‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france-- (volume 2)Chapitre 22 sur 54 · Tome ii. i · texte numérisé non relu

Tome ii. i

2 aG MÉMOIRES

elle ne possédait qu'une terre de médiocre va= leur, et elle ne put jamais ramasser les fonds né» çessaires pour effectuer son projet j le fils^Henri de Saint -Anselme, avait pour ami un 'jeune bourgeois dé son âge, chapeau noir dans -leur petite ville^ mais sans aucune illustration etaUié à des marchands en détail , quoique son père eût possédé les honneurs de l'échevinage. Julien Robert, admis dans la maison de Saint-^An-' selme , n'avait pu voir mademoiselle .Sojdiie sans Vaimér tendrement : il était beau gàcçoa» . bien élevé,, homme d^honneur, aussi la;]ieuiie fille n'avait pas tardé à sentir s'allumer dans MR cœur cette flamme qui brûle indistinctement nobles et roturiers.

Julien Robert, sans être riche, possédait cependant une aisance supérieure à cdyie des Saint-Anselme , et ceux-ci , au moment de la révolution , faisant taire leur orgueil de caste , avaient presque consenti à donner leur fille à Vhonnête bourgeois* Mais' voici venir la manie de l'émigration , une marquise du voisinage , qui ne partait pas, avait déclaré qu'elle ne recevrait plus ceux qui ne se mettraient point en route; de vieilles demoiselles du lieu présentèrent y un dimanche soir ^ une quenouille et des fuseaux

à Henri de Saint-Ânseiiiie ; partout cette £amille entendait dire que l'honneur appelait à Témigration , et qu'ils seraient dégradés de noblesse s'ils lestaient en France. La mode ^ si puissante chez nous , la mode s'en mêla , et il fut décidé <jiez les Saint -Anselme^ qu^il £aiUait aller se réunir aux princes.

lié jeune Robert , dès qu'on lui eut communiqué ce projet et l'embarras où l'on était pour l'effectuer, déclara d'abord qu'U prendrait le même parti, puis il mit en vente sur-le-champ sa maison de ville et sa ferme , dont il ne tira qu'un prix inférieur à ce qu'eUes valaient , et vint apporter cette somme dans les mains de sa future bellemëre ; on apprécia cette belle action à sa juste valeur , et tous cinq s'éloignërent sans plus attendre. GAlentz fut la ville où ils se rendirent d'abord, ils s'y étabhrent, firent des connaissant ces et reçurentdu monde. Mademoiselle de Saint- Anselme était une belle personne dans toute la force du terme ; elle ne tarda pas à être entourée d'adorateurs, tous pris parmi la première noblesse ; un personnage placé dans l'un des plus hauts rangs de l'émigration , daigna même laisser tomber sur elle un choix dont plus d'une fille de bon lieu se serait trouvée très honorée ,

mais qui ne toucha pas l'ame de Famante de Julien.

Les nouveaux amis, les nombreux prétendants s'aperçurent bientôt de l'existence et des prétentions de Julien Robert. « Est- il né 7 w demanda -t- on tout d'abord; et sur la réponse négative, quand on sut que la roture le débordait de tous côtés , ce fut nn toile général , une indignation universelle contre le projet d^alliance avoué par lès Saint- Anselme. On ne leur cacha pas combien leur conduite paraissait entachée de jacobinisme; on leur cria que Vhonneur ne leur permettait pas de persister à conclure une union en quelque sorte sacrilège. Chacun^ d'un autre côté^ faisait mauvaise mine à Julien; on lui fermait les portes qui d'abord lui avaient été ouvertes; en l'humiliant par ces procédés, on se flattait de le déconsidérer dans l'esprit des Saint-Anselme.

D'une autre part, les jeunes gentilshommes qui venaient de se lier avec Henri , ne cessaient de lui reprocher sa familiarité avec un homme de rien , un va-nu-pieds qu'il aurait dû rougir d'admettre dans son intimité. Vainement répondait-il que c'était un ami d'enfeince, qui 8*était sacrifié pour lui et les siens , qu'il devaità

d'un PAiA de FRANCE. 2ig^

Julien de l'attachemeat et de la reconnaissance ^ on tournait ces sentiments en ridicule,, et l'on pai*vintpeu à peu à changer le cœur de Henri. On essayait bien aussi d'inspirer à Sophie de réloi>« gnement pour son amant ^ mais, c'était un travail plus difficile ; elle l'aimait avec la passion de soii âge, et les hochets de l'ambition ne la séduis saient point; elle ne voyait que la honte atta-* chée au titre de favorite , à une liaison avec un personnage qu'elle ne pouvait épouser y et A lui, semblait plus honorable d'être la femme de Ju=» lien Robert^ que la m0itresse d'un pvinc^.

Mais son père était faible , sa n^èr^ ne V^t^i^t pas moins , son frère le devint davantage ;i , on arriva à les faire rougir de Leur lîaîso^ avec le roturier, et à leur inspirer des. scrupules: au suj^i^ de l'alliance que l'on devait contracter avec lijji^ Dès ce moment sa présence parut ^^^gréable , et on se décida à frapper un grand cuupi fiobe^t avait été contraint ,* par la règle éiaU^e^ d£ s'enrôler dans un corps composé de^fpmmun^^ l'ordre lui vint de partir dans. les vingf-quaitn; heures pour aller auprès du princede Qpndé , alors à Wôrms, et qui préparait tout pour k prochaine campagne, dont les résulta furent ^i iualbeureux , et où cependant ce prin^ç^.f^cquil

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tant de gloire personnelle^ car la gloire est indépendante de la bonne ou mauvaise fortune.

La douleur de Robert fut excessive; cependant^ comme il possédait un cœur aussi loyal que celui du meilleur» gentilhomme , il ne bàlàùça pas à obéir; il partit, et la famille Saint-Anselme lui renouvela à son départ à» prolnesseë qu'on était bien décidé à ne pas tmir* Des qu'il fut éloigné , dé nouvelles séductioii» enviironnent la jeunefille; on la pousse vers le précipice , elle résiste , on redouble d'efforts ^ et moitié par force, moitié par la puissance ànk res^ pect et par une sorte d'égarement dont elle ne peut repousser le dâire , elle fait une fente , eUe se dég;radeà ses propres yeux. Son përè> en ré« compense de sa tûrpitttde, obdnt un grade supérieui*; ^oh frère fut également placé 4'tiii& manièfe avantageuse. Cependant, que £imit Robert ? il servait avec chaleur la cause de ceux qui lé flétrissaient, et qu'il avait embrasséesTec tant de loyauté. i ./ ,

X]ûé lettre ànoUynle^ dictée par cette fiasse méchànicété qui n'est satisfaite que quand le mai qu'elle fait est complet , tira Julieti Robert de ses illusions vertueuses ; on lui apprenait avec une maliée iufernÈrle, ce qui se passait, et com»

d'un pair DR FRANCE. a3l

m^nt soa épouse future a^était eotièpeineal dés»

honloréei Le^^espoir quieilut' Cautôl^ttëaffr^ude

nouvelle le conduisit- sur^lé^amp ciiez le prince

de Condé^y héros accompli et dont le beau ca»

ractëre éclata si dignement dès qu'il eut à lutter

avûc le malheur ; là y sans rien craindre ; et assuré

d'^e entendu du prince dès qu'il s^ddresserait a

son honneur , Robert- im montra eette missive

cruielle et en même temps lui raconta son hiisu

toire, les engagements des SaititrAnselme en»

versïui)^ et ce qu'il avait ^itpour eux- ' 'b

Le prince, apôrès l'avoir écontév ^^ p^i^ 1^

main en lui disant avec vivacité : ce Moiiami, aju

» nom de Dieu nér>croyez pas^e:j<^aie:trempé

» dans cette infennielije tiens.à ^otre estimé

» autant qu'à celle de l'empereur d'Allemagne ;

» iet:si. vous êtes roturier , vous êtes Français et

» de naissance et de sentiment : que puis -je

» faire pour vous ? — Me donner mon congé en

» forme, monseigneur, je ne servirais plus avec

» sincérité la cause que j'ai embrassée, et je ne

» paraîtrais plus daos ses rangs qu'a^qc le be^

)) sdin de la trahir ; je vai^ cherchfer , ^ans U

>/ Nouveau-Monde une retraite où je n'enten^f^

» drai jamai^ prononcer un nom que j'ai maÎA»

» tenant en horrem. »

^3*2 MÉMOIAES .

SoQ Altesse était digne de compreadjre ce quJL se passait dans Famede ce jeune hommej il ne lui fit aucune observation , se couvrit un instaiU; le visage avec ses mains , et ne sortit de ses ré* flexions que pour signer un congé conçu dans les termes les plus flatteurs^ et qui âe^yenaît pour Robeitle meilleur titi*e de noblessie^Gelui-ci remercia Iç prince comme il le devait^ et partit bientôt après pour Coblentz. Aussitôt après SOA arrivée , il se transporta sans délai ches^Sophie de Saint - Anselme » que l'oii venait de. fiiîre nommer chanoinesse^ afin qu'elle pût loger seule et tenir décemment unè.maison indécente ; o'é* tait une sorte ^de sacrilège alors très commun* L'aspect de Robert fut un; coup^de foudre pour Sophie; moins coupable au fond qu'elle a^élait égarée^ elle se précipita aux pieds de soo^amaiit^ avoua sa fente ^ implora son pardon et. lui pvo* posa de fuir avec lui.

« Gela n'est pas possible ^ lui dit-^il avec une » froideur apparente^ j^ ^^ vous estime plus » assez pour vous donner mon nom y tout rota» w rier qu'il est , et je vous aime trop pour faire » de vous ma concubine. » Ces cruelles paroles portèrent la mort au cœur de Sophie. («Vous » avez raison, lui répondit-^elle, je ne suis

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» qu'une misérable créature dont la fréqueiita- )> tion avilirait un homme d'honneur; mais» il y 9> a un moyen de me réhabiliter^ et jei le ten- 9i terai. » -

Robert ne donnant pas à ces paroles toute l'étendue qu'elles pouvaient avoir ^ orjat qu';QUe comptait prendre leVQil/e> et n'eut plus,la force4lB| soutenir le ton sévère qu'il-avatt prijï ;,il$QQge4|^ même à se retirer, lorsque Heutiljde 'SaJiitTi Anselme entra ches sa sœur ; il demeura éti^SH;^' gement surpris . de la présence fde - Julien >. ; et marchant à lui la tète haute ^ il lui demanda ce qu'il venait faire dans. cette maison. Laiféponse fat dure ; elle échappainTolontairement à Robert, et mortifia son ancienoami, qui lui en demanda raison. <( Jeiié :snts:pas.'noble, répliqua Robert » avec une amère fr<Mdeur.^ — Aus*i êtes-vous uia » lâche, dit Henri qui ne sut pas se contenir*, »

— » Pas plus que le voleur de la forti;^ne d'un » ami ! pas plus que le Mercure de sa $œUrl; ^ .

De semblables paroles rendaient indi^pe^gable la mort de l'un ou de l'autre , et Sophie tejot'ta vainement de rapprocher deux adversaires, désor» mais irréconciliables. Cependant, le croira-t-i^n? Henri osa dire encore : u Je sais que; je; me dé>^ » grade en me mesurant avec un payisan., mais

» du^-^je die tenir auBfifivil q%k iuiyje ne stfpm )i' »i)Ot«Wai pas «des outrag«&. » ! ' /r :;().:

Sophie essa^ Vainement demies retenir^;: «iKh » bien I leur dit-elle ^ puisque vous persistez à » descendre^ je serai dans la rue avant voub. » Â ces mots^ elle courut à la fenêtre de sa obam-i bre, rouvrit^ et se précipita j Yétf^>à!niM elle : tomba était ^lievé , elle ^se brisa sur lê:pi>ré> sans cependant mourir sur le coup. Get'afibenx incident suspdkdit la fureur de Julien etMié- Ao*« bert^ ilslà cbA tinrent pour voler iau sectMmnrjdf» cette infortunée^ qui passa deux nuits ret* deux jours, dans des douleurs >atroces ^ avant ijnè: de terminer sa misérable existence. Mais aprib i«a mort^ et malgré les serments: solennels que (tor son lit de dôUeur elle avai'Ç aérachésà son frère et à sonaMant^ ceux-K^i ne punnt retenir plus long-temps la rage qui les dévorait i^ ils^ieoururetot îâu combat; Je fer dp Julien perça le cœur deflenri, il te vit tomber. (cSaifat^p* >i selme^ lui dit-il, ta sœur est vengée, mais je »' k/Cdois pas rester sans punition; elle â voulu » knburir pour me prouver son repentir ,< et moi )> j\e dois la suivre. » Alors il courut vers, le Rhin , et sans qu> les témoins de ce duel pussent l'en empêcher, il se noya dans les eaux du fleuve.

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Cette épouvantable catastrophe répandit pen« dant quelques jours une sorte de- stupeur sur toute la ville ^ on ne regretta pas les Saint^An« selme , et ceux-là même qui les avaient engagés à mépriser Julien , furent les premiers à blâmer leur conduite indélicate envers ce jeune homme ^ digne d'un meilleur sort. Je ressentis vivement tout ce que ce malheur avait d^aflretix ; mais je ne pouvais gu^e porter ma sensibilité sur des personnes qui m'étaient entièrement étrangères^ au moment où moi-même j'allais être frappé du plus tude coup : mon' oncle, mon second père^ le guide de ma jeunesse , m'allait être enlevé :; son grand âge , les^ malheurs de la France-, les chagrins de l'exil , téut se réunit pour abréger sa carrière, que peut>-être, et grâce à Fexcellencc de sft constitution > il aurait poussée plus loin; je le voyais décliner k^pidemeaty^tilne tarda pas à reconnaître lui-mêtiie que ses forces l'a* bandonndient.' - >î ♦

« Mon ami , me dît-il , je totichë-âu terttiefdtè m' mon «istence , jela finirais ôvëc désespoir si » je^oifts savais dânsf la pauvreté^ itiafe grâce- à » Dieu, vous n'en êtes pas réduft là;' outre DOS

» prt^riétés en Fratiœ , que votfé^^tae manqoei^ »> pas de retrOuVt^^IcMTSqtte la révolution sem

» finie ^ vous posséderez les vingt mille livres: )) de rente que jem'étais faites en Angleterre, et » que je vous donne ainsi que tous mes autres » biens : aimez votre Dieu , votre roi et votre » pays ; je crois que c'est en cela que consistent » tous les devoirs d'un honnête honune. » -

Ce respectable vieillard continua presque jusqu'à sa dernière heure à nie donner les plus sages avis, je les reçus avec le vif désir de m'y conformer , mais pénétré en même temps une douleur amëre de notre séparation inévitable et prochaine; il expira sans souffrir, et fut dans un meilleur monde chercher les récompenses dues à la vertu. Monsieur eut la bonté de me. fsdre complimenter sur cette perte par le comte d'Avaray, ilme fit prier en même temps de visiter ^es papiers de mon oncle , afin de voir s'il n'y^ en aurait pas quelques-uns qui le concernassent ; j'engageai son envoyé à prendre avec moi ce soin, et tout ce que nous trouvâmes d'iqipprtaçt fut mis à part, scellé de mon cachet et refqoiç au comte d'Âvaray , pour qu'il le portai: , à mu Altesse Royale. Mon oncle ^ à, ses derniç^ pioments , avait l>rûlé lui-même les pièces qui regardaient la reine, et les titre» en vertu 4^uek i{ agissait en son nom. à Ç^blentz. .|,

Demeuré seul , et maître de mes actions , je ne craindrai pas de dire que je me sentis virement porté à séparer ma cause de cdle de l'émigration ; ma conscience n'était pas tranquille, je me reprochais sans cesse d'avoir aban» donné le roi , je sentais que le devoir d'un sujet fidèle était de combattre pour sa personne sacrée, mais auprès de lui , et qu'en définitive les périls à courir dans l'étranger étaient moindres que ceux réservés en France , aux- véritables amis de Ja royauté. J'étais dans ces dispositions, lorsque les journaux nous annoncèrent l'attentat du aojuin 179^2, et le danger auquel avaient été exposés le roi et la reine.

Je pris aussitôt la résolution de revenir à Paris; et bientôt je partis, mais en secret, car on m'aurait maltraité parce que je voulais être fidèle. J'usai de plusieurs moyens détournés pour quitter Coblentz et rentrer dans le roya urne . Mon embarras n'était pas médiocre : je devais être considéré en France comme émigré et puni comme tel ; la Providence vint à mon secours. Un jeune homme de Nîmes, que je rencontrai sur la route , et qui avait mon âge et à peu près mon signalement, consentit à me vendre ses papiers, qui ne lui étaient plus nécessaires, puis-

Zt3S MÉMOIRES

qu'il s'établissait à Lunéville^ où nous nous arrêtâmes- Ainsi muni de titres civiques, je m'acheminai vers Paris, où j'arrivai sans malencontre vers le milieu de juillet.

Je trouvai cette malheureuse ville dans les convulsions de la plus afiîreuse anarchie ; Pé« tion en était le maire , et ne l'était que pour la désorganiser ; la royauté devenait insupportable aux factieux , ils ne voulaient plus la souffrir , et pour l'abattre ils se préparaient à l'attaquer à forte ouverte; déjà des bandes de brigands dé* signés sous le nom de Marseillais, et qui ap« partenaient à toutes les parties du monde , affluaient dans la capitale, elles étaient soudoyées par les jacobins et dirigées principalement par Camille Desmoulins, Fabre d'Eglantine, Saintr-Hurugue , Marat, Saint-Just, le général Santerre et autres misérables qui étaient alcMrs en possession du pouvoir.

Mon premier soin en arrivant à Paris , fut de me présenter aux Tuileries , où je rencontrai le comte de Goyon , officier aux gardes , que je connaissais beaucoup ; il n'était pas du nombre des fuyards, aussi s'était-il signalé au !io juin, en défendant aux Tuileries la famille Royale. C'était alors un élégant petit-maître , hvt instruit ,

d'un PAJRDEi. FRANCE. sSq

calme, froid et préludant déjàiè ce qu'il deviendrait plus tard; il vint à moi. et nie demanda d'où je sortais^ je le lui diis., et lui témoignai mou désir de parler à la reiQe;41 rae conduisit à ti*avers les salles , et je parvins y grâce à kii , jusqu'à madame Gampan ; cette danse ne se rappela pas ma figure ^ ou du moins affecta de ne pas me reconnaître ; je fus enfin /obligé

de dire mon nom avant qu'elle m'accueillit comme je devais l'être. v. ,..

Contrainte alQr$ d'aller prendre les ordres de la reine , elle ne tarda pas i revenir me dire que Marie - Antoinette consentait àjme rece^i voir; je la suivis le cœur. rempli d'émotions pénibles, et quand je parus .deYaot cette prîn«cesse , quand je me précipitai à ses pieds , des larmes inondaient ma figure; la sienne était singulièrement flétrie., on recoDfaaissait jsans peine combien elle avait souffert et CD^ifeien elle souffrait encore, m Vpus voilà, me dit-^lle , )) eh 1 que venez^-vous faire à Paris, malhçiyreux » jeune homme? que ne restiezvous avec votre » oncle? je vous plains d'êtcç ç^tré. — Itlon » oiicle, lui dis-je, madame, a possède vivr^; » sans ce malheur, peut-être je ne me serais )) pas séparé de }ui > mais après sa perte^^e^mç

a4o MÉMOIRES

» suis souvenu que mon devoir me rappelait

» ici 9 où je devais me consacrer à la défense

» du roi et à la vôtre, w

Mon dévouement et la franchise avec laquelle je m'exprimais parurent lui faire plaisir y mais

elle me montra un profond chagrin de la mort de mon parent , elle regretta un homme dont le zële était extrême et qui n'avait jamais dévié dans la faveur ni dans la disgrâce ; puis en* suite elle me questionna sur ce qui se faisait à Coblentz , sur Monsieur en particalier ^ sur son attitude publique ; et comme je lui dis qu'il représentait d'une maniëre digne de sa naissance. « Oui ^ répliqua la reine , avec une >i sorte d'amertume , il s'essaie à faire le roi. » Je compris par ces paroles que la défiance n'était pas éteinte dans ce cœur royal contre son beau-frère ; la reine poursuivit :

« Toute notre ressource est maintenant dans » l'émigration ; et combien peut-être nous fera- )i t-on payer cher notre délivrance} je firémis )) quand je songe aux exigeances que nousau- » rons à contenter. » Elle continua à m'inter» roger, elle n'oublia ni madame de Balbi^ ni madame de Polastron , et fut peu contente de ce que je lui appris de la manière dont on di«

d'un pair de FRANCE. ^I

Lapidait les fonds qui auraient dû étce employés mieux; die ne me dissimula pas qu'elle n^avak qu'une bien feible espérance que Ifi g^uerre pat être d'un résultat av^ntageux^ Je pensais ainsi qu'elle , et je n'osais pas \ei , lui dire y il m'eut été affreux de lui enlever sa dernière illusion; elle me conseilla de ne point me ra^ettre enavant^ et d'user d'une extrême prudence. « Cest par égoïame que je parle eiinsij ajoujta- » t-elle avec une, bienveillance dont je sentis M tout le prix , le nombre de nos serviteur^;!)^ »> dëles est si petit , que je ne veux pas qn!il )) diminue. » Elle me dit ensuite de lui laîsaèr mon adresse^ qu'elle réunirait a. celles des pei^« sonnes sur qui elle pouvait computer en cas! de besoin, et je me retirai^ bien résolu de ne pas reculer à l'heure du péril.

Le lendemain matin^ on m'ajinonça la visite de M, de Bertrand-MoUeville : je le connaissais peu, je ne l'avais jamais rencontré que dans le mpnde ou, malgré sa présomption, il «e jouait alors qu'un rôle secondaire. Devenu ministre de la marine en octobre 1791 , il fut obligé de se retirer dans le mois de mars 1792; mais il ne perdit pas la confiance du roi , qui la lui conserva au coni= traire tout entière , et le chargea de.sa police

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