‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france-- (volume 2)Chapitre 30 sur 54 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Mort de la reine. — Mort de madame Roland. — Mon entretien arec les commissaires de ma section. — Je Tais an dob. — Description de ses séances. — Bizarre dénonciation faîte par le dob d'Aarillac.—- Visite de mon boulanger. — Portrait de Robespierre jemie. — Notre conyersation. — Son billet à Fouquier-TainTille.<^— Le chiffre mys* térieux. — Je vais voir celui-ci. — Son portrait. — Horrible mot de lui.— Notre conversation. — Albertine P.... — Je l'accompagne an Luxembourg. — Mon amour pour eUe. — Je fais sortir son père de prison. — Elle refuse de nftépouser. — > J*en veux savoir le motif. — Fatale révélation.

Plus encore peul>-être que la mort du roi , celle de Marie-Antoinette me frappa doulou» reusement; j'avais eu le bonheur d'approcher de cette auguste princesse , de recevoir d'elle des preuves éclatantes de sa bonté et de sa protection^ elle aimait mon oncle^ et elle avait donné à toute ma famille des marques si nombreuses de sa bienveillance, que je ne pouvais m'empê« cher de lui être attaché de cœur et d'ame. Ma reconnaissance ne périt pas avec elle, j'en conserveraile sentiment tant que je vivrai, et j'espfere

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en donner la preuve chaque fois que Foccasion s'en présentera. ^

Je ne me rendais pas wmpte de l'insistance que Robespierre mettait à la jEaire périr; c'était avec impatience qu'il supportait l'existence de cette princesse , et tout ce que je pus lui dire pour l'adoucir, ne fut que de vaines paroles; non qu'il me repoussât en m'exprimant franchement sa haine pour elle , mais il employait les grands mots vides de sens, d'intérêt public, de sûreté de l'état^ qui servent si souvent à colorer les crimes. A travers son hypocrisie, je voyais clairement sa fureur , et je frémissais que la nécessité me plaçât sous la protection d'un pareil être; je ne pus même continuera le voir à cette époque, et quoi qu'il dût m'en arriver, je me séparai de lui , et je me promis de ne plus mettre les pieds dans sa demeure.

Peu après la mort de la reine , je vis périr aussi madame Roland. Prisonnière depuis plusieurs mois , elle supportait son infortune avec le calme de la vertu et le fanatisme de la liberté; elle employait ses journées à tracer ces immortels mémoires , qui devraient faire tomber la plume des mains de tous ceux qui veulent l'imiter ; elle marcha à la mort co^ime y aurait

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marché la mère des Gracques; elle se montra sur l'échafaud ce qu'elle avait été dans sa vie privée et politique^ g^rande^ sublime méme^ et sa perte me causa un sincère chagrin. Madame Roland a eu des torts envers la reine, cette ep:eur est la seule tache de son existence et elle en a été cruellement punie. Son mari en fuite à ce moment , et caché dans une ville de province , apprenant qu'elle était tombée sous la hache du bourreau , ne voulut pas lui survivre ; il quitta l'asile où il s'était mis à couvert de la rage de ses ennemis et fut se tuer sur une grande route. C'était une affreuse époque que celle-là , on ne peut aujourd'hui s'en faire \xhe idée; l'épouvante, la nécessité de lutter sans cesse contre le besoin ou contre la mort, nous avaient tous démoralisés et nous donnaient une sorte de courage qui nous faisait envisager le trépas avec indifférence, et le supplice comme la conséquence de ce qui se passait autour de nous.

Je ne croyais plus revoir Robespierre , lorsqu'une circonstance imprévue nous rapprocha. J'étais tranquille chez moi au commencement de 1794 y lorsque tout à coup je vois entrer des commissaires de ma section, qui me demandent pourquoi je ne fréquente pas la société popu-

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