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mon oncle. C'était une montre de la plus grande heauté , et enrichie de diamants ; le cadeau valait bien une dixaine de mille francs. Je trouvai la chose inconvenante , et il me sembla que Ton portait , en Angleterre , à un bien haut prix fFasile donné pwdant vingt-quatre heures ; ce brusque départ m'ét<)i3i.iîa..
Vers le soir, Robespierre me fit dire qu'il m'attendait dans le jardin des Tuileries. J'allai le trouver , nous montâmes en fiacre et le co» cher eut ordre d'aller, par les boulevards^ à la place de la Bastille. Des que nous fumes en chemin^ je contai à mon compagnon ce qui s'était passé, l'espèce de friite de l'Ânghds , et le présent insultant qu'il m'avait feit. « Vous êtes » un enfant, me répondit-il, ne voyez vous pas » que tout est de bonne prise sur les ennemis )) de la France ; les présents , d'ailleurs ,. sont )) une partie essentielle de toute négociation » diplomatique ; il est néanmoins libre à vous M de renvoyer la montre à votre^ oncle Geor- » ges I{I j je ne vous le conseille pas , néan« » moins , il pourrait vous en arriver maL »
Je le compris, et me tins pour averti ; ayant trouvé peu après à me défaire de ce bijou j j'en distribuai le prix aux hôpitaux de la capi«
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taie. Robespierre, après m'avoir parlé sur ce sujet, en entama un autre. c< Savez-vous que les » Anglais ont perdu la raison^ ils m'ont fait » des propositions si extravagantes^ que j'ai dû » croire , ou que leur c^inet est frappé de dé- )) mence , ou qu'ils se flattent de me faire deve- » nir fou. — Vous vous en êtes méfié, je pense? M — Je vous en réponds z ne voulaient-ils pas )) pour condition première que je rappelasse les » Bourbons, que je reconnusse lé petit g^fçon » ( Louis XVII , alors détenu ) en sa qualité de » roi de France , sous ma régence.
— » Et MojssieurI qu'en feraient-ils? — Pas » grand^chose , ils ne l'aiment pas et ils s'en )} méfient^ ils ne veulent, en aucune manière,. » le reconnaître pour régent ; il en a pris le titre , » mais vous savez que l'Autriche le lui a refusé » tant que Marie-Antoinette a vécu. Moi régen^, » sous la suprématie d'un bambin et en pré« » sence de tous les jacobins , de tous les aristo= » crates ! je ne garderais pas cette place vingt- » quatre heures. — Comment ont- ils pu vous M faire une telle proposition? quelles sûretés » vous donnaient-ils? car enfin il vous en fal« » lait. — Oh! les offres déraisonnables n'ont » pas été épargnées^ ils prétendaient m'attachef
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M au jeune roi par de tels nœuds^ que je trou- » verais à défendre ses droits un intérêt de » famille.
— » Les scélérats ! m'écriai-je, emporté par >) un mouvement involontaire d'indignation, » mais c'est affreux! ne savent-ils pas que la » chose est impossible? — Non pas physique- » ment 9 me répliqua Robespierre avec une » nuance d'humeur bien visible. — Physîque- » ment soit ^ mais moralement y vou^ ne me le » contesterez pas. — Vous n'avez point, me dit-il M sur le même ton , vous n'avez point l'iniagi- M nation brillante^ vous ne savez pas créer des » châteaux en Espagne. — Dites plutôt que c'est » un château en Enfer, un Yéritaiblepandœmo» » nium. Maximilien , croyez-moi , un mur d'ai- » rain vous sépare. . . . \ous m'entendez?— Oui ; » le diable emporte les misérables qui m'ont (ait » tremper dans une foule d'atrocités dont au » fond je suis innocent I Au reste, je pense » comme vous, l'impossibilité m'épouvante, » c'est un nœud gordien qu'on ne détacherait » pas; c'eût été cependant un bon parti.
— » Et , repris-je , sans répondre à la dernière » partie de son propos , ils ne vous ont offert ï> que cela? — Quand on a vu que je refusais,
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» parce que j'ai juré du fond de l'ame, haine à » la royauté , et qu'un honnête homme n'a que » sa parole, ils ont mis en avant ^ par l'organe )) de leur envoyé , une présidence héréditaire » avec la même union; ceci ne m'a pas accom- » mode mieux ; alors sir Serton s'est réduit à » quelque chose de plus sage : vingt ans de » présidence élective , cela est honorable , cela » ne gâte rien; on peut présider la république n sans usurper la souveraine puissance. C'est » trois fois la durée de celle du gouvernement » américain ; je vois le moyen de pouvoir faire » le bien.
— » Et vous avez décidé ? — Rien encore , )) on n'arrête pas de tels actes en un moment, w il faut réfléchir , examiner le cas sous toutes » ses feces. Je vous parais bien puissant, je le » suis peut-être, mais c'est d'une façon très » singulière ; cela tient à l'opinion publique, à » une magie de terreur, à un fanatisme révolu* 1) tionnaire qui me soutiendra tant que j'irai » d'exagérations en exagérations. Mais je man- » que de soutiens particuliers , je ne me » connais pas un homme sur qui je puisse m'ap* » puyer, enfin , je suis seul , toute ma force est i) en moi , elle ne repose sur personne. — Hea»%
M riot? — Est un sot et un ivrogne. — Sainl- » Just? — Un polisson encore au maillot» — ^Votre » frère? — Une poule mouillée en tout ce qui » concerne les afiaires. d'intérieur. Je ne suis » pas militaire , c'est là ce qui me tue ; un » homme seul ne parvient à feire une révolu^ » tion que lorsqu'il peut commander à des » bayonnettes ; l'instinct du peuple et du civil » est pour la liberté , le militaire est imprégné » de despotisme. Nous serons tôt ou tard d&p N vorés par les généraux. Voyez l'empire ro« » main , pour deux ou trois empereurs fournis » par le sénat , il en a eu plus de cent imposée » par l'armée.
— » Ainsi vous ne savez que faire? — Je suis » fort embarrassé. — Et en renvc^/ant FAn- » glais, vous avez rompu avec le cabinet de » Londres? — Oui et non ; on veut que je fesse « une tentative , cela est difficile ; j'ai peur de » me compromettre, tous les yeux sont fixés » sur moi , on épie mes actions > on interprète )) mes gestes , c'est une inquisition pénible à » supporter. Cependant je verrai à frapper un » grand coup , à me montrer en public de ma- » nière à réunir les regards sur moi ; car je vois )) bien que, si je ne me montre pas, je ne vien*
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» lirai à bout de rien de ce qu'il faut foire » pour rendre à la France sa tranquillité et son » bonheur. »
Je le laissai parler tant qu'il voulut, j'admirais comment X incorruptible se montrait à moi dé* pouillé de son enveloppe habituelle d'hypocrisie; tant de confiance me foisait peur : je craignais qu'il nefît un retour sur notre position respective et que je n'en fusse la dupe* Je lui cachai toutes ces pensées, afin de ne pas les lui inspirer. Il me demanda ensuite si les royalistes seraient gens à s'accomoder d'un gouvernement raison^^ nable. « Mon Dieu, lui dis-je, ils prendront tout » ce qu'on leur donnera ; foute d'un roi vous les » verrez aux genoux de quiconque saisira Tau* » torité d'une main ferme. —^ Et vous , me dit- » il, refuseriez-vous de servir lorsqu'on se serait » débarrassé de la canaille qui nous importune? » — Je ne demande pas mieux que d^être utile à » mon pays , et lomue l'ordre légal sera réta^ » bli •••. — Comptez sur moi. »
Il cria alors au cocher de retourner .su^^ ses pas et de nous ramener rue Saint-^Honoré, à travers la ville. Je crois que le cocher savait à qui il avait à faire^ car il ne murmura point et obéit à l'instant^ dès lors la conversation changea , il
ne fut plus question de politique, et nous nous attaquâmes littérairement ; autant que je puis m'ensouvenir, ils'agissaitde décider qui méritait la préférence, du Tasse ou de l'Arioste; je quittai Robespierre à sa porte , et je revins chez moi sans savoir ce qu'était devenu l'émissaire an» glais , et ne soupçonnant pas par quel acte de vigueur le Catilina moderne donnerait des garanties à ceux qui voulaient le pousser, au pouvoir souverain; je ne doutai pas que cette présidence de vingt ans ne fut une l>elle et bonne usurpation en rëgle.
Mais cejqui attira le plus mou attenti(m, ce qui m'inspira une horreur phis complète , ce fut la pensée du mariage que Ton n*ayait pas rougi de proposer à ce monstre , et sur lequel je me garderai c^e m'appesantir^ tant cela me parait inconvenant; je m'indignais contre l'Angleterre, qui osait trafiquer , dans son seul intérêt , d'un sang précieux. Plusieurs jours se passèrent sans que je revisse le conventionnel ; les gaselftes et les affiches placardées sur les murs de Paris, m'annoncèrent que le 8 du mois de juin , la convention procéderait , dans la solennité d'une fête , à la reconnaissance de l'Etre suprême et de l'immortalité de Famé. On avait fait naguère de
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cette grande vérité , la matière d'un décret ; les représentants avaient cru devoir apprendre à l'Europe qu'ils ne faisaient pas du matérialisme une religion , c'était un aveu qu'on ne leur demandait pas et que leurs actions démentaient de toute manière.
Robespierre m'envoya dès la veille un billet pourassister commodément à cette cérémonie; le peintre David en avait donné les dessins. Le lieu de la scène fut le jardin des Tuileries èten avant de la feçade du château ; là , sur un socle élevé, le Fanatisme , ceint de la triple couronne papale , tenant entre ses mains une torche et un poignard , était exposé en regard de l'Athéisme , représenté par une femme aveugle et qui déchirait le livre de la loi ; une masse de fagots et d'artifice environnait ces deux statues ; tout auprès on voyait un char immense, rempli de musiciens , de chanteurs et de chanteuses costu* mes à la grecque,- ce char, à un signal donné, devait parcourir le jardin, tandis que l'orchestre et les chanteurs exécuteraient des hymnes à l'Etre suprême.
Une foule immense remplissait les alentours de l'amphithéâtre sur lequel la convention devait prendre place. Elle arriva enfin , Robespierre
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la présidait ; il était vêtu de bleu y et portait à la main un bouquet de fleurs. On remarqua que ses collègues laissaient un intervalle considérable entre eux et lui ; il était comme seul au milieu des che£s du peuple ; et vraiment y à cette heure y il m'en parut le souverain. Je ne doutai pas^ en le voyant là y que toutes ses mesures ne fussent prises pour frapper un grand coup, qu'il ne prcH fitât de la circonstance, pour proclamer une amnistie générale y pour anéantir à la face de la nation le régime de la terreur , et par ces actes de fermeté , se rendre digne de la place à laquelle il aspirait.
Il n'en fut rien ; il se contenta de prononcer im discours amphibologique qu'il termina par une phrase désespérante^ puisqu'elle annonça pour le lendemain le réveil de la machine de mort, qu'on avait laissé reposer pendant la fête. Âla suite de ce discours , Robespierre mit le feu au bûcher, la flamme et les fusées , 1^ bombes , les chandelles romaines, consumèrent les mannequins représentant l'Athéisme et le Fanatisme; on chanta des hymnes ; on cria viî^e la républim que ! et tout fut fini.
Dès lors tout le charme fut détruit; et là où j'attendais un grand usurpateur, je ne retrouvai
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plus qu'un scélérat vulgaire. Atoni) des ce moment, mon parti fut irrévocablement arrêté ; je me décidai à rompre avec cet homme, qui ne possédait même pas l'énergie du crime. Je ne voulais prendre que le temps d'arranger mes affaires de manière à pouvoir quitter Paris sans exposer ma vie, et j'espérais en obtenir l'autorisation à la faveur d'une ordonnance de médecin que je provoquerais par une maladie feinte.|
Le surlendemain, à la nuit tombante, Robespierre arriva chez moi. « Eh bien! vous avez » vu, me dit-il , comment je tiens ma pro- » messe, et si j'ai su me montrer. Que pensez- » vous de ma manière de présider Id fête? Ne )) me suis-je pas mis furieusement en évidence? » la convention ne semblaît^elle pas me faire M cortège? — Oui, répondis-je, les repréten- » tants vous tenaient lieu de gardes-du-corps ; » mais j'ajouterai avec franchise que j'attendais » autre chose de vous. — Qnoi ? — Mais un » discours énergique, une protestation solen- » nelle contre les crimes passés , et l'assuraDce » d'un gouvernement plus doux pour l'avenir* — » Vous êtes timbré! ils m'auraient égorgé » sur la place ! j'ai vu dans leurs regards ce que » j'avais à en attendre ; aussi ai-je fini mon orai-
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w son autrement que je n'en avais le projet. — » J'entends , vous avez eu peur , et la peur vous » a porté à nous en faire; on ne réussit pas avec » de tels moyens. *— Je le crains; mais que » puis-je? Je suis seul, je vous le répète. Et » qui sait si les Anglais ne se jouent pas de » moi ? Leur unique but est peut-être de me » poussera quelque imprudence , de me.com» » promettre de manière à me perdre. Je me » méfie d'eux parce que je les connais. — Àinâ » donc vos nouveaux projets maintenant » sont. . .? — De me venger des traîtres , s'écrîa- » t-il d'une voix aigre ! de les faire tous périr! » Ils m'environnent , ils m'assiègent ; je les vois H le jour , j'en rêve la nuit. Que de poignards » doivent être tirés contre moi ! que de doses de » poisons On me prépare!... Savez-vous qne je )) commence à soupçonner mes plus intimes! » la petite Duplay y par exemple y je crains tou« » jours qu'on ne la gagne y ma vie est à sa » merci , et je pourrais bien .... »
Il s'arrêta. « Vous êtes à plaindre ^ Ini » dis-je. — Oui fort à plaindre , et le diable » emporte qui le premier m'a lancé dans la » voie où je suis, je lui ai bien rendu, j'en » conviens, le mal pour le mal, car je l'ai
w joué SOUS jambe ; mais san^lm^'Ans hii..... » et Robespierre continua ses jplaintes. Je reconnus combien son cœur étaîl torturé , mais en même temps j'acquis la certitude que c'était un faonime fini^ il avait voulu soulever ub jpoids aÙMl^^Us dfe ses forces^ et lutter [avec là seule finessie conftrè l'énergie des circonstances; leconibat n'était pa^ égal, aussi y succomba>-t-il; son aine était afftiis^ sée^ il parlait beaucoup et ne décidait riem > il ne mettait d'activité qu'à former des prtyjets , espérant par là, peut-être, se déguiser à lui-même sa faiblesse. Peu après ce jour, il cessa de paraître au comité de salut public-, et scmbk abandonner le soin des afiaires; on a crU qiïe c'était pour dissimuler son an^bition, c'était tbut simplement de sa. part paresse d'esprit,. lassitude morale ; il ne lui restait plus enfin que l'appa» rence d'un homme , lorsque ses rivaux provo» quèrent son supplice.
Il me quitta , peu satisfait de lui et par conséquent de moi. Le i8 juin je fus surpris de recevoir la visite de Joseph Chénier , avec qui j'avais rompu tout commerce- depuis la mort du roi ; il lut sur ma figure l'étonnement que je ressentais de sa venue : « Vous me prenez tou- » jours pour un ogre, me dit-il, vous avez tort,