‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france-- (volume 2)Chapitre 26 sur 54 · JO. MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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prudemment en se méfiant de cette femme; néanmoins nous la jugions mal : j'ai su depuis que c'était une baronne de Reich , femme connue dans l'émigration par son dévouement sans bornes à nos princes. Elle avait voulu , dans cette circonstance , venir à Paris à travers mille obstacles ^ pour proposer au Roi et à la Reine un nouveau plan d'évasion. La maniëre dont M. de Laporte accueillit son offre , et le refus formel'du Roi d'y consentir, la décidèrent à repartir le soir même. Elle ne pouvait se dissimuler le danger qu'il y avait pour elle à prolonger son séjour à Paris. Ces détails me furent révélés par le firfere de M. de Laporte , évêque de Carcassonne en vertu du concordat de 1 80 1 , homme d'esprit, vertueux et bon , que je retrouverai dans le cours de mes Mémoires , et que je peindrai tel qu'il mérite de l'être.

Le 3 août (je puis préciser ces dates, elles sont empreintes trop profondément dans mes souvenirs pour que je les oublie), Barbaroux, que je rencontrai sur la place Vendôme, me proposa de me conduire chez la célèbre madame Roland ; aucune offre ne pouvait m'être plus agréable ; je désirais vivement connaître cette femme devenue fameuse par la supériorité

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de son caractère , et que la postérité admirera toujours avec respect.Madame Roland^ née dans une classe commune^ était d'une haute taille j d'une rare beauté, et joignait aux avantagea physicpîes toute l'élévation d'une ame destinée aux grandes choses; mais elle n'avait pu acquérir cette noblesse des manières^ apanage inexplicable de la bonne compagnie; ses grâces: étaient triM viales, rien de relevé ne la distinguaitdaniraes gestes y dans ses mouvements y dans'son pàrierou dans son sourire ^ tout y sentait la bourgeoisie f mais, sous ces dehors vulgaires, la nature avait placé un cœur comme on eh rencontré rarement sur la terre. ^

Madame Roland ne possédait aucun des défauts de son sexe ; elle n'en avait m la coqdetterie^ ni la frivolité , ni la malice ; elle ne se sentait poinjL possédée de ce besoin perpétuel de plaire qui, en général, préoccupe tant les femmes j on pouvait vanter une antre femme devant elle sans la feire grimacer ^ elle ne disait point de mal de celles qui passaient pour jolies, et n'allait pas répétant que la bonté on l'esprit sont Tapa* nage de la seule hrideor ; son am<mr«'pfV>pre ^ si elle eu avait, était porté sur d'antres pmnts. Elle aniah vooln rempfir ^ dam» Umîe leur éUsnàwt ,

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les devoirs de fille ^ de mëre ^ d'éponse et de ci* toyenne ; oui ^ de citoyenne , je le répète, dût rire plus d'unlecteur ; elle necroyaitpas quela.femme dût s'annihiler dans l'Etat y elle savait l'influence de son .sexe sur les hommes ^ et elle prétendait emjployer cet empire à faire de nous de véantables Français, Le vice l'indignait , elle avait été toujours pure , et elle se révoltait à la vue de rinunoralité de la haute société ; cette ^opiaioA exagénée.la rendit injuste a l'égard d'une auguste victime y indignement calomniée. Cette sévérité de principes et de mœurs, la croyance aùjeUe était qu'il fallait, pour le bonheur public, se aOus« traire à toutc^s les séductions de l'ancien ^^égîiQ^i ont fourni des armes contre ,elle; mais , ^t4 Çise" rail outrager sa mémoire , lorsq\ie l'on aiVusoR courage, sa grandeur d'ame,:sa.r^igQ(itioAeB face de la. mort? qu.el cœur n'a poitit palpité, quel œil, s'est trouvé saas.lanme^ àk le^Qi;e€k ses Mémoires, écrits ea présenceidu: supplioei empreints du feu du géni^.et dé toujt^l^ pbifiiiB de la vertu? !.. ;• 1.

La révol^tio^ française 4 ré^^élé des'jpp^éritsf extraordinaires, elle a n^pntréiajitimonidcljqiidff ques fen)^ieS;qui seront, la gloire éternelle. ds nolire patrie. Itfadame Rplandi, Obarlqtte Gordif»

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mesdames de Bonchanip, de La Rochë^ac(|iie« lein, deToursel, mesdemoiselles Fernig, etquel^ ques autres qui , sous des banniëres di^rentës , ont également conquis à juste titre Testîme dé leurs contemporains j et qui demeureront un objet d'admiration pour la postérité. Dans leur$ rangs^madameRolandaura une première place; c'est notre Cornélie y c'est celle que nous oppo« MTons avec orgueil aux matrones les plus vénéi^ râbles des beaux temps de la république romaine* Elle avait trente-huit ans lorsque je la vis poui^ la première fois ^ et sa beauté remarquable n'é« tait point flétrie 9 car de honteuses passions n'a*^ gitèrent jamais ses sens. On disait d'elle ^ qu'dlè avait de nombreux amis ; la malignité la plus exagérée ne lui donna jamais uâ ainant; nul sentiment criminel ne lui fut connu ^ et sa sévéi^ rite, en la sauvant du vice, la, rendit peutêtre trop peu indulgente pour la faiblesse de celles de son sexe qui ne s'élevaient pas à sa hauteur.

Elle me reçut avec une politesse froide et cérémonieuse , car elle ne me connaissait pas ; je n'étais pas moi-même médiocrement gèué en sa présence, je la jugeais d'après les préventions dés individus qui la dénigraient; je m'attendais à

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