‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france-- (volume 2)Chapitre 42 sur 54 · Tome · texte numérisé non relu

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obtint rassentiment de toute la république^ des armées et de Bonaparte : celui-ci Fapprouva par une proclamation et Tappuya de toute la force de sa renommée personnelle. La France, pour longtemps encore^ retomba dans toutes les craintes et le despotisme d\m gouvernement arbitraire; les directeurs l'administrèrent comme leur conquête; leur règne fut dépourvu de toute gloire particulière ^ de toute considération ; mais il se perpétua à la faveur des exploits des grands capitaines de l'époque.

Le 17 octobre 1797, fut signé à Campo-Fopmio , le traité de paix entre la France et FAutricbe ; cette puissance nous céda la Belgique et la partie de l'Italie qui lui appartenait^ nous en augmentâmes la république Cisalpine. Alors prit fin la durée du gouvernement de Venise ; ses possessions furent partagées entre l'empereur d'Allemagne et les républiques fédératives nouvellement formées ; nous vîmes- avec peine la destruction de cet état antique , si habilement constitué; il eût mieux valu le conserver en brisant la tyrannie patricienne , et en donjiaiit.àla bourgeoisie les droits qu'elle avait perdus depuis tant de siècles. Le directoire sur ce point pèèosfût comme les deux conseils; mais déjà il n'oisait

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plus témoigner une voloaté couo^aire a celle do général Bonaparte; ce fut ce dernier qui disN posa, d'un trait de plume, des destinées de cette Venise , qui avait jadis résisté à toute TEuroj^e»

L'année suivante, 1798^ fut fertile en événe*ments : nous nous emparâmes de la Suisse , et nous changeâmes les constitutions dé ses divers états ; le Saint-Père fut dépossédé de Rome et de tout le patrimoine de saint Pierre ; le roi de&r^ daigne, chassé de ses états de terre ferme, fîft contraint d'aller chercher un asile dans son île, où il demeura jusqu'en i8i4; enfio, aux der^ niers jours de déceinbre-, nos troupes déjà renii trées à Rome , d'où le général Mack les àv^ait > chassées un inistànt, menaçaient Naples de leurs armes victorieuses , et détrônëï*ent en janvier suivant , cette autre branche de la race des Bourbons qui régnait sur les Deux-Siôiles.

Mais l'événement le plus mémorable de cette année fut l'embarquement du général Bonaparte dans le port de Toulon , à la tête d'une nom« breuse armée destinée en apparence à faire la conquête de l'Egypte , mais qui en réalité ne de« vait servir que de compagne d'exil à un hérc^ qui ' manifestait une ambition devenue enfin dlingei* / reuse à celle de son protecteur Barras : celui-ci ,

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hoTnme de qualité ctsoiti d'une an tique maison de Provence^ avait don né avec une sorte de rage dans tous les excës de la révolution; député à l'assemblée constituante) il se montra le 1 4 juillet à l'attaque delà Bastille, comme on le vit marcher^ au lo août^ contre le château desTuileries; ofBcierd'un mérite ordinaire^ il suppléait à l'habileté qui lui manquait par l'exagération de son Ëinatisme.

Elu à la convention nationale y il vota la mort du roi , refusa à ce prince l'appel au peuple et le sursis 9 déshonorant par ce régicide un nom aussi ancien que les rochers de la Provence , car , s'il faut en croire un dicton populaire, le bon roi René disait, pour exprimer une haute noble^e : noble comme les Barras. Envoyé en mission par la convention nationale au siège de Toulon, Barras par« ticipa à toutes les horreurs qui suivirent la prise de cette place, et se couvrit du sang Français; il osa écrire qu'il n'avait trouvé d'honnête dans Toulon que les galériens, et ne craignit pas d'apposer son nom au bas delà proclamation. suivante : « Aristocrates, il ne suffira plus d'avoir de » l'or pour acheter le droit d'être scélérat impu- II nément ; qu'ils tremblent tous les oppresqpin » de la patrie , la terreur est à l'ordre du jour; il

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» ne suffira pïus pour jouir avec ingratitude des » bienfaits de la révolution, d'être modéré, acca« » pareur ou sectionnaire , nous ne voulons que » des républicains : sauver Marseille et raser » Toulon, voilà le but de nos travaux. » Barras ajoutait ces atroces paroles au bas d'une autre lettre qu'il écrivait à la convention : m Tout ce » qui est étranger est fait prisonnier, tout ce » qui est Français est fusillé. »

Ce furieux terroriste joignait aux dégoûtantes formes des jacobins , toutes les frivolités d'un ancien gentilhomme, il était grand seigneur au milieu des sans-culottes, eton reconnaissait en lui les traits distinctifsde sacaste; léger, paresseux, inattentif, superficiel, il aimait les commérages de salon , les intrigues de boudoir; il appelait, comme le régent , ses maîtresses à délibérer avec lui des intérêts de l'état; tout s'achetait à prix d'argent autour de lui , et non peut-être à son insu; il se plaisait à raconter des bons mots, à faire des calembourgs, à chanter des vaudevilles licencieux : le chansonnier Pain pourrait nous en dire quelque chose , lui qui encensa Barras, comme il a encensé tous les autres depuis.

Ce directeur méprisait en secret ses collègues , car ils étaient roturiers; une dame qui fut très avant dans ses bonnes gi*âçes m'a donné uriie

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copie de la lettre qu'il lui écrivit le surlendemain du 18 li*uctidor, jevaisla transcrire, et je préviens à l'avance que celle à qui elle était adressée^ appartenait à une des meilleures fiamilles de la Bretagne.

« La bombe a éclaté^ ma toute belle; réjouis- » toi , car tu sais comme je t'aime; nous avons » damé le pion à ces imbécilles d'honnêtes gens, » qui voulaient, l'un la république et l'autre la » royauté; je reste, moi, l'un des cinq rois de » la France et même le premier, parce qu'il y a » en moi quelque chose de ce bois dont on £iik » les monarques. Mon Dieu! les pkisaiites » mines que celles de mes collègues , gros bonr» » geois renforcés de républicanisme^ et dont » les manières ne valent pas celles de nos la>« n quais d'autrefois ; il y a cependant François » de Neufchâteau , qui ressemble presque à un » valet de chambre de bonne maison; Merlin » est tout procureur des pieds à la tête y et les » deux autres ne valent pas mieux. Gommé cela » est mal élevé l quel ton canaille! quelles ha- » bitudes à l'avenant! aussi je me secoue d'eux » le plus possible^ et j'ai un vrai besoin de me » rapprocher de toi et de tous ceux des nôtres » avec lesquels nous nous entendons.

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» On va crier contre moi^ on. hurlera- au des» » potisme : laissons-les dire et allons notretrain ; » j'ai vu Ouvi'ard , c'est un Turearet» habile, le » drôle ira loin ; il trouverait le- moyen d'acheter » toute la France sans bourse délier y et encore » de faire de gros bénéfices : je- verrai i lid *) accorder ce qu'il demande, puisque tu t'y » intéresses. Je te conseille de le mener ron- )) dément , et d'en finir ayant la conclusion. » Adieu y je vais faire de la politique. Quand ta *) viendras etc. »

Barras avait d'abord voulu faire de Bonaparte son Séïde; mais lorsqu'il se fut aperçu que ce dernier ne voulait pas de lui pour son Mahomet,, lorsque la gloire du grand homme eut excité l'envie dans ce cerveau rétréci, il commença aie craindre et finit par le détester. La paix avait ramené Bonaparte à Paris^ <;e général manifestait d'une manière non équivoque le mécontentement <le son ambition, il croyait avoirassezfaitpour la * chose publique, et il trouvait mauvais qu'au lieu de l'appeler à la direction des affaires, on crût le récompenser avec de l'argent et des fêtes; il mur» murait , et la plainte d'un grand homme était «déjà une tempête qu'il importait de conjurer.

Sa conduite menaçante inquiétait deshomiœs^

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qui^ après être descendus dans leur intérieur, avaient été contraints de s'avouer qu'ils ne lutteraien*^ pas avantageusement à force ou* verte contre lui. On n'avait pu s'en dé£aiire en secret : une tentative d'empoisonnement n'ayant pas réussi , il fallut trouver un expédient pour le contenter y sans lui abandonner une partie du pouvoir qu'on prétendait garder; on imagma l'expédition d'Egypte , il en accepta le corn* mandement , peut- être dans la pensée que l'armée unirait tellement sa fortune à la sienpe, que rien ne saurait plus les séparer^ etqu'il pourrait l'employer à l'accomplissement des secrets et vastes desseins qui reposaient dans son ame« Ainsi , d'un côté on l'envoyait à un espl hom>« rable, et lui ^ de l'autre, se proposait de se servir des moyens qu'on lui confiait au désavantage de ceux-là même qui se flattaient de se dê&irQ de lui.

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