‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france-- (volume 2)Chapitre 36 sur 54 · Tome ii · texte numérisé non relu

Tome ii

» je puis vous paraître un répnUicaiB ianati* » c[ue^ mais je ne suis pas méchant; je vous en » fournis la preuve, car je reviens à vous pour n vous donner un conseil utile : êtes vous ton* » jours lié avec Robespierre? — Oui , je le vois n quelquefois. — Eh bien ! méfièz-TOUS de loi. » — Comment? — Je sors de chez Fouquier- » Tainville et j'ai vu votre nom sur une liste » de suspects écrite tout entifere de la main de » Robespierre : vous savez ce qui s'est passé m hier ? —-Non , lui dis-je^ je ne suis pas sorti^ et » mon travail m'a empêché de lire le journal. » — Quoi ! vous ignorez , reprit Chénier, qu'une » jeune fille a voulu tenter sur Robespierre » le même coup que Charlotte Corday sur Ma« » rat; qu'elle a été arrêtée, munie de deux N poignards , au domicile dé mon collègue ; que D déjà deux cents personnes sont arrêtées pour » ce fait; je meurs de peur que votre nom ne D leur soit accolé. — Ce serait un acte d'atroce » démence, si Robespierre était capable d'un » tel trait. — En fait-il d'autres ? Croyesi^noi > » songez à vous , fuyez si vous le pouvez j Ghan* » gez de logement^ il n'y a pas une minute i » perdre. Voici quatre cents francs que je vous » apporte , si par hazard vous n'aviez pas d'ar» » gent chez vous. >»

L'ofire deChénier, ce qu'il yentit m'apprettdre, Fannonce de la foudre prête à éclater sut ma tête, me plongèrent dans une agitation difficile à peindre. Tout à coup on frappa M^ dément à la porte de ma chambre y je crud que c'étaient les sicaires du comité de salut-publib jjie fus ouvrir : Robespierre jeune se présenta , il vint à moi vivement* <c Gonnaissezt^vous la fillb » Renault? me dit^il saùs aucun préambule. -^ » Non^ certainement^ • — Vous la connaisse^ ^ » car c'est pour foire sortir son ^ëre de pris6ii » que vous avez sollicité mon frëre il y a plii- » sieurs mois. -^ Je vous ai parlé pour le d^ n toyen P...> dont la fille se nomme Âlbertiiië^ » vous l'avez donc oubliéi — VcJbs avez raisdh , n me dit -il, nous avons dommis une erreuf M qui pouvait vous être fotalé* Ecoutez , venei I) avec moi , vous ne seriez pas en sûreté diefc n vous> jusqu'à nouvel ordre. »

Je ne me le fis pas dire deux fois ; je pris dé l'argent, et je sortis avec les deux convention^ tionnels. Nous fumes chez Robespierre jeiîhe. Là il me donna une commission de surveillance sur les autorités du département de ;

ce titre suffisait pour me mettre à couvert de quelque mauvais coup , et je ne devais le faire

connaître qu'au seul représentant en tourtiée dans le pays. Cela fait^ on m'emballa dans. une chaise de poste ^ et , la nuit venue ^ je panis pour ma destination.

Ce ne fut pas sans feire des réflexions bien ail3Lëres ^ et sans déplorer le malheur des circonstances^ qui me plaçait ^ avecirente millions de Français , sous un joug odieux. Je reconnaissais combien était légère cette amitié de Robespierre^ je ne me dissimulais pas que je lui devais moins la vie qu'à son frere^ plus hardi quelui^ et qui ne m'avait pas confié des secrets aussi importants. Je songeai en même temps à prendre^ non la route la plus directe^ mais la plcâ longue; il me semblait qu6 l'on pourrait moins facilement m'atleindre> si l'on en avait envie, tant que je serais sur les grands chemins. Une indisposition facilita l'exécution de inon projet ; je séjournai huit jours à Montauban ^ puis je recommençai mon voyage^ allant toujours lentement, si bien que je n'entrai à que le 16 juillets

Deux heures après mon arrivée^ un détache-* ment de la force armée investit l'auberge où j'étais descendu^ et l'on m'arrêta au nom de la loi.

d'cN PAin DE FRANCE. 357

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