‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france-- (volume 2)Chapitre 28 sur 54 · CHAPITRE XXXYin · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXYin

J'écris à Robespierre. — Sa réponse. — 'Mon eutretienaTec lui. —r Venue de Barrère. — Le passeport dangereux. -^ Ce que pense le cx>ninentionnel Carabon des soureraijas de TEorope. — > Ije cheraKur de Brissac , le massacre et le yiolon. — Qisooors de Bi^^ y^^ renne anx égorgeucs de septembre. — Quelques- conventionDels. — Madame Koland.' — L'a convention nationale. -— ConTÔrsation ayec Chénier. — Avec le garde*du-€orps Fârb ^ le . ao . janttet 1793. — Mort du roi.^ — Charlotte Corday, ~ Ma dernière rencontre avec Camille Dêsmoulins et Fabre d'Églantîne.

Je passai plusieurs jours, sans 9oager k me rappeler au souvenir de qiû que ce. fut ^ je ne pouvais guferes concevoir une continuation de liaison avec des hommes qui venaient de jouer un rôle si criminel;^ d'un autrecôté ils étaient les maîtres de Paris et de la France , et comme je m'étais promis de ne plusémigrer, quoi qu'il ar» rivât, et à quelque extrémité que je me trouvasse réduit , la prudence au moins; exigea que je me misse en mesure de me conserver ^ sinon leur amitié, du moins leur protection; en côn*» séquence , et vers le 20 août., j'écrivis i Eobes-

!l88 MÉMOIRES

pierre } dans cette lettre je me plaignais de ne l'avoir pas vu depuis le lo août^ et le priais de me tracer un plan de conduite qui me permit de conserver mon existence et mon honneur ^ je lui mettais aussi sous les yeuz le danger de sa position , si les ennemis qui venaient d'entrer en France ^ réussissaient dans leur entreprise^ et je lui proposais de travailler à un accommodement.

J'envoyai cette missive au député; il la lut en levant les épaules et en souriant avec dédain ; il me répondit sur-le-champ^ de la manière suivante :

« Je n'ai pas pu vous voir parce que je vous »' avouerai que je n'ai pas eu le temps de songer » à vous ; j'ai eu tort^ excusez-moî , car je sais » être ami , croyez-le bien ; mais vous^ qui Ates » vous? un insensé ou un mauvais citoyen ; yos » offres m'ofienseraient si je n'en connaissais » pas le motif; ne vous occupez plus des autres^ » vous avez à tirer votre épingle du jeu, et » vu les circonstances et votre conduite , . ce ne » sera pas une petite a£(aire ; restez chez vous le » plus que vous pourrez, évitez les lieux publics, » ne vous montrez que rarement ; nous entrons » dans une crise terrible, je ne sais plus ;oà

d'un pair de FRANCE. 289

M elle finira. Peut-être en vous épargnant fais-

» je naal , puisque je sacrifie naon affection par»

» ticulifere à l'intérêt de ma patrie ; mais , de

» par le diable, ne faites aucune imprudence qui

» m'empêcherait de veiller sur vous. Un parti

» vous resterait à prendre , celui de vous rallier

» franchement à la révolution , je vous invite

)) à ne pas le repousser; alors ma vertu et mon

w amitié ne seraient pas tourmentées à votre

» sujet; un grand acte national ne tardera pas

» à avoir lieu, et, certaines têtes à bas, qui

» pourra se flatter de conserver la sienne? Voulez-

» vous faire partie de la convention qui va rera-

» placer la législative? je puis vous foire nommer;

» comprenez bien tous les dangers d'un refus.

>» Vale.

» P. S. Brûlez ma lettre. R. w

Je la brûlai effectivement après en avoir pris une copie ; les propositions qu'elle contenait ne me tentèrent point, je ne répondis pas à son auteur, et vers le 3o du mois je passai chez lui pour le remercier de sa protection menaçante. « Vous » n'avez pas voulu être des nôtres, me dit-il , » tant pis pour vous, il vous en arrivera mal,

Page 1