Tome u. ai
dans la haine portée au conventionnel , et je Tai entendu accuser d'avoir dcmné des preuves de férocité à Bordeaux ^ tandis que sous d'autres rapports elle se montrait fort sensible. Je me plais à croire fausse et calomnieuse cette accusation j mais elle n'en a pas moins été portéei
La convention nationale ^'océupa , sur la fin de son règne, de réparer une partie du mal qu'elle avait fait, elle déchira l'affreuse constitudon de 1793, qui n'avait jamais été exécutée , et elle la remplaça par une nouvelle constitutioû qm^ en créant un directoire exécutif et deux oonaciis, celui des anciens et celui des cinqw?efit8<> se ^rapprochait déjà beaucoup de la fDrmemonaïcilHqae.
Le hasard fit que jemeliai avec Moreau. -Il était venu à Paris aprës la chute de Robespierre^ et Chénier , qui le voyait dans l'intimité^* cheik^ha à nous mettre en rapport. J'avoue que mbn pre» mier coup d'œil ne lui fut pas iavoraUe.'Il commençait à acquérir la réputation qùe> dans la suite il porta si loin ; aussi sera-ce seulemënià l'époque la plus brillante de sa vie que je tlracerai son portrait. Il me parut, quand je le vis pour la première fois , .trop peu indigné du supplice de ' son père et trop parfait républicain ; le républicanisme lui sortait par tous les pores; ses discours
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respiraientun enthousiasme C[ui ne se peignait pas dans ses yeux j je crus découvrir dans son regard quelque chose d'indécis , qui ne me parut pas annoncer le grand homme y c'était une sorte de faiblesse morale , de laisser-aller^ qui devait dégénérer en petitesse. La manière afïectée avec laquelle il parla de plusieurs généraux, et no« tamment de Pichegru, me prouva qu'il était jaloux. Je le disàChénier, en ajoutant : « U est » possible que ce scûtun grand capitaine ^ mais. » je doute qu'il devienne un grand homme. » Malheureusement ma prédiction s'est vérifiée de point en point
Je goûtai , lorsque finit le régime de la ter^ leur, un repos qui ne m'était plus CQnnu depuis plusieurs années , et j'avoue que , me laissant entraîner par le torrent comme les autres , jejouai de mon reste, et me hâtai de profiter de ma jeunesse qui s'enfuyait; j'allais atteindre ma trentième année, c'était le moment de devenir raisonnable. Je commençais à sentir l'ambitîon naître dans mon cœur; la nature m'annonçait par là que j'entrais dans la maturité. Je n'es« saierai pas de raconter toutes les folies de l'époque ; il est cependant une aventure qui fit alors grand bruit , et que je m crois pas pouvoir
me dispenser de placer ici , parce qu'elle peut donner une idée exacte des moeurs du temps.
M. Sw. ou le petit S... ^ ainsi que les daines l'appelaient alors, fait comme le berger Paris, joli comme les Amours , avait de grands yeux bleus , des cheveux noirs , une tournure agtésL^ ble, un teint rose et blanc, de l'esprit, de la grâce, de la malice , tout enfin ce qui peut tourner les têtes , et , certes , il en tournait bésfocoup. Il rencontrait souvent, dans ce qtl'on appelait le beau monde d^alors, une madame de B... , femme de qualité, mais tombée par ses vices un peu plus bas que la boue; sa- figure était chiffoânëe, sa démarche leste nôn-^cifOfns que sa conduite ; elle prenait de toutes mains, par système d'équilibre général; elle était peu riche d'ailleurs , et sur lé tout, fort envieu&è de faire parler d'elfe.
S... lui plut, cela n'étonna pornt; elleVenhit l'avoir, c'était une conséquence de son goût; mais lui, à cette éip6qué=, léger, folâtre, et occupé comme un homme qui n'a rien à faire, ne trouvait pas le temps de profiter ïie la bonne volonté de madame de B... Il y avait également de par le monde un M. de Cemin , qui parlait beaucoup pour ne rien dire, qui
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faisait des vers que l'on ne lisait pas, mais({u*il nous forçait d'écouter, et c'était un véritable supplice. Je le vois encore entrant dans un sa» lon^ s'annonçant avec bruit, trébuchant au tapis , heurtant chaque meuble, dérangeant tout Je monde y déchirant dix robes , et se jetant cn« iin dans un feuteuil^en nous regardant tous, comme pour nous dire : (c Me voilà! n
Un beau soir il devient amoureux de madame de B...; il soupire, on lui rit au nez; il parle d'un remboursement considérable qu'il vient de recevoiY* , on l'écoute avec d'autant plus d'intérêt, que la dame, dans ce moment, avait grand besoin d'un ami délicat et riche; elle a l'air d'aimer, et Cernin est aux anges . Tout à coup 3... arrive; c'était à l'une des fêtes de Mousseaux, où affluaient la bonne et la mauvaise compagnie , il se présente frais comme l'aurore , parfumé comme la rose; vingt femmes l'appeU lent , et , par un caprice singulier , il ne voit que madame de B... , le triomphe de celle-<i ch^ complet ; chaque rivale a pu remarquer cetta préférence. La conversation est vive; Cernin, qui de sa vie n'a rien vu, s*a|>erç^iit de *>e qui se passe , il est inquiet , et le feu d^^rtiHc^ terminé , il oifre sa maiu , on Taecefite; um^Oîi
propose à S... de venir souper à la maison. La voiture était là ^ on monte ^ on se place trois au fbnd^ la dame au milieu^ Cernin à droite ^ S... à gauche. La course est longue^ la nuit est noire , Cernin est très inquiet ^ il craint la concurrence y et le voilà témérairement et sans ombre de délicatesse y qui glisse dans la main potelée dont il s'est saisi , un rouleau de cinquante louis : on accepte l'insolent cadeau; Cernin est désormais sans crainte.
Il n'a pas calculé le désordre que le mouvement et l'obscurité jettent dans l'intérienr d'une voilure. I^a main dont il avait fait la cÎHiquèCe n'était point celle de sa belle , mais bien la main de l'espiëgle S. .. , malin comme Richelieu i diihuit ans. La bourse est pour lui un trait de lumière , il devine tout. Que fait le rusé ? avec autant de modestie que de tendresse , il pose le trésor dans la main de la dame, laissant deviner à de jolis doigts , que les siens pressent avec transport y le trouble de son cœur y un baiser qu'il dérobe est le sceau du traité.
J'abrège le reste : madame de B... a la probité nécessaire à payer de tels emprunts; une migraine subite hâte le départ de Cernin, qui part furieux y et bientôt une soubrette intelligente fait
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rentrer S... en grand mystère.... Cemin, loin de dormir, passe une nuit très agitée ; dès sept heures du matin il est aux champs y ou plutôt a la porte de madame deB... Il questionne le suisse y le paie , et apprend ce qu'il soupçonnait. Là-dessus grande fureur, scëne indécente Êiite à la dame^ réclamation des cinquante louis , explication subséquente , qu'elle termine par de grands éclats de rire , et dont les suites racontées par elle avec un front d'airain, achèvent de couvrir Cernîn de ridicule. Je puis certifier que nous rîmes beaucoup de cette excellente plaisanterie; toutes les femmes disaient, en parlant de S.... : « Le fripon a autant d'esprit que de » beauté. »
C'était ainsi que nous échappions à nos douloureux souvenirs; je dis nous, car je faisais comme les autres. Mais mon temps finissait, et une nouvelle carrière m'était ouverte. La force des choses, mon goût et mes études me poussaient en avant; j'avais conservé de la fortune , et je devins homme d'état à la promulgation de la constitution nouvelle.
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