CHAPITRE XXXVII
La baronne de Reich. émissaire de Coblentz.-^ Madame de Tourzel ; son portrait; — Elle refuse de receroir l'émissaire des princes. — Je conduis madame de lleich chez M. de Lapôrte.— -Elle disparaît le lendemain* — Madame Roland ; son portrait. — Je lui suis présenté par B^aroux. -r- M. Roland. — Les Girondins. — Auteurs du ! o août. — Léà Marseillais arrivant à Paris. — Ce que l'un d'eui^ dit à roooTalet de chambre.-^ Le. lo août. — Je rais au château. — M. Mandat est appelé à la commune. — Il y ya malgré mon avis. — Le roi nous abandonne. — Mon fbère de lait m'enlève du château. -^ Je parcours la tille. — Propos singulier d'an inconnu. — Je vais ihez Robespierre, -r- Sqh aUjjj^iide tn ce moment.
Le q août , et comme je faisais emporter de ma maison^ ^ue fort heureusement j'avais vendue la veille, quelques meubles que je vou^ lais conserver, je reçus la visite d^une d&me étrangère, qui me remit avec grand mystère une lettre du 'îomte de Vaudreuél. Gç seigneur recommandait a ma galanterie madame Steibelt, que des affaires de coitin!ierce amenaient à Parîs. (f Eh madame I dis-^je à cdle-ci , quel triste » temps choisisse^- vous pour étendre juisqu'îoi
)j des relations commerciales? nous sommes » dans une agitation qui nous détourne de tout M intérêt spéculatif, et dont les résultats ne -se- » ront pas sans danger, surtout pour le négoce. »
» Le mien, me répondit -^Ue, convient à » l'époque, et vous en jugerez lorsque je vous » aurai nommé la personne avec laquelle il est .» indispensable que vous me mettiez en rap- » port : c'est , ajouta-t-elle en se rapprochant » de mon oreille ^ c'est la reine de France, -r- La » reine! m'écriai-je, y songez-vous , madame? » et moi qui ne la connais point, comment » pourrai-je foire pour vous conduire jusqu'à » elle ? — Vous vous y prendrez de la même fa- )) çon que vous vous y êtes pris en 1789, lors- » que vous conduisîtes auprès de l'ainé de ses » beaux-frères, et au château de Versailles, mi » homme qui voulait traiter avec lui d'une. opé- » ration de finance. Je viens pour le ibème » objet, et je suis la mandataire de la même » personne. «
Ge propos me confondit ; il me rappelait Mûn- SIEUR et le malheureux marquis de Favras ; il me prouva que madame Steibelt était une envoyée defe princes, puisqu'elle était instruite d'un. secret qui n!avait été connu que de son Altesse
d'un pair de FRANCE. !k6g
Royale , de mon oncle et de moi. Je me- décidai idors à lui demander si elle avait quelques lettres de créance. «Oui^ merépondit-elle> je les parte )) toujours sur moi , et cachées de manière à ce M qu'elles ne puissent être découveiles., Vous I) voyez l'importance de ma mission, fecilitèz- » moi les moyens de la remplir heureusement. » — Tout ce que je puis foire, lui dis-je, c'est » d'aller au château trouver madame Campan : » il foiit, de toutç nécessité^ qu'elle soit de » moitié dans notre secret.
— » On m'a dit de me méfier d'elle ; ne sert rait-il pas possible de parvenir directement à M madame de Tourzel? — C'est ce que je vais » tenter. » Je me rendis aussitôt au château f ce fut avec beaucoup de peine que je parvins jusqu'à la respectable gouvernante des enfonts de France. Madame de Tourzel , née Croï-d'Havré, possédait une de ces âmes fortes qui se déploient avec tant de grandeur dans l'infortune. Attachée d'affection à la fomille Royale , elle s'y consacra davantage encore aux temps des calamités. La reine n'a va it pas de meilleure amie, de femme plus dévouée^ avec un cœur plus fermeni plus énergique^ on pouvait compter sur elle et on devait être certain que nul péril ne la ferait reculer. Après
avoir accompagné ses maîtres dans leur fuite à Varennes , elle les suivit au 10 aoÂt dans le dein de l'assemblée législative , abandonnant pour ses augustes élèves^ sa propre fille^ qu'elle laissir au château deçTuileries, sous la garde de Dieu^qui ne la délaissa point. Elle entra avec la fiamille Roj^le au Temple ^ et la violence put seule l'arracber d'auprès d'eux. Conduite à la Force, sauvée par Manuel des massacres de septembre, madaniede Tourzei n'émigra pas, elle r^sta au milieu du dan* ger le plus imminent, parce que ses pupilles: s'y trouvaient encore; elle parvint à communiquer avec Madame , et, emprisonnée de nouveau y ne sortit des fers que pour être exilée. J'ai vu cette dame respectable, dans ses malheurs et à son re* tour ; elle avait ces vertus qui appartiennent aux grandes âmes; on trouvait en elle quelque chose du vieux sang romain , et la maison qui lui donna la naissance doit être fière de lui appartenir.
Madame de Tourzei , dont j'avais l'honneur d'être connu , me parut peu disposée à introduire auprès de la reine la messagère de Coblentz. w Savez-vous qui elle est, me demanda-t-elle?. » — Je l'ai' vue ce matin pour la première fois , » mais elle m'a confié une particularité telle- » ment secrète , que je do& la croire véritable-
)i ment chargée d'une nïission de Monsieur. — * » Etes-vouJs asduré) dit mada me de Taurzel, que » la véritable personne qui nous était envoyée H n'ait pas été arrêtée, et que celle-ci ne soit #1 pas une fourbe qui cherche à nous tromper. A Retournez vers elle , questionnez-la de nou^ » veau y voyez si die se coupe , et ensuite re* tè venez auprès de moi. »
J'allai exécuter ce que me conseillait la goum' vernanté des enfants de France. J'annonçai i madame Steibelt que je n'avais pu parler à madame de Tourzel ; ce qui la contraria beaucoup; puis y prenant son parti , elle me pria de la con»' duire chez M. de Lapone, intendant de la liste civile. Je ne pus me dispenser de le faire, et dans le chemin (elle logeait rue Dauphine) je tâchai de l'amener à parler sur le but de son voyage^ Elle ne me parut pas embarrassée, et ne démei»» tit rien de ce qu'elle m'avait dit précédemment. Nous arrivâmes chez M. de Laporte ; là elle me remercia; et comme on l'introduisit sur-lechamp, elle me dispensa de rester pour la rame* ner. Je passai à sc-a hôtel le lendemain «^ elle n'y logeait plus, et je perdis sa trace dès ce moment. J^avoue qu'alors je tombai d'accord avec moi'^ même que madame de Tourzel avait agi fort