Tome ii. a
moment^ et qui ^ dans la suite^ m'inspira deprofondes réâexions^il me demanda s'il était bien décidé que la fille de Louis XVI dut être échangée contre les conventionnels détenus dans lesprisons derAutrichejjeluidis quela chose était certaine.
w Je veux , me répliqua-t-il , en douter jus- » qu'au dernier moment, tant il me paraît peu » avantageux à la chose publique qu'elle sorte » de France; on se hâtera dans l'étranger d'en » &ire un instrument de menace contre noUs; » on la mariera de manière à nous la rendre » redoutable, peutr-être à quelque prince de la » maison d'Autriche ou an duc d'Ângoulème , » cela confondra des droits avec des prétentions, M et la république en pâtira. Oui, poursuivit-il, » il faudrait la garder ; vous autres, messieurs » les politiques , vous ne voyez rien de ce qu'il » faudrait voir. »
Pouvait-il déjà soupçonner que ce ne serait pas à la république , mais à lui que cette union deviendrait funeste ? ce serait lui accorder une prévision bien extraordinaire ; mais qui pourrait assigner des bornes à l'étendue de cette intelligence supérieure? Je me suis souvent demandé quel aurait été le destin de Madame Royale si elle eut été encore dans la prison dn Temple,
lorsque le premier consul s'empara du pouvoir. Je tais par respect mes conjectures, mais la France entière les eût faites comme moi. Le général me quitta peu après ce dernier propos, fort satisfait de ma manière de voir , il le dit à Regnault de Saint-Jean d'Angély le même soir , etj'eneusla preuve lors de sa nomination au commandement en chef de l'armée d'Italie, que Barras lui fit obtenir le 23 février 1 796. Je fus l'un des premiers qu'îl engagea à dîner.
« C'est dommage , me dit-il en cette cir- » constance,qu'on ne m'ait pas donné un chargé » général de l'administration, je vous aurais » emmené avec moi , si d'ailleurs vous n'eussiez n pas été législateur. — Grand merci de votre » bonne volonté , général , lui répondis-je , )» laissez-moi à la tribune , je pourrai vous y » servir. — Je compte sur vous , on ne m'y » laissera pas tranquille, car je vais travailler à » faire parler de moi.» On sait s'il a tenu parole.
Il partit quelques jours après, et je ne fis plus que suivre avec intérêt le cours de ses victoires. On le vit successivement triompher dans le Piémont, à Montenotte, à Millésimo , à Dego , à Ceva, à Mondovi. Bientôt Bonaparte fut dans la haute Italie , tout pHait
devant lui, et personne n'ignore par quels ex* ploits mémorables il signala cette première campagne.
Pendant qu'il triompliait, nous faisionsdeslois^ nous résistions aux ennemis de l'intérieur^et quelques événements signalaient notre législature. Je place en première ligne le supplice de Charette, pris les armes à la main, et dont le directoire ne respecta pas le malheur ; je n'oublierai pas non . plus la mort de l'auguste enfant-roi, qu'une politiqueinfernale conduisit par degrés à son dernier jour. Nousfumes quelques-uns qui nous occupames de lui, nous voulions l'arracher à ses fers, et nous eûmes l'imprudence de manifester ce dessein. i< Croyez-moi , nous dit Merlin de Douay, » laissez-le sans vous occuper de lui , votre inw térêt lui deviendra funeste. » D'autre part les Vendéens, à qui l'on avait promis de le rendre , réclamaient l'exécution de cette promesse, Louis XVII mourut pour nous* mettre tous d^accord. Il courut miUe bruits sur ce trépas 'y il y eut même des personnes qui soupçonnèrent que le prince n'avait pas péri. Deux imposteurs prirent successivement son nom ; le premier fut Hervagault , fils d'un tailleur de Saint-Lô y le second , venu à une époque plus
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d'un pair de fiuince. 38^
rapprochée de celle où nous vivons trouva des partisans nombreux , et en a même conservé encore. Il n'y a pas long-temps que j'entendais un brave marquis^ me détailler tous l'es droits de Mathurin Bruneau à la couronne de France ; il se montrait convaincu de l'identité de sa personne avec celle du fils de l'infortuné Louis XYI et de Marie-Antoinette. Il est certain qu'en tous temps on trouvera des esprits crédules ou feiblés , prêts à adopter tontes les rêveries qu'on leur présentera.
Le jeune prince ne mourut que trop réellement : si le ciel nous l'eût conservé , il aurait tenu le sceptre d'une main ferme , et monarque dès le premier âge de sa vie^ il se serait montré d'autant plus digne de la couronne , que le malheur l'aurait préparé à la porter.
Le II mai 1796 on nous dénonça la conspi* ration de Babœuf^ tendant à nous ramener sous le joug de l'infernale constitution de 1793, que ses auteurs n'avaient pas osé euxmêmes faire sortir du carton dans lequel on l'avait cachée immédiatement après l'avoir mise au jour. Il se trouva , parmi les membres du corps législatif^ des hommes assez aveugles pour tremper dans cette atroce menée ^ ils
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cherchèrent à cacher leur coopération au coup prémédité y mais elle nous fut connue , et nous les traitâmes comme ils méritaient de Tétre.
d'un I>AIB de FRANCE. 3^