‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france-- (volume 2)Chapitre 4 sur 54 · O MÉMOIRES · texte numérisé non relu

O MÉMOIRES

sincérité de ses paroles, et j'assurai Son Altesse Royale de ma fidélité et du mystère qu^ je mettrais à lui obéir. Il m'en remercia avec une sensibilité de commande dont je fus dupe , et peu aprës je partis avec mon oncle , tout fier d'être pour quelque chose dans ce qui ressemblait à une intrigue d'état. Je n'en fis irieh paraître auprès de mes amis, et je gardai fidèlement ce secret, qui m'échappe maintenant pour la première fois.

Le 4 octobre, veille d'un jour bien funeste, et tandis que les esprits s'exaspéraient , que l'assemblée nationale devenait une arène où luttaient les deux partis, et que la voix tonnante de Mirabeau menaçait d'accuser la reine ^ j'étais dans Jia maison où logeait mon oncle, occupé à recevoir ses instructions , et à me préparer pour aller joindre le marquis de Favras , qui nâ'a^tendait sur la terrasse du château, en £acede jl'Orangerie. Il y avait dans sop impatience quelque chose de funeste qui me ffiappa ; il me. questionna sur ce que nous allions faire, et me demanda si je croyais qu'il parviendrait à parler à Monsieur.

« C'est ^ar son ordre , lui répliquai-je, que » je suis venu vous chercher, et c'est devait ^1 lui que je vais vous conduire. — Allons , me

» dît-il , si je suis écouté , je préviendrai peut- » être de grandes catastrophes. »

Nous cheminâmes en silence après ces pre^ miers propos et à la faveur de la connaissance que j'avais de cette partie du château , nous parvînmes jusques au valet de chambre de So& Altesse Royale, qui fut prendre les ordres du prince. Je demeurai seul pendant trois quarts d'heure environ ; au bout de ce temps , M. de Favras revint, il paraissait tout à la foisliché et content y il se parlait à lui-même, se frappait le front et me semblait singulièrement agité. -Nous ressortîmes ensemble du palais , mais parle côté qui regarde la ville.

Mon compagnon parvenu en face de la grande écurie me remercia de mon assistance et me chargea de faire ses compliments à mon oncle^ il ajouta qu'il ne tarderait pas à venir le voir, et il partit aussitôt pour Paris. Je lui faisais mes adieux, lorsque je fus abordé par Joseph Chénier. — « Bon jour, mon ami, me dit-il, connaissez- » vous bien cet homme que vous quittez ? — D Non, lui dis-je, nous nous sommes rencontrés » sur la terrasse de l'Orangerie , et je ne l'avais » vu qu'une fois. — Méfiez-vous de lui, c'est un » intrigant. Je connais un député qu'il sollicite

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» de changer d'opinion^ et qui ^ pour lui soa« » tirer son secret , fait semblapt de se laisser » gagner par lui. »

Je fus charmé de ce que j'apprenais ^ mais ne voulant pas que Chéuier pût s'apercevoir de m^ joie, je changeai de propos y et lui demandai à quel jour les Comédiens français avaient fixé la représentation de sa tragédie de Charles IX. c< Ah ! ] es misérables, me dit-il , si vous avieaj » à souffrir comme moi de leur insolence, vou^ » ne pourriez parler d'eux tranquillement , ils » me rendront fou ; cependant je me flatte que w je serai mis en présence du public à la fin de >) ce mois. »

Il ne fut cependant joué qu'au mois de no« vembre. Je lui promis de ne pas manquer d'aller l'applaudir, et je courus trouver mon oncle pour lui rendre compte de ce que j'avais fait. Je lui appris ensuite la fourberie de ce député qui trompait le marquis de Favras ; le bon homme en fiiit épouvanté , il se hâta d'écrire à ce dernier, mais la lettre écrite , il n'osa pas la confier à la poste, et il me conjura de la porter moi-même à Paris. Je lui promis de partir le soir même , et le prévins que je ne reviendrais pas à Versailles de cinq à six jours 5 de tendres intérêts m'appe-

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laieot alors loin de cette viUe. Je la quittai , ainsi que nous en étions convenus. Dès mon arrivée à Paris, je fus pour trouver M. deFavras : il n'était plus chez lui ; il venait de partir pour la Champagne , et ne devait être de retour que dans la semaine suivante. Je ne doutai pas que ce voyage précipité n'eût été entrepris dans les intérêts du comte de Provence.

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