous devenir plus dangereux qu'utile. Il y a ». un prinoe .qui le connaît bien et qui ne l'aime » pas. T-T- Cela pourrait être à dbarge de re^ » vanqhe ^ réparfi^^je. — £n ce cas^ ilssé ren» Il dent justice tolis les deux ; je voudrais que la n nation cessât de voir en Mirabeau son idole \ » ^ çf ci4te qu'on Jj^i r^nd lui courbera. cher« »

, Je- Q9 donnai pas de-siiite à oin propos,: n'en soupçonnant point toute la portée > fit'oeirtes je ne pouvais croii^e qju'il y eût. d^ns Vassemblfena^ tipaale d€î9 êtret» a^ez pervertis poar réoouFip«a poison. La ch^^ eut \x^vl cependant >:«t void ite que je ,sais de science certaine i ce. sujet. Robebi pierre, en l'j^yi^sim momeitt d'expahsiony ne craignit ip9& 4e ^ yant^r de)la^r^dtpfition qu'il avait prisée ce crime/Deuit paiitts travaiU laient^l^^pertedu'roi, un troisième la désirait sans oser le. déclarer ; tous virent avec pëinJB que Louis XVI tendit, à .se lapprocheii franche» ment de la «QQostitutioti ^ et tous liedoutërent 3es conseils babiles qite:Mirabeau pouvait loidon* ner ; on savait que cetbonune était^ seid icàpable de .diriger: les affaires; de; maniètieilàmaiuiteuir les iactiotis dans les; ; J^it^çs; qu'elles, espéraient franchir , ,et comme il £()rm0it ,1e seul obstacle qu'on pût leur opposer y ce lut contre lui: qu'on

dirigiea tous )es efforts. Le d<§popularis!ei» était incertain i le tuer valait' inièux;^ màb-.ôti ût trouva p^s d'assassiu^ , • il > feUut donc iein|dqyeT le poison z Marat^n -donpéilâ recette /^èSfe* fat sous sa 'Sfarv6iHj^n<?e 'qu'on^ li8^ prépara^ ^ et il répondit de T«ffet; h : :;i ù -.■

Oo ne. savait ^d'aly^râd^ ^etk inàùii^ fàdf^ ministrery on imagina enfin de cboisfh^ le^tnjxiulte d'un repu» |ieddatit lequel ^n^pteëéi^'Iës ingrédtbnts vènéi^uit soit db^' le pfàiit'^^^ïbit danëilemn y soit nièinô dans nâècert^bé^^^âlftiè dieidéux ou tl^ois: plats <![ti-oh s^vaStt ètri pèèStth ^eiM5rral>^au. «R^bèspieipre et'Pétiott -ôé'-dtei^ rcat de ponidl ûirè àù deraiéi^^èrfilè :éet «xécii^l^ Qtbenft^ti^ihêûMt^idéé déf'éi^é^lÉ^là'iitine'èt dé(deuico«itroi«i o^léani^t^ensonsti'^ÊiNs^^-Mii^ l>eau n'euttflu(3un ^upçett dé» cettë'^^dîe' ^'lé mfiljeié^ans ses' «htraillës tl^e t6r<M - plis' k^^te^tti»' nifester â la: suite 4'«mé^pal^tiéiAe^lalsir qiif^Jl^è refusa pels aprës œdîber lotie6t;ë;4dt dafiis'fei^ëUè il'sé sfgbâlapar son ihtëftipAr&ndfef en tous 'gèii'-* ves. J\ reconnut bientte^^d présence du poiséb>^

et s'^n* «spliqua avec '^e^ amis iïitiihësV'^^^ Cabanis , notamnjeùt^ à ifuî iï dit :^( Vbu»^^9f^ v> chess laf ^causede ma mok dsfns^ mêsf exëës'^byi »< siques-yvousla tlKmvet<ez;<p}ucô'rdâiisf1ïi 4baine

d'un PAIA de FRANCE. l5l^

n que me portent ceox qui veulent le bouler D Tersement de la France > ou ceta qui redoup » tent mon ascendant siir l'esprit dû roi et M de la reine. *

ji IMtes à la reine , ajouta-t-il à mon oncle, » venu pour le voir*, que je meurs son servi- M teur *dévoué ^ que je lui donne pour tout M conseil de n'en prendre de personne y il ne n reste autour d'elle ^ue des inâ)écilles ou des n malveillants. »

On ne put jamais lui £aiire sortir dé la tête que sa mort n'était pas naturelle , mais on s'ar^ rangea de telle aorte que. cette opini<m n'éclatât pas dans le public. .Tout Paris y i»utêla France s'intéressa à la malidie.de cet homriie extraoi^ dinaire, sa perte . occasionna > un detiil gféûéral. L'assemblée constituante y son fnrésident à la tète voulut assister i l'enterrement dé Mirabeau. Cette lugubre cérémonie^ qui se prolongea bien avant dans la nuit y eut un éclat inconnu jusqu'alors aux funérailles d'un particulier. La haine et l'envie expirèrent sur la pierre sépulcrale qui renferma ce grand citoyen , ce profond publiciste , cet homme d'état supérieur^ et après sa mort ceux qui l'aimaient le moins forent forcés de loi rendre justice ; écouix>ns

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ce que dit en parlant de cetévënement le ^nar» quis de Ferrières qui certes ne partageait point les sentiments de Mirabeau :

« La mort de Mirabeau fut une perte îrré-

» parahle pour le roi , pour la monarchie^ pour

» les aristocrates eux-mêmes, qui le craigaaienrt

» et qu'il contenait ; ni les uns ni les autres ne

» la sentirent dans le moment , ils furent même

» tentés de se réjouir. La cour eut quelques

» inquiétudes que Ton ne trouvât parmi < «es

» papiers des renseignements sur le traité secret

» qu'elle avait passé avec lui. M. Delamarck,

» sop, exécuteur testamentaire, eut le soia de

» tout soustraire.... Personne n'osait s'emparer

D du sceptre que Mirabeau laissait vacant; ceux

» qui le jalousaient le plus paraissaient les plus

» embarrassés. S'agitaitril une question impoc«

» tante , tous les yeusi: se tournaient machinale^

n ment vers la place qu'avait occupée Mirabeau :

» on semblait l'inviter à se rendre à la tribune

» et attendre, pour se former iine opinion, qa il

» eût éclairé l'assemblée. » -^ :^-

Cette place resta vacante pendant toiïte la durée de la session , et il> ne se trouva pas ^ un amour-propre assez robuste pour oser l'envahit. Chépier que je vis le! lendemain de la^ mort de

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Mirabeau ^ me dit : a Voilà, mon ami ^. la pre- M mi^re victime que la raison d'état réyolutioii- » naire s'immole^ si oh eût laissé faire ce » gaillard, il nousî aurait repousses vers la mo« » narclûe absolue, r— Vous croyez donc que le » poison... — Je ne crois ri^n ,; je déviqe , je » calcule^ et je touche au doigt la vérité. Il ne » faut pas dans les tétnps ou ^loias vivons de ces » homnfiçs si fort au-dessus des âuixes et dont )ï la volonté fesse loi , ils tendent trop à la ty* » rannie. » . ^

Je ^apporte ce propos pour prouver qu'à cette époque on ^tait convaincu que le trépas dé Mirabeau n'était, pas naturel. Mon oacle fut chargé par M. Delamarck d'aller rassurer la reine en lui remettant la liasse de papiers dont l'existence l'inquiéta itw II trouva cette princesse vivement ^affectée et lés larmes aux yeux i elle s'écria dès qu'U entra, m A quel degré » de malheur $uis-je tombée, puisque vous me » voyez pleurant Je cqmte de Mir^beauLIl nous » avait feit beaucoup) dé nial^ et il meurt au » moment 4e nous servir!»

Mon oncle s'acqiaittu de sa double commise sion .« |des adieux dju mo^draint et.de le remise de3 papie^js. JjA reine éprouva tuaé vive douleur à

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cette preuve non équivoque du dévouement de Mirabeau^ elle ne se cacha pad pout la témoigpner. « Je pense comme lui , dit-elle ^ ceux qui ^e » sont fidëles n'ont à m'ôffrir que dé bonnes » intentions-,, le g[énie leur ntanque; les 'autres » sont plus habiles, mais ou me condtlii*aiënt- » ils? »••■ •■ î ■ '■ ■■ ''■■^''- "^ ' '•''''■'■' ■-' Plusieurs jours a{>f ils, elle "fit démànddi* ûioû oncle, le questionna sur iiion compté ëé sûr ma liaison avec Robespierre. Mon parent tâcba^ dé me justifier, assurant à Sa Majesté qtiëxettfe amitié n'altérait en rien mon sèlë pour le service de la Emilie Royale, et il âva^ ràision. «Puis-^ » que TOUS me le dites , je dois "voiis croire , et )) pour vous le prouver , envoy^riioi demain » votre neveu j il demandera ftiadame Canipan^ » qui le fera entrer par la porte de mon appar-^ )) tement qui sVmvré daiifs fes couloirs de Iser* tt.vice; j'ai quelque en v^e de le questionner J »: peut-être irai-*je jusqu'à l'employer. » nMott oncle, -transporté de joie, et augurai^ beauGoup^ poui^ m^i d^'ces paroles , se hâta de me les rapporter. Ellëà tne caBfsferëfnt tttoe Vive allégresse, je ne le dissimulerai pas; et je me promis à l'avânce d'obéir à' tout ce 'que la reine exigerait de Tuoi : car ce n'était paS' afû

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temps de son infbctune que je lui aurais refusé la preuve de mon dévouement ^ je n'avais pas encore appris à marcher au secours du vain» queur.

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