CHAPITRE XXXV
Orgueil de la noblesse dans l'émigration. — Le gentilhomme et le roturier. — Histoire tragique. — Mort de mon onde. — Je' rentre en France avec de faux papiers. — Situation de Paris-v^LeoDOite de Groyon. — La reine m'accorde une audience. — Ce qa*dle, me dit sur Monsieur et sur l'émigration. — Ma conversatioii avec M. Bertrand de Molleville. -— Quelques Réflexions.
CoBLENTz était devenu le refuge de tout ce qui , en France , tenait encore à Fancien oèdre de choses; il n'est donc pas étonnant que cette* ville fût comme le quartier-général des vieilles idées et des prétentions nobiliaires ; en vain des hommes qui n'appartenaient pas à la noblesse par leur naissance^ étaient venus offrir à la cause des princes leurs bras et leurs épées, on ne leur tenait compte qu'à regret de ce dévouement , d'autant plus noble cependant qu'il était plus désintéressé. On s'était imaginé que la révolution avait pris naissance par cela seul qu'en France la noblesse s'était rapprochée trop fe-
d'un pair de FRANCE. aa5
milièrement de la bourgeoisie y en conséquence on se promettait , dès qu'on serait de retour en France y de rétablir la ligne de démarcation qui existait autrefois , et déjà même on s'essayait a le faire chez l'étranger; en présence d'nn malheur qu'elle partageait y on voulait que la roture se tînt à une distance respectueuse, et on inventa pour elle la distinction odieuse de mesm sieurs du commun, consignée je crois en toutes lettres , dans les Mémoires de M. d'Ecquevilly ; on ne la recevait dans les salons qu'à de certaines conditions propres à lui faire sentir son infériorité y et on ne lui épargna aucune de ces ridicules et insolentes humiliations , biçn propres à la fiaire repentir de sa fidélité à une cause qui, au fond, n'était pas la sienne, puisque le tiers-^tat gagnait tout à la révolution , et que ses pertes devaient être immenses dans le cas du rétablissement complet de l'ancien régime.
Ces idées développées et appliquées , furent cause d'une aventure tragique dont les tristes détails firent sur l'émigi'ation non titrée , une impression bien douloureuse. La famille de Saint-Anselme, composée du père, de la mère, d'un fils et d'une fille, voulait quitter la France, mais les moyens pécuniaires lui manquaient;