Tome ik
)> la seconde assemblée des notables; il a été
» presque seul de cet avis , du moins avec un
» très petit nombre d'amis du peuple , et il a
» ajouté la dignité de la raison à tous ses autres
>i titres au respect de la nation* Monsieur est
w donc le premier auteur de l'égalité civile; il
» en donne un nouvel exemple aujourd'hui , en
» venant se mêler parmi les représentants de
» la commune , où il semble ne vouloir être
» appréciai que par ses sentiments patriotiques.
» Ces sentiments sont consignés dans les e?Lpli«
» cations que Mojisieur veut bien donner à
» l'assemblée.
» Le prince va au devant de l'opinion pu-
» blique , le citoyen met le prix à l'opinion de
» ses concitoyens, et j'offre à Monsieur, au
» nom de l'assemblée, le tribut de respect et
» de reconnaissance qu'elle doit à ses senti»
¥i ments, à l'honneur de sa présence, et surtout
» au prix qu'il attache à l'estime des hqmines
» libresi. »
J^ieQ ne manqua de tout ce qui pouvait humilier le prinqe , mais il avait rempli sqa but , et les soupçoq^ devaient tomber, du moin» il Ici ç;roy^it ; mais i} se trompait ^ ils conti- * nuèrent , et Favras sur l'échafaud n.e p^rut
qu'une victime sacrifiée à la gravité des circonstances.
Je ne consacrais pas tous mes instants à la po« litique , et quoique l'horizon se rembrunit beau-» coup, jeneme refusais pasaux distractions démon âge ; j'allais sou ven t chez la comtesse de Fiers. . , femme déjà loin delà jeunesse, mais très aimable, qui aimait la société , et réunissait autour d'elle des gens d'esprit et des beautés séduisantes. Parmi celles-ci, toutes faites pour plaire , il en était une qui se présenta devant moi avec le double charme des attraits du corps et des avantages de l'esprit; c'était Théodule de Land... Son ame ardente, passionnée , sensible à l'excès, passait tour à tour de la dévotion la plus outrée à la tendresse la plus expansive ; et avec le même enthousiasme , elle adorait la créature et le créateur.
Je reconnus bientôt tout le mérite de cette aimable femme ; mes sens s'embrasèrent en l'approchant , et elle ne tarda pas à leur commander en souveraine. U ne me suffisait pas d'aimer, il me fallait obtenir un amour égal au mien. Etait-ce bien de l'amour que j'avais pour elle? je n'en sais trop rien; ma tète au moins était prise , et elle pouvait me faire croire
qae mon cœur Tétait aussi. Madame de Land... avait perdu son mari de bonne heure y elle était restée veuve à vingt ans , sans père ni mère, et vivait encore sous la tutelle d'une tante dévote au premier titre, qui passait ses journées à l'église, ' et laissait chez elle sa nièce, sous la surveillance unique de son ange gardien ; la dame rentrait à trois heures pour dîner , et puis, jusqu'à minuit, seplaçaità une table de jeu, où elle perdait, perdait sans cesse , elle jouait aussi mal qu'elle aimait à jouer ; ce n*est pas peu dire , car elle me paraissait capable, en certaines circonstance s de sacrifier le directeur de sa conscience à son partnaire au wisk.
Elle venait à peu près tous les soirs, accom« pagnée de son aimable nièce , chez madame de Fiers..., où se rendait de son côté, avec non moins d'exactitude, un évêque in partikus, dont le nom m'échappe, jovial personnage, fort gai , fort complaisant , et qui n'avait aucune morgue de prélature. Aussi le voyait-on venir avec plaisir^ sa présence n'amenait jamais la contrainte ; il faisait la partie de la maîtresse de la maison, de la tante de Théodule, et d'une troisième dame, la marquise de Boul... , vrai diable incarné, et la plus méchante personne que l'on
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pût trouver; aigre, malicieuse, insolente, semant partout le trouble et la zizanie ; faisant , par ses rapports , battre les hommes entre eux , déshonorant les jeunes femmes dont elle si« gnalait les imprudences , et calomniant sans remords celles dont la vertu lui était insupportable; en un mot, c'était une furie sous des traits humains; néanmoins, et malgré ses infamies , ses vices dégoûtants, et quoiqu'elle fût haïe, connue de tous et généralement méprisée , la marquise de Boul... était reçue dans le monde , parce que dans la société on éprouve rare« ment
.... Ces haines vî^areusefl Qu'inspirent les mëchants aux âmes ç^néreoses.
Quant à moi , cette femme me faisait hor»« reur; mon imagination se soulevait à sa présence , et toute ma politesse pouvait à peine me contraindre à lui rendre ces simples civilités que l'on doit même aux femmes les plus méprisables.
Tandis que dans un coin du salon on entretenait un wisk interminable , nous prenions place dans un angle éloigné , Théodule , la fille de la maîtresse de la maison, un de ses cousins et
moi. Là s'établissait à voix basse une conversation dont l'amour faisait tous les frais , aussi nos cœurs ne tardèrent-ils point à s'entendre. J'étais loin d'apprécier jusqu'où peut aller cette passion, avant d'avoir connu Théodule; elle-même,' dont l'ame jusqu'alors était demeurée tranquille, ne pouvait concevoir avec quelle rapidité elle avait avancé dans un ebemin si nouveau pour elle ; mais comme je l'ai dit, madame de Land.... possédait dés sens ardents , et des qu'ils furent alltimés , aucun obstacle ne put arrêter les progrès de cet incendie.
De mon côté, je faisais tout ce qu'il est possible (Je foire pour exprimer la vivacité de mon attachement : je devins pressant ; je suppliai , je conjurai, enfin je fus assez heureux pour qu'on exauçât mes souhaits; et quand je m'enivrai des délices de l'amour, mes désirs, violemment excités , restèrent toujours les mêmes. Satisfait de mon triomphe , je m'en occupai exclusivement ; je donnai à Théodule tons lés moments que je pouvais dérober à mes devoirs. Plus d'une fois pourtant, je fus épouvanté de sa violence et des emportements auxquels elle se livrait lorsqu'elle était animée par la jalousie. Je ne rapporterai pas ici des traits
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de son caractère impétaeux , afin de ne point alonger le récit ^ je passerai rapidement à la catastrophe qui amena notre rupture.
 la même époque, et dans la même maison, je me liai avec un homme plus âgé que moi y et qui me plaisait singulièrement par la bizarrerie de ses manières comme par le charme de sa conversation^ M. de Villeb... parlait toujours à la manière des inspirés; il ne descendait jamais du trépied prophétique ; les opinions les plu^ extravagantes paraissaient naturelles et raison*^ nables lorsqu'il les développait; grand amateur du magnétisme y il en racontait des merveilles y et trouvait en moi un disciple souvent disposé i le croire ; car plus j'étudiais lah nature, plus je devenais crédule ; j'étais surtout très persuadé de l'immense pouvoir du souverain de toutes choses y de l'ignorance humaine et de l'orgueil des demi-savants , toujours prêts à nier ce que leur petite science ne leur permet pas d'exi* pliquer.
Dans cette disposition d'esprit , je me livrai au penchant qui m'entraînait vers M. de Yilleb. • « JTaimais les formes mystérieuses de ses entre» tiens j les secrets dont il me parlait sans jamais en dévoiler qu'une légère partie, ces travaux
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scientifiques et dont le but était inconnu^ ces espérances auxquçUes il se livrait , et plus encore sa gravité ferme , sa persuasion que Thomme ne peut acquérir des connaissanfces supérieures que lorsqu'il est sérieusement vertueux ; toutes ces influences frappaient mon ame, et avaient pour moi un attrait que je ne décrirai jamais bien. Il ne tarda pas à connaître l'empire qu'il avait sur moi , et dès lors il en profita pour me diriger en adepte. C'est le second personnage qui ait eu un pareil crédit sur mon esprit^ le premier fut un de mes amis à Toulouse , lorsque j'étudiais le droit. Celui-ci, encore plus extraordinaire y et dont je n'ai rien dit en son temps par oubli , a laissé pourtant dans mon ame une impression qui ne s'est jamais effacée.
M. de Villeb... m'entretenait constamment du somnambulisme , plus admirable selon lui que le magnétisme animal , d mt il dérive néanmoins y et je le priai de m'admettre à une des expériences qu'il faisait parfois. Voulant sans doute irriter ma curiosité, il remettrait de jour en jour à me satisfaire , lorsqu'enfin, au commencement de 1790, il m'acmonça un jour pour le lendemain, une séance qui serait très curieuse , ayant , dit-il , à me présenter un sujet
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rare (une somnambule). « Elle lira y ajouta-t-il » ce que vous aurez caché sur vous^ fut-<^ dans » votre portefeuille ; ainsi apportez un livre » ancien , et bien certainement inconnu à celle f> qui devra le lire. »
Je me le tins pour dit, mais je me gardai bien de prendre un volume quelconque, et je fus chercher parmi des titres de famille une lettre écrite de Rome en 1610 1 par un de mes parents , auditeur de rote; j'avoue que je riais en enve« loppant cette lettre, avec laquelle je me promet^ tais de tourmenter le 5aye/ rare ^ bien convaincu que jamais eUe ne pourrait lire , ni même deviner ce que j'avais en poche. Je n'eus garde de manquer à l'heure du rendez-vous; mon air malin fit sourire M. de Yilleb...., qui me dit : « Ne nous faisons pas attendre , et jouissez à » l'avance de votre triomphe, c'est tout ce que » vous en aurez. »
Je ne lui répondis point , et nous arrivâmes chez la somnambule. Plusieurs personnes étaient déjà réunies dans le salon et autour d'elle ; la venue de mon conducteur , adepte et rose-croix par excellence , fit pousser un cri de joie ; je fus , moi-même surpris de la beauté de la principale actrice , car je croyais assister à une comédie. Je
m'étonnais de voir qa'avec tant de charmes, on se résignât à jouer un pareil rôle, et déjà j'étais peiné de la confusion que je lui préparais. Mie était régulièrement belle , grande et bien feite: sa figure pâle annonçait un état de souffrance habituelle, et il y avait une profonde mélancolie dans ses yeux bleus, d'une dimension peu ordi« naire.
Mon introducteur , aprës lui avoir adressé plusieurs questions relatives à sa santé , la con* duisit vers un feuteuil préparé pour elle. Il dé« buta par essayer de l'endormir; il y parvint sans peine : bientôt elle parut plongée dans un pro«* fond sommeil. Alors on commença à l'interroger^ d'abord sur sa propre maladie ; elle répondit avec clarté et netteté. Mais dans tout cela je ne voyais rien d'extraordinaire ; elle pouvait à l'avance avoir préparé ses réponses. Il en fut de même des autres questions qu'on lui adressa , et qui étaient relatives à plusieurs individus qui se trouvaient devant elle : ses décisions me paru** rent simples, lucides, mais rien ne me eonten** tait; ce n'était point encore là ce qu'on m'avait promis.
On passa à un autre genre d'épreuve : la somnambule devina l'heure précise que chaque
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aiguîQe martjadit à nos montres ; ceci devenait
plus étonnant. On posa un livre sur le creux de
son estomac, c'était un volume des Hommes
illustres de Plutarque, traduction de Raynal;
elle le lut couramment. Ici je me trouvai intri-*
goé : mon tour arriva enfin.' a Mademoiselle , lui
» dit M. de Yilleb....^ pourriez^vous noos 4ire
» ce que monsieur porte dans la pocbe gauche dEe
» son gilet?-— Il n'y a que de l'argent , répondit^
» elle y cinq écus de six livres , trois pièces de
» vingt-^quatre sous , deux doubles louis et huit
» louis simples. — Et dans celle à droite? —
» Je vois un papier plié en forme de lettre et
« d'une £açott qui n'est pas ordinaire aujour-*
Ji d'hui ; ce papier est très enfumé ^ et il y pend
» un reste de cachet attaché à de la soie verte. )>
J'avoue que ces détails si précis, si vrais ^ me
caosèrent une vive surprise ; car cette étonnante
créature venait de décrire exactement la lettre de
mon grand-pncle : c'était m'annoncer qu'elle ne
serait pas vaincue par la difficulté d'en lire le
contenu. M. de Villeb... l'engagea à le faire:
u Je le veux bien y dit-elle ^ mais ces caractères
» ne me sont pas familiers, l'orthographe me
» semble mutilée , et puis c'est un pur griffon»
» nage; n'importe, je vais essayer. »
Elle parvint bientôt à lire sang difficulté les quatre pages de cette épitre , plus qu'à demi indéchiffrable. Après un tel prodige, car tout autre nom ne suffirait pas, je ne pus que m'avouer vaincu , surtout lorsque la dame inspirée continuant, fit le même travail sur une lettre inédite de saint François-de-Sales, qu'avait apportée un abbé de Cbamons, aujourd'hui évêque de Saint- Claude, que j'adj ure de dire si ce que je rapporte est feux. Pour moi, je sollicitai vivement mon ami de me mettre au rang de ses élevés. « Âtten- » dez encore , me dit-il , je vous promets de vou» » montrer des feits qui vous surprendront da- » vantage, » Et il me tint parole, quoique alors je ne pusse pas imaginer qu'il fut possible d'aller au-delà.
Je ne veux point passer pour un fenatiquedé-/ fenseur du mesmérisme ou du somnambulisme qui l'a remplacé , je raconte seulement ce que j'ai vu ; mais je dois ajouter que mon corps a été rebelle à toutes les expériences magnétiques dont il a été l'objet j un personnage très ennuyeux , et qui me faisait bâiller dès qu'il prenait la parole , n'a jamais pu m'endormir , lorsqu'il l'a tenté au moyen de ses seuls gestes j il prétendait que j'étais un sujet très récalcitrant.'
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M. de Villeb..., tpie je voyais très souvent, ne tarda pas à deviner la passion que m'inspi* rait madame de Land... Je craignis à mon tour qu'il ne se soumît aussi à l'influence de cette belle personne^ il me détrompa, et me jura qu'il ne voulait être que notre ami ; c'était un serment téméraire. Cependant je continuais mes assiduités auprès de Théodule, et nous ne cessions çuere de nous quereller ; son caractère impétueux faisait notre tourment commun , elle me rendait malheul*eux , et pourtant je chérissais mes chaînes , quoiqu'elles commençassent déjà à me peser. Un matin nous nous rencontrâmes aux Tuileries , et ce fut pour y trouver l'occasion de nous brouiller : une vive querelle s'engagea ; cependant , avant de nous séparer , nous fîmes la paix dans le jardin même , et je m'engageai à lui rendre, la nuit prochaine, lorsque tout sommeillerait , une de ces visites mystérieuses auxquelles nous trouvions tant de charmes ; elles avaient lieu à une heure du matin. J'aurais tenu ma parole, mais en rentrant chez moi, je reçus une invitation * de mademoiselle Contât, qui donnait une soirée. Je causai avec tant de monde , on dit tant de folies, qu'à qua-
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tre heures du matin y je m'apei:çus que le moment du rendez-vous était passé ; et je n'eus rien de mieux à faire que de rentrer chez moi et de me coucher.
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