‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france-- (volume 2)Chapitre 24 sur 54 · S' MÉMOIRES · texte numérisé non relu

S' MÉMOIRES

» nous avons envoyés nouç ont menti dans un » sens , comme les royalistes nous mentent dans f) un autre ; je vois parfaitement leurs préten- » tions^ et tout me porte à croire que leurs e^c- » travagances , leurs dilapidations ^ les . folies » qu'ils te permettront s'ils mettent le pied sur » le terrkoire> nous serviront mieux encore que » les troupes que nous |>ourrions leur opposer; » ce sont des gen9 perdue ; le seul parti raison* M nabl4S( qu!ils auraient h prendre serait de se » soumettre 4 la nécessité ; dans ce cas , pa au- » rait pitié d'eux y on no leur refuserait pas du » pain y et qud(}ue chose de plus ; car y enfin , » un sacrifice; n'est désavantageux que lorsqu'il »i est inutile^ et dans cette occurrence.^ si l!on » poùvoit compter sur leur bon sens^ on ne* re- » grettèraitTien pour les contenter lai^emenf • n  la suite de ce propos il me prit la main y et me regardant entre les deux yeux avec une expression de férocité qui me fit frémir, m ÉcoOtea » à présent ce qui vous concerne ; vous' mar» » chez'^ et vous marcherez plus certainement » encore sur des charbons ardents; soye9:trati" N^ quille^ peint criailleur, point cabaleur;:jiè M «vous Isincez pas dans des conspirations que iV'tious dissiperons en feisaut • tomber ^ s'il le

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» îsLUty des milliers de tètes ; le salut de la chose » publique passe avant tout. Je puis vous » soutenir^ et j'en ai bonne envie ; un mot^ un » geste ^ un acte imprudent arrêteraient l'effet » de ma bonne volonté ; je connais vos accoin- » tances avec le château; renoncez-y, elles » vous mèneraient à la mort. »

J'ouvrais la bouche pour lui répondre, il me coupa la parole. c< Vous êtes averti , me dit-il , » ainsi vous ne pourrez accuser que votre mau- » vaise étoile, si vous périssez comme tant d'au- » très périront. — Eln sommes-nous donc là , )) m'écriai-je! — Oui, làprmsément; une ré* » volution ne se &it pas avec des politesses : » d'ailleurs, pour nous défendre contre ce qu'on >» nous prépare de l'autre côté du Rhin , il feut » que nous poussions les choses si loin , que )) toute la nation soit compromise à notre exem» » pie ; l'esprit public a feiit d'immenses progrès » depuis votre départ. J'ai besoin de travailler, » je vous renvoie sans £açon ; venez demain dî- » ner avec moi ; où logez-vous ? — Dans la mai- » son de ma famille. — Vous avez tort; louez la » ou vendez la , et sans perdre de temps, puis M cherchez un appartement modeste autour dç » mon quartier ; je ne serai pas fâché de vous

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» avoir sous le canon de ma surveillance. » Apres ces derniers mots , je me retirai , bien persuadé que Robespierre y au milieu de sa rage fanatique , avait de bonnes inspirations» Je pose en £ait à ce sujets que parmi tous les scélérats qui ont répandu tant de sang en 1792^ 1793 et 1794 9 il n'en est pas^ un aeul qui n'ait rendu d'importants services et sauvé quelques - uns de ses amis. J'en citerai pour exemple un £siit que je tiens de M. Pagës^ magistrat distingué autant que publiciste habile. Le féroce Yadier était venu dans le département de l'Arriège , pour y poursuivre les prêtres et les émigrés ^ il ne cessa de leur faire une chasse sévère. Ses courses l'amenèrent dans la maison

de l'abbé Pages, respectable ecclésiastiqae^ et qui avait été lié avec lui ; ce prêtre surpris à l'improviste , ne peut s'évader , il monte au grenier et se blottit dans un cofiBre immense. Yadier après avoir parcouru toute la maison pénètre dans le grenier , va lui-même droit au coffre, soulève le couvercle ; il aperçoit M.- Pa» gès , laisse retomber lourdement la planche. « Il n'y a rien ici , dit-il , sortons » ; et il emmena sa troupe avec lui : certainement il avait vu l'homme caché, mais un sentiment de

pudeur dont il ne put se défendre ^ le détourna . d'arrêter lui-même l'un de ses amis.

Persuadé que Robespierre ne m'abaodon»

nerait pas , je me conformai extérieurement à toutes ses recommandations ; je miis mon hôtel à louer ou à vendre , et je fus assez heureux pour m'en défaire à un prix avantageux. Le ler août suivant^ je me séquestrai de tonte société qui eut pu me compromettre y me ré« servant pour le sei*vfce spécial du roi ou de la reine ^ s 'ils me faisaient l'honneur de réclamer ma coopération à leur défense : ce fut le seul cas où je me promis de désobéir complètement à celui dont^ selon toute apparence^ ma vie allait dépendre. Vers cette époque^ je rencontrai chez un des restaurateurs du Palais-Royal , un ancien camarade de ma jeunesse , Casimir de Puymaurin , alors à Paris pour affaires de fa« mille. Nous nous embrassâmes avec effusion, je pris place à côté de lui , et de deux autres per» sonnages qui m'étaient étrangers ; l'un se nommait M. Reboul y originaire de Pézenas ; il avait de l'esprit , des connaissances profondes en chimie y mais déjà une exagération de principes (jui ne fit que s'accroître. Membre alors de Y^sm semblé législative , il avait à plusieurs reprises

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attaqué le ministère à la fin de 1791^ et^atr com» mencement de 1 792 il s'opposa à ce que lès prêtres réfractaires fussent déportés à la Guyane. On lui donna plus tard, et en 1798^ la charge d'organiser la république romaine. H était homme d'honneur^ et cependant la fetalité le lança contre ses. intentions secrètes dans une route qu'en suivant son penchant il n'aurait pas prise. Lesecond était Cambon ^ l'un des votants de la mort du roi, qui devint peu après ministre des finances, tous les deux, malgré la divergence de leurs opinions politiques étaient liés avec Puymaurin qui, ferme dans ses idées, avait cependant cette facilité de caractère, cetabandon et cette tolérance de fait, propres à le rendre toujours cher àceuz même qui combattent le fanatisme de ses propos.

Cambon ne se montrait pas encore ce qu'il fut depuis ; il avait cependant beaucoup parlé- i l'assemblée législative , il se mêlait de finances. Il nous conta force fables; je crus qu'il exagérait^ et c'était moi qui me trompais. « Nous trouve- » rons, nous dit-il^ de grandes ressources dans la » bourse de tout le monde,et comme nous pren- » drons à tous, nul ne se plaindra. ». Cécâit là raisonner à la Terray ou à la Vil... Ce pit^ ' pos nous fit rire; je quittai ces messieurs en

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promettante Casimir de 'Puymaurin ^ qui logeait alors rue de Ciéry , de le revoir, w de sera pour » pêa de temps, me dit-il , Paris n'est plus une n ville habitable , on est mieux dans les provin- » ces f quoique l'on y soit assez mal. -^ Eh ! où )) est-on bien, lui repartis-je? croyez- vous )) que ce soit chez l'étranger? détrompez-vous ; I) la vie de l'émigration est affreuse ^ elle se passe » i soufirir les plus rudes privations et à » maudire la patrie. »

Ge jour-là devait être pour moi celui des reconnaissances. Je me trouvai fiace à face, au milieu du Palais^Royal , avec un jeune homme plein d'esprit , de vivacité, de courage et d'irréflexion. Fils d'un ancien médecin du roi, Poissonnier-Desperriëres , avait pris la carrière des armes , et comme la nature, en lui donnant une bravoure brillante , l'avait destiné à être habile tacticien , il était appelé à de hautes destinées. Sa tète en ordonna autrement , et parvenu au grade de maréchal-de-camp , il n'a pu pousser plus loin sa fortune. Il était, en 1792 , beau garçon , fort couru des dames , et il venait le ao juin précédent , de se signaler au château par un acte de dévouement , digne d'être cité : il était entré avec les assassins, et

s'étant emparé de la personne de monseigneur le Dauphin , l'avait préservé de la fureur de la populace. Desperrières , que j'avais vu autrefiois avant mon émigration , me raconta avec un orgueil bien légitime son action généreuse ; il en était fier comme il devait l'être /et son oail se remplit de larmes pendant qu'il nous peignait les horreurs de cette affreuse journée.

i< Parbleu , me ditr-il , nous ne nous sépa» )) rerons pas sans boire un coup ensemble. Sn- » trons au prochain café ^ nous porterons une » santé au roi y et nous ferons avaler notre » épée à celui qui ne nous en fera pa» raison I » — Ce serait^ lui dis-je^un acte de folie auqtid » je ne me prêterai pas -, un coup d'épée donné » ainsi , loin de servir à Louis XYI^ ne foait » que lui nuire beaucoup ; il y a de meiUeim » moyens pour prouver à cette auguste £atiiiille » l'amour que nous lui vouons. — Youft ave» » raison ^ Monsieur y me dit alors la personne » qui accompagnait Desperriëres , et qpiéj'û » oublié de signaler y il ne hnt rien fisiire de » nuisible au roi tant qu'on peut espérer de le » défendre utilement. — Allons, Pâris^ répliqnt » Desperriëres ^ toi aussi tu feis le plongeon^ » je t'ai connu plus brave. -^ Dieu veuille que

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» toi et moi ne soyons pas misa quelque rude » épreuve qui puisse prouver quel est celui » de nous deux qui craint le moins la mort )>

Tandis que cet individu parlait^ jeleregar^ dais avec attention. Sa haute taille , ses formes athlétiques, une sorte de résolution grave et de taciturnité impérieuse, et surtout la fixité de ses yeux le rendaient très remarquable; il avait cette expression de figure qui appartient principale» ment aux honunes extraordinaires ; son sourire était mélancolique et son regard singulièrement expressif. Je n'eus qu'à le voir une seule fois pour Fapprécierv II n'y avait rien en lui de cette p hysionomie franche et riante de Desperrières} mais lorsqu'on l'avait vu , lorsque l'on avait causé avec lui , son portrait restait gravé dans la mémoire , et on ne l'oubliait plus.

M. Paris avait été garde-du-corps ; c'est lui qui frappa d'un coup de sabre,le 20 janvier 1793, le député régicide Liepelletier-Saint>-Fargeau. Il se montra bien moins énergique dans la demiquerelle qu'il eut avec le bouillant Dcsperriëres, etconserva un calme que j'admirais. Chacun des deux amis avait sa manière différente d'aimer le roi et de vouloir le lui prouver. Enfin nous l'emportâmes M. Paris et moi , et nous contrai-

gnîmes Desperriëres à se tenir tranquilles pendant que nous vidâmes notre bowl de punch , liqueur qui commençait à devenir, à la mode. J'ai depuis rencontré cinq ou six fois M. Pâris^ et toujours je Tabordai avec plaisir y je le vis le matin ipême de son action désespérée :/ et je rapporterai quand il en sera temps là comrersation que nous eûmes ensemble.

Je ne manquai pas le lendemain de me rendre à l'invitation de Robespierre ; il nous déuna à dîner non chez lui y mais au Palais-Royal , Suivant l'usage de l'époque ; nous étions douze convives, y compris l'Amphitrion. J'avais à ma droite Caritat , ex-marquis de Condorcet , philosophe de la première volée et alors républicain furieux ; il faisait comme tous ceùX que l'on enlève à leur rôle véritable , il se jetait dans une exagération qui iaisait pitié. Homme bien né, aimable et de bonne compagnie , savant estimable , ce n'était pas à lui qu'il convenait de prendre part à tous les excës^de la révolution. Il y a des écrivain^ qui le défendent encore , parce qu'ils sont sons l'influence de la passion du moment , mais plus nous nous éloignerons de ces temps où s'agita l'esprit de parti , et plus on jugera iropartiale«i

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meot ceux qui comme luî sortirent des borned de la modération. Je ne connais kucun cas ^ aucune circonstance qui permette à la sagesse^ individuelle de répandre le sang f et pofur qâé nous puissions sans crime disposer d<e)a vie d'ùh * de nos semblables j il feut qûé cela nous soit or* donné par la loi d'une manière bieîm positive: Condorcet me parut un insensé^ qui jouait avec/ une arme dont il ne tarderait pas à être atteint.* Barbaroux était à ma gauche j c^était îa re>* présentation vivante de l'Apollon du' Belvédère : on trouverait difficilement sur un pliis beau corps une plus superbe figure, elle était animée encore' par un enthousiasme dont le fanatisme n'était point sans vertu. Barbaroux suivit une mauvaise voie , mais du moiùs il n'y marcha que par erreur , il croyait bien faire ; il y avait des républicains de bonne foi, des jacobins qui se trompaient : Barbaroux était du nombre. Se» fautes ou ses crimes, comme on voudra les appeler , furent le firuit d'une erreur ; il s'imagina que la royauté était incompatible avec le bonheur de la France , et il agit en conséquence de cette fausse manière de voir.

Le quatrième convive était Hérault de Sé« chelles, membre de la haute magistrature ; avant Tome ii. 17

la révolution ^ avocat du roi au Châtelet et neveu de madame de Polignac; la haine que ceux de sa robe portaient à la cour^ avait étouffé en lui les préjugés de son rang et les affections de famille ; jeune et beau , d'une figure douce et gracieuse ^ distingué par l'urbanité de- ses manières , déjà instruit quoiqu'il lui restât beaucoup à apprendre , il comptait parmi les jdus furieux ; et $es propos atroces me faisaient frémir. Je remarquai que les siens et ceux de Condorcet étaient hors de toute comparaison avec ceux des autres membres de l'assemblée législative qui assistaient à ce dîner.

Couthon - le féroce Couthon , cet hpiimie de sang y dont je ne puis écrire le nom sans éprùu^ ver un frémissement involontaire y était aussi avec nous ; sa figure ignoble y son rire sbrdoniqi^'9 la grossièreté de ses formes et de son langage , inspiraient un dégoût que ne ^oontribuait pas à faire cesser la présence de Marat , son voisin de table et son émule en fureurs sanguinaires ; tous deux étaient nés pour le crime ^ et tous deux ont depuis accompli leur destinée^ Je ne me rappelle qu'avec répugnance leur figure^ leur mise et leurs propos; ils exhalaient tous deux une odeur fétide qui leur était propre.

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et qui faisant soulever, le cœur ^ semblait être un avertissement doiiD:é par la nature^ pour que Ton eût à se garder de ces deux monstres. Cfimille DjBsmoMlins , Fabïre d'^laàtine^, Marie Joseph Chénier^ Danton et le citoyen Ing^rand, complétaient la. table. Ce d^raiep aon moins cruel que ses collègues les Gon«« ventionnek, se souilla d'actes sapg^inaires daitf les diverses missions qu'iLremplit; et, pour le peindre d'un seul trait, il déplora l'infortune de Carrier lors du jugement de ce monstre, dont il soutenait que les intentions avaientâé excellentes. C'est à son sujet que Piorry , autre misérable de l'époque, écrivait à la société populaire du déipartement de la Vienae. : m Vous làtvez paru déi- » sirerdans votre sein un bon b...... de reprép

» sentant , qui n'ait jamais dévié des principes, » un véritable montagnard; vous posséderez )) le citoyenlngrandparmi vous; songez, braves »> sans-^culottes , qu'avec lei patriiote Ingrand *>.Tous pouvez îtout faire, tout obtenir,, tout ». casser, tout juger, tout déporter, tout guiU » lotiner, tout; i^égénérer. w Où peut arôire combien j'étais déplacé en pareille leompagnie; je jurai bien que l'onne m'y reprendrait plus, dussé-je y en m'en éloignant , appdber leur ven»

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geance sur moi ; cependant ^ je dois dire jque y même à la veille du lo aoùt^ ces hommes de sang n'avaient pas encore ce délire forieux que plus tard ils manifeslèrent avec tant de véhémence; on pouvait à cette époque les supporter pendant quelques heures ^ mais c'était tout. Il ne fut question pendant le repas que des mesure»^ à prendre pour parvenir au renversement de la royauté. La conspiration était publique; on ne s'en gênait pas.

(c II n'est pas temps encore ^ dit Fabre » d'Eglantihe; nos Marseillais ne sont pas » tous arrivés ; ceux qui sont déjà ici veulent » attendre que leurs camarades soient venus. » Capet ( c'était la première fois que j'entendais » donner ce nom au roi de France ) serait en » mesure de nous repousser. Ses Suisses, ses » chevaliers du poignard , avec une portion de » la garde nationale , marcheraient à son appel. » Le balaiement patriotique aura lieu un peu » plus tard. — Que lait Sillery ? demanda Hé- » rault de Séchelles. — Il s'est logé aufeubourg » Antoine , lui répondit-on , pour diriger les » masses de cegrandquartier . Laclos lui donnera » un coup demain au besoin. — Ah ça! Mespp i> sieurs, interrompit Marat en rugissant, ràppe-

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» lez- vous tous qu'il faut casser force œufe pour » faire une bonne omelette. — Ou plutôt pour » qu'elle soit de taille à contenter un immense » appétit; fit observer Couthon. — rLe mien, re» )) prit Marat, ne sera pas satisfait que trois cent il mille têtes ne soient tombées, surtout celles du >) dernier noble et du dernier prêtre ^ en excep- » tant la vôtre , toutefois , M. de Condorcet ; la » votre monsieur de Séchelles. — Et la mienne^ » lui cria Robespderre , je ne vous Taban» » donnerai pas. — Nobles , noblions , gentils- » hommes , gentillâtres , répliqua Marat j en n écumant , vous y passerez tous* — Amen , m dit Coûthon , en lui faisant la révérence $ tandis qu'une nuance d'embarras f>^ fruit d'une réflexion rapide éclata simultanément sur les fronts de Condorcet et d'Hérault de Séchelles. Je me retirai avec Joseph Chénier. « Marat » est un énergumène, me dit-il. — Il est re» » pliquai-je , ce que devient un homme dont » le fanatisme s'exalte, ce que nous pourrions M être vous et moi avant peu. — Je réponds » de ma personne et je prends à l'avance l'en- » gagement de ne me laisser entraîner dans » aucune exagération. — Je le désir;emon ami, » lui dis-je , mais je ne l'espère pas j vous êtes

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» maintenant révolté des horreurs qu'a vomies » ce méchant homnie^ et cependant vous le )) suivrez de loin dans le sentier qu'il a tracé.» Chénier se récria plus que jamais contré ma prédiôtion , tùB jura qu'il était trop philosophe pour se laisser entraîner à des excès qu'il détesterait.— « Avant d'être Platon, 'lui répartis-je , vous serez Marins. « C'est horrible d'avoir a de nîoi cette opinion; — Soit, grondezHrA'eû, » mais pretiiBz garde de la justifier. » Nbus nous séparâtnes ensuite; je voulais dès leléndemain me rqndre au èhâteau des Tuileries, pour commmniquer â la reine ce que j'avais enteùdu an dîner de Robespierre. J'y allai aussitôt '^ûè je crus pouvoir être adrfiis ^ et ce fut entore madame Gàmpan qui fut mon introdudtrtbfe. La reiniè nfe m'attendait pas , elle débuta ^jiàr Vrië Aire que j'avais tort de me compromettre en venant au château sans y être niandéJ '

à Madame, lui répondiè-^je , il est des ^ir^ » constances qui ne me permettent pas'd^idé^ )) mieurer tranquille , un ^atid péril vous » menace et je me serais imputé à crime indh )) inaction. )V Je lili dévoilai ensuite les complots deà révolutionnaires; elle *ta'én parut pas excessivement effrayée , soito qtië la perniailënce

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àa danger l'y eut dccoutamée , tioit qu'elle le fut également aux terreurs exagérées de ses serviteurs ; elle me répliqua , que tout ce que l'on pourrait faire n'arrêterait pas l'impétao* site du torrent y puisqu'on ne lui opposait pas la seule digue qui le pût arrêter. « Laquelle , » Madame? osai-je lui demanderi — La forcp^ » me répondit-elle , avec tant d'énergie et avec » des yeux si étincelants ^ que je fus etitbour » siasmé ^ la force^ monsieur; eic tout i coup » ^lle baissa la voix pour achever d'un ton m^ » lancolique, et je ne trouve autour de moi » que la faiblesse. » ■

Fâchée d'avoir laissé échapper ce. .derpier pi^pos^ elle me congédia en ajoutant x k Allez » voir monsieur Mandat^ c'est wn honnête » homme; vous l'obligerez en lui prociirant » des lumières qu'il n'a peut-êtrapas. »

Je me retirai : ce furent les dernières . paroles que j'eus rhonneur d'entendre r. sortir; de. :sa hanche, ce fut la dernièrcfoisque-je l'approchai d'aussi prës; je repris lentement le chemin du jardin, réfléchissant à ce que je devais faire, et n'étant pas persuadé que M. Mandat pût tirer un bon parti de mes révélations v Tandis que je balançais ainsi, la Providence mit iiUià

mon îndécisiou en jn'envoyant M. Mandat lui-, même; c'était un homme doux eit simple, mais doué de cette bravoure calme, et froide qui ue recule pas devant les dangers ; sincèrement attaché au roi , convaincu que son devoir était de défendre la cause de ce prince , nul plus que lui ne devait rester inébranlable i son poste, d'où la perfidie qui voulait sa.mprt, put seule l'arracher quelques jours aprè».< Je le connaissais de vue> et je me décidai à rafaor» der; il n'avait avec lui qu'un aide^de-camp , son ami d'enfance.

« Monsieur, lui dis-je, je voudrais vous • » parler un instant d'un objet qui vous est » personnel. — Puisque cela ne regarde » que moi , me répondit -il, je vous 'prie » de remettre à tantôt notre entrevue^ leser- » vice de S. M. m'appelle dans ce moment. » — Vous seriez fâché du moindre délai » , dis-je, en insistant, et je le pris par la maia pour l'éloigner de deux pas de son compagnon, dont je ne connaissais pas les opinions, et à qui, par conséquent, je ne voulais pointme confier. Il hésitait à ine suivre; je lundis àl'oreiUe, «C'est de la part de la reine- v-jD m'entendit et nous entrâmes dans le bois sous

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la terrasse du bord de Peau , lieu alors entiëre« ment solitaire y car depuis l'attentat da ao juin m, le peuple était exclu de la libre promenade du jardin .

Quand nous fumes à couvert de la chaleur étouËEante cfu'il faisait ce jour-là , et des regards curieux des personnes placées sur la terrasse, des Feuillants, ouverte au public, qui respectait comme une barrière un simple ruban tricolore , plaoé par les jacobins le long de la muraille, afin d'iaoler le jardin ; quand nous fumes là , dîs-je , mettant de côté toute réserve , et taisant seules • ment le nom de celui à la table de qui j'avais entendu éclater les projets hostiles contre la royauté, j'appris au commandant de la garde nationale ce que j'ai rapporté plus haut.

f< Je vous remercie, me dit-il, votre inten- » tion est bonne ^ mais je sais depuis quinze » jours ce que vous me racontez ; ces coquins » ne font pas un mystère de leur complot , ils » le crient sur les toits; je me suis mis en me- » sure autant que cela m'a été possible , je me » flatte de pouvoir repousser toute attaque » avec avantage et avec succès , si le roi me » seconde. — S'il vous seconde , luidis-je, en » doutez- vous ? — Oui , j'en doute , ou, pour

» mieux dire , j'ai la certitude qu'il nous abau- » donnera. — C'est impossible. — Je l'étudié , » il a toute la fermeté de Tinertie , mais il n'a » pas une étincelle de courage actif. — -Eln ce )) cas, m'écriai-je, la monarchie est perdue. » — Elle l'est , croyez-moi , et elle nous en- » traînera sous ses ruines. »

Ce malheureux officier ne se doutait pas qu'il tomberait avant elle, et que son sang serait le premier répandu dans la journée du lo août. Nous continuâmes à nous promener ensemble quelques minutes ; il monta bientôt au dbâteau, et moi je sortis par la cour des Tuileries,

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