CHAPITRE Lra
OsBSukt à vie. — « MéstntélUgeace entre les familles Bonaparte et Moreau. — Bal de Moreau. — On tient conseil à ce scyet chez la mère du premier consul. — Celui-ci cède. -^ Colère des dames Morçau. li'An^eterre nous dëdare la guerre par une perfidie. — Conspiration de Georges Cadoodal. — Je sais mandé aux Tuikrfes. -— Le marquis de Puyyert. — Le marquis de Rivière. — Les jeunes Folignac. — Colère du premier consul. — Lettres inédites de MoarsiEtTR (liouis xyin). -— Ce qu'en pense le premier consul. — Assassinat du duc d'Enghien. — Le prince de Talleyrand. ^— Le duc d'Àlberg. — Le duc de RoTÎgo. — Mort de Pichegru. — Ce
~ ■ que me demande Joseph Bonaparte; — ÉLération' du premier consul à l'empire. '— - Portrait de Caroot. .
Bqiiapàrte ne tarda pas i vouloii: proloager la durée de sa magistrature souveraine ; bientôt même il voulut garder le consulat durant toute sa vie; c'était autant de pas qu'il faisait pour arriver à l'empire, et en ceci je l'aidai de tout mon pouvoir. J'avais iait, ainsi que le reste des Français, une trop rude épreuve de l'anarchie populaire
d'un pair db frange. 69
pour souhaiter de la voir revenir. J'étais donc au nombre des conseillers qui pressaient le pre» mîer consul de prendre un titre héréditaire^ Certes il le souhaitait autant que nous; mais il ne croyait pa3 que le moment fut favorable encore.
Plus on allait et plus il s'élevait de nuages entre le château des Tuileries et la maison du général Moreaii. Le nombre des officiers de tout grade qui affluaient dans les salons de Moreau^ faisait le désespoir de la famille de Bonaparte y qui^ composée en partie de femmes^ avait apporte à Paris toutes les petitesses d'une ville de province. On commérait chez madame veuve Bonaparte, comme Ton avait comméré jadis à Ajaccio.Les trois sœurs du premier consul, avec leurs manières bourgeoises, s'inquiétaient beau* coup de ce qui se faisait chez les autres ; et les caquets, les conjectures, les rapports, les exa^ gérations troublaient souvent la paix de cet in* térieur. La femme du premier consul, quoi* qu'elle eût reçu une éducation supérieure , et quoiqu'elle eût de tous les temps occupé un rang plus relevé dans le monde , ne haïssait pas non plus ce genre de causerie; de sorte qu'on épiloguait dans un cercle intime tout ce qut se
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faisait ailleurs ; on aigrissait le premier consul y qni^ sedéfiendaît mal des impressions de son entourage.
Dans le mois de janvier i8o3^ Moreau donna un bal auquel il invita la maison Bonaparte.
Les membres qui la composaient se réunirent en congres chez madame Laetitia / et là , après un colloque très animé ^ et le rapport de tous les griefs possibles ^ fondés Sur de petites md«lices^ de petites méchancetés , des propos de salon , des picoteries ridicules , il fut solennel-* lement décidé qu'on ne paraîtrait pas à cette soirée ; ce fat là un véritable coup d'état.
On chargea madame Bacchiochi d'en ap« prendre le résultat au premier consul , qu'on s'était bien gardé d'appeler à la réunion secrëte. D'abord il ne partageait pas cet avis , et voulait aller chez Moreau ; la manifestation de son désir amena une véritable scène de tragédie.
On pleura d'un côté, on soupira de Fautre.
Caroline (madame Murât) déclarait, avec une mutinerie charmante, qu'elle ne se déshonorerait pas en mettant les pieds dans un lieu oà on la détestait. La jeune et toute jolie Hor* tense Beauharnais jurait de renoncer au plaisir qu'elle était certaine de trouver dans une fête;,.
DUIf PAIR 0S FRANCE. Jl
plutôt que.dese rapprocher de i'aitière tDadame Moreau.
Joséphine seale penchait a suivre l'avis de son époux. Mais voilà que 'survint madame Lsetitia qui 9 gourmandant son fils avec rudesse , moitié eu Êrançais , moitié en patois corse , lui lava si biûii la tête > que le vainqueur des Pyramides et; de Marengo n'eut garde de prolonger la résistance. Il se laissa battre complètement ^ accoutumé qu^il était a des défaites en famille. On n'alla donc pas au bal en question ^ et je dois dire que jamais événement politique ne fit une pareille impres^on sur la société de Paris. Les Moreau en firent indignés^ ils se répandirent en plaintes amëres à l'occasion de cet affront , les esprits se pai^tàgërent , et les femmes convinrent unanimement que la paix publique ne tarderait pas à être troublée , puisqu'un bal n'avait pas réuni les plus grandes rivalités.
Moreau outragé fit retentir Paris de ses plaintes; on dût dit qu'on l'avait insulté dans sa gloire militaire. Peu à peu cependant la vivacité de ses murmures diminua , il redevint taciturne et morne ^ se laissant aller peut-être davantage à sa baioe, qui n'en fut que plus active lorsqu'il sut la dissimuler mieux.
rjT. <| MEMQIRKS
L'ÂDgleterre^ au milieu de la paix ^ nous dé» clara tout à coup la guerre; notre prospérité lui était à charge^ son supplice était de voir la France tranquille et heureuse* Elle enleya nos vaisseaux eirants sur les mers en pleine confiance dans la foi des traités, et le premier consul, par la plus juste des représailles y ordonna Tatrestatip» de tous les Anglais qui se trouvèrent à ce momeut-*là dans la France. Il les retint jusqu'à sa chute, et il fit bien; son intention toute patriotique était de ne les relâcher que lorsque notre commerce aurait été indemnisé des pertes que cette piraterie royale lui avait fait essuyer. Ce fut des ce moment une lutte à mort entre les deux peuples, lutte qui, prolongée pendant dix ans, ne se termina que par une grande catastrophe. La haine de l'Angleterre' entra dans le cœur tout français de Napoléon, et celte puissance devint son ennemie favorite, s'il est permis de s'exprimer ainsi.
Au commencement de 1804, je fus appelé aux Tuileries; je trouvai Napoléon tout agité, a Eh » bien! me dit-il en m'apercevant, nos anciens » amis ne se gênent pas; ne pouvant nve com-
u battre à force ouverte , ils tentent de m'asi> sassiner; est-ce la un art bien noble ,^bieo
d'un pair de FRANCE. ^3
N français, bien digne d'un roi? que vous en )i semble? et croyez-vous qu'il eût fellu me les » préférer? »
Je tombai de mon haut à cette brusque interpolation ^ et ne sachant ce qui l'occasionait^ je priai le premier consul de me l'expliquer . lile fit, en m'apprenant ce que j'ignorais encore, la découverte du complot de Pichegru, de Georgçs Cadoudal et de Moreau, dans lequel se trouvaient mêlés, les deux Polignac, les mar^ quis de Rivière et de Puyveré, et nombre d'autres qui compromirent une belle cause par la manière dont ils entendaient la faire triompher. Je fus confondu de tout ce qu'il me raconta. Il n'entrait pas dans ma tète que le roi ni son frère fussent des assassins, et emporté par la force de mes souvenirs, j'osai prendre leur défense, et déclarai que, pour les condamner, il me faudrait des preuves palpables.
« Aussi, est-ce pour en avoir moi-même de » ce genre , me répliqua le premier consul, que » je vous ai fait venir. Voilà une lettre que l'on » dit avoir été écrite par le comte de Lille , y » reconnaissez-vous son écriture ? »
Je la pris avec un tremblement inexprimable; mpp bonheur devintextrême,lorsqu'aprèsy a voir
74 MÉMOiJtes
jeté un premier coup d'œil) je pus me convaincre qu'elle n'était pas de Sa Majesté. J'en possédais chez moi plusieurs que mon oncle avait reçue d'elle I quand elle était en France. Je demandai au général la permission de les mettre sous ses yeux^ afin qu'il pût juger lui-même de la différence. Il les envoya chercher par le général Aapp y à qui je donnai la clef du meuble qui les renfermait , et tandis que ce dernier avait été remplir ce message , je continuai à soutenir la bordée du premier consul.
(( Âhl l'on conspire contre moi^ s'écria-tnil y » on veut me tuer par trahison ! Eh bien 1 on » verra ce que je peux faire , je frapperai un u coup qui les fbudroyera tous. »
Je ne prévoyais pas alors quelle tête sacrée il voulait atteindre. Puis poursuivant y il ajouta : « La belle chose pour des gentilshommes que » de s'unir avec des transfuges et des brigands ! » Connaissez^vouscePuyvert, ce Riviëre, ces >i Polignac et tous les autres ?
» Le premier^ lui dis-je^ est un petit-maitre n gascon , bien persuadé de son mérite ^ il a du » dévouement y mais , au demeurant il est peu » à craindre. Son instruction est médiocre et » s'il a de Tesprit y il ne saura pas s'en servir
d'uh pair de frajsce. j5
» coDtTQ voust Je sai9 qu'uB prîoce l'a plu*» p sieurs fois employé depuis la révolution, et V que sa maladresse a toujours compromis » le$ entreprises qu'on lui confiait; je tiens » de bon lieu y qu'étant parvenu à se sauver » d'une tentative entreprise vers le temps du » siège de Lyon 9 et ayant reparu devant son » Altesse Boyale, tandis que celle-ci était a sa » toilette du matin > sa figure se réfléchit dans A la glace ; le prince^ en la voyant, se prit à sou^ » rire , et fit un geste, comme pour dire : tu as » failli être penda ; ce fut tout ce que le marquis N de Puyvert eut de son acte de dévouement.
)} Quant aumarquis de Rivière, c'çst un homme » tel^ que quand même il aurait un pacte avec » le succès y il trouverait encore le moyen de se » feire battrç. Vous ne pouve* vous faire une » idée de sa nullité* Je ne connais pas messieurs » de Polignac^ mais s'ils ressemblent à kur » père y ils ne peuvent être d'habiles gens*
>i Alors , pourquoi les choisir? quel amour les M autres ont-ils pour ces sots? Ils ne savent em-* » ployer que des imbéciles. £t Pichegru , le » traître , il pass^a mal son temps. Et Moreau, » le sage Moreau, le républicain par excellence, » eonapîrant pour ramener parmi nous toutes
» les inepties de l'ancien régime, ce n'est pas » un homme , c'est moins qu'une femme , puis- » qu'il se laisse mener par la sienne et par sa n mère. Le beau coton qu'il va jeter, et dans » quelle position il me place. N'importe, je » m'en tirerai. Je me mettrai de côté pour ne n voir que la France; car, enfin , c'est contre » elle , plus encore que oontre moi que Ton » cabale. Le jour où ces personnages triomphe* » raient^ les Anglais seraient maîtres à Paris. » Rapp revint, il apportait la liasse des billets et les lettres de Monsieur. Le premier consul se mit à les lire avec un vrai plaisir j il y en avait véritablement de charmantes , car ce prince . était homme d'esprit ; en voici quelques-unes : bien que ce soit un hors-d*œuvre ; j 'espère que le lecteur ne sera pas fâché de les trouver ici :
i< Bon jour , bon an , mon cher amî , vous )ï me trouverez le 1^^ janvier 1783, disposé » à vous servir comme je l'étais hier, 3f dé- » cembre ; je ne sais pas ce que c'est que de » négliger ceux qui nous aiment ; vous pouvez » compter sur moi comme je compte sur vous, » en cas de besoin ; ma femme est très sensibk M à votre souvenir et me charge de vous le dire ; » votre galanterie verra en ceci votre plus beau
d'un pair de FRANCE. 77
») cadeau de ce jour : vous le trouverez bien » supérieur à celte méchante tabatière de por- H celaine que je vous envoie ; Boucher en a >» peint les compartiment^, et je Tai garnie d'ex» )) cellent tabac d^Espagne. Songea à moi chaque » fois qu'il vous fera éternuer. Vale. »
» Je vous recommande de ne pas négliger » mon affaire; je sais que j'ai bon droite et ce- » pendant je ne veux pas solliciter moi-même , » je craindrais qu'on ne vit Uop le prince dans l'humble solliciteur et, comme dit Horace :
. . . Malë verum examinât omnis Corraptus jadex *. *-
» Jeveux triompher sëtilement par le mémoire » de mon avocat : dites à celui-ci de se renfer- » mer dans sa cause. Je me rappelle toujours le » beau-frère du Grondeur y qui pérora pendant » une henresur les anciens Babyloniens, et il s'a« » gissaitau procès d'une chèvre volée ; c'est Pa» » kprat qui l'a dit , c'est mon autorité y et je » crois citer exactement. Nous nous amusons » beaucoup y car lious mangeons forcé argent ; lé
I Tout )Qge oorrompn dOocecne mallaTérUé.
78 ^ MÉiiiatliCS
M jeu. est un goufiBre, j'ai toutes les peines du n monde à en sortir; je ne pense pas comme » Jnvénalx
« . . Lncri boiras eM odor ) ex te Qualibet >.
)i J'ai bonté de ce qne je recueille da tapis ») vert; vous êtes un sage, tous croyez en Dieu, ti et vous ne joueiS pas : persistez en cela , et )j ajoutez-y cpie vous avez en moi un homme M qui vous aime véritablement. >i
Yerdailles, te 7 nôTembrê 1787.
« On me tourmente au dernier point , on ne » cache pas qu'on m'en veut beaucoup. Quel est » mon crime? ne puis-je avoir une opinion à »• moi, la faire connaître et la soutenir? Je pense » qu'il iaùt marcher avec son siècle, que si on A veut lui résister , cent ans , avec tout ce qu'ils I» renferment , sont plus forts qu'un homme , n que deux , que cent, qne mille , qu'un million M enfin , et qu'une jolie femme, qui plus est, et » qu'alors ils vous entraînent et vous font tom« M ber sens dessus dessous. On ne veut pas que » cela soit ^ et l'on crie, contre moi. Vous savez » comme on me traite ; tâchez de faire entendre
■ De quelque part qu'il Tienne y ïnt^etik qu'on ^goe sent toajonrs bon.
d'un P4IA DB FRANCE.
» raison ; pêi^es^moi sousmes vraies couleurs; M je ne dois pas faire peur ^ je suis sans enfants ^ M mes intérêts sont ceux de ma famille , je ne -Il sais pourquoi on veut que cela ne soit pas ; » vous êtes icoirté , faites-vous entendre ; qu'on » ne se btouiUe pas avec moi ; il est venu le » temps de se réunir , la division[firujourd^hni est u trës dangereuse ; vous avez de l'esprit ^ de la »> raison^ employez4es à un rapprochement non » moins nécessaire que convenable.
3» dit Ule noiiis qiftCm per te cog;iioteriA > .
» Cet adage est vrai; c'est parce qtte je vous I» connais bien que je m'adresse à vous, assuré de » mes bonnes intentions et surtout de leur sin* V céiîtéi n
VtnaâHes» ce la seplembre 17S9.
(( Que faites-^ousi messieurs^ à l'assemblée? )) rien de bon , ce me semble ^ car vous voulez » faire trop ; quand je dis vous , ce n'est pajjjfà )) vous que je m'adresse, car vous , vous êtes » des nôtres et l'autre vous n'en est guère : ceci » finira mal si l'on ne prend pas un parti ex» » tréme. Je suis bien de ceitt qui veulent mar«
n cher en avant , mais je ne sois pas assieat.prtssié
> On ne connaît bien que celui qu'on a connu par soi-même.
8q MEMOlAEâ
» pour courir à perdre haleine ; il faudrait s'ar^ » rèter un peu. Je crains les écus du cousin y il » ne les ménage pas ^ et avec de l'argent on » pousse loin les affaires. Madamç de Polignac » vient de m'écriro , elle qui ne m'aihiâit pas ; » vous pensez le cas que je fais de sa lettre , ce- » pendant je lui réponds tendresse pour ten»- » dresse^ dévouement pour dévouement , sin« » cérité pour sincéirité ^ elle et- sa clique ont » fsiit bien du mal à ma belle-sœur. Jamais il ne » fut plus d'imprévoyance , de stupidité et de » auri sacra famés »• Mon Dieu que les mé- >i chants conseillers sont perfides dans des posi^ » tions ^mme les nôtres 1
» Le pauvre d'Avarai est brouillé depuis » avant-hier avec la dame de ses pensées se<- » crfetèsj il a découvert qu'elle était démocrate ; » et dans l'hoireur que cette découverte lui » avait inspirée, il m'en a fait le beau sacrifice ^ » jesais^moi qu'elle était autre chose, et qu'elle » trompait ce cher garçon de jour en jour ; » donc elle lui en donnait pour son argent ; »• voilà ce que c'est que de payer sa maîtresse. » Je suis honteux de vous conter ces billevesées;
' Détestable soif de l'or. (Vibgile.)
d'un PAIÎL DE fhance. 8i
>) votre {jravité , votre caractère auraient dû f me rinterdire ; mais il me fendrait recom^* » mencer ma lettre^ je n'en al pas le temps, » et si je raturais ces lignes coupables , j^ met» » trais votre curiosité à la torture, ji Je reviens à mon sujet principal; ne pour-*
« rait-on détenir de l'assemblée. mx>ins d'impé^ n tuoaité? si elle casse les vrires, la pluie et là » poussière abymeront l'appartement • Avez-vous » aperçu Favras? c'est un drôle de corps ; selon » lui les choses iraient vite y mais je crains qu'il » ne manque son emprunt t ce serait la seconde » fois qu'il échouerait ^ et je ne Veux pas dire » de loi :
Quand nous serons à dix , noni ferons une croix.
» jiddio y signor y ou vate ^ si vous l'aimez » mieux.
Paris^ ce 3i janyîer 1791.
» Je ne vous écris plus parce que je û'ai » rien à vous dire ; on ne sait' pins où l'on en » est, et voici peut-être le Inoiftént dô songer )) chacun Â. soi ; vous me flema^n^dez une expli*-^ ir cation 9 à quoi servirait-elle ? je ne doute ni » de votre discrétion ni de votre fidélité, mais » je demeure tranquille, en bon bourgeois idie' )V Pfehris , je voudrais dire en électeur et je n^ose: Tome m. 6
^ mt parer cle ce sablime titre. Me voici roi n ofaez moi , voyant peu de monde , parce cjue » je^uis triste. Ne vous alarmez pas si j'ai l'air » de me refroidir à l'égard de ceux que j'aime ; » mon amitié leuj» est maintenant funeste ^ et » c'est un fisirdeau pénible à supporter .Attendez e; dei» 4poqi)U$^ plus heureuses et vous me trou-* »: Y^rcfc tel que, j'ai «toujours été pour voua. » ;. . LeLpreiaier consul; oubliant ce qui l'occupait avec tant de raison ;. se livra au charme de cette lecturiç. ii Vrainpiept , ma.dît^il ensuite ^ je ne H.m'étonnopa^si n^a fwime me parle souvent I» de l'esprit du comte de Lille ; au reste j'ai pu » en juger par ce qu'il m'a écrit dans lès jour- » naux.— N'auriez-vous pas reçu sa lettre orîgi- » qale? lui deraandai-je. — Non , je vous jure, » me répondit-il ; il s'est passé à ce suje^, çi'é- )) tranges chosips; au re§te vous avez bien ftiit ' » ,(}ie q^ p$is v^iuloir vous en mèlier* »
. L^tf|inisti;?de}a police entra en oe montent et je, Hie retirai* -C'est peui de temps après GcMte^cooversIbti^n que* le& événements que t;wt.:Jle>im€^Kte^ connaît:,, .éclatireoi; .siicees«« ^VQfnpM.' Mor^», j^Séj. Pi^h^grq, .trouvé n^rt dan^isoô lit j. Georges CadQud<i)Let*^ comp9tgt)pn0 e:K:écutés ; le d«ie d'Eaghien aasjs^né
' ^ . li . .H M • r
b'ÙN PAIR OB PRA.NCE. 83
SOUS les formes d'ua conseil de guerre. J'ai relu
tout-à-rheure ce que le duc de Rovigo rapporte
de cette funeste affaire dans ses Mémoires ^ et
je tombe d'accord avec lui touchant ceus qu'il
accuse^ou d'avoir souffert le crime, ou de l'avoii»
provoqué ou de ne pas avoir fait ce qu'il fallait
pour le prévenir. La conduite du duc d'Âl»
berg , prouvée par les lettres autographes , me
semble bien condamnable ; je doute qu'il se
justifie devant la postérité. Il était ministre dé
Bade à Paris à cette époque ; il n'a rien su y
udL point agi et a fini par s'établir en France.
Quant au prince de Talleyrand , ce n'est pas
d'aujourd'hui que mon opinion est formée sur
son compte.
Au demeurant, je trouve ausisi que le duc de Rovigo ne joue pas '^ans ce triste drame un aussi beau rôle qu'il voudrait le feire croii*e , et qu'en noircissant, les autres il ne s'est pas tout-à-fait blanchi.
Il n'y a eu dans la France et dans l'£urope qu'un seyl cri contre c^tte action atroce , et j'en ressentis i;inje profonde douleur ; je me renfer* mai d^ns mes fon/ctions , et de plusieurs années' je ne r^pafus plvis au château des Tuileries qu'avec }e CQrps dont: je faisais partie.. On na
s'aperçut pas de mon absence : car plas Bo-* naparte monta et moins ses anciens amis lui de«« vinrent nécessaires.
Je n'ai jamais cru à 'la strangulation volontaire dû général Picfaegru, et malgré l'affirmation du duc de JRovigo, je n'y crois pas encore ; je ne vois pas quel intérêt il avait à se détruire, du moins avant son procës ; le premier consul était au contraire intéressé à le faire périr, pour éviter des débats qui pouvaient lui être désagréables. Il nie semble enfin que celui qui n'a pas reculé devant le meurtre du duc d''Enghien , a bien pu ordonner la mort secrète d'un homme moins important. Je conçois aussi que le duc de Rovigo y accusé encore d'avoir fourni \^ satellites auteurs de ce meurtre, cherche à se justifier : je désire qu'il y soit parvenu , tout ce ^. que je puis dire, c'est qu'en le supposant étranger k ce tiépas mystérielix> il me reste la certitude que Pichegru ne s'est pas suicidé.
Joseph Bonaparte, avec qui j'étais lié , vînt me voir vers le milieu du mois d'avril i8o4; il causa d'abord avec moi de choses indifférentes, puis abordant le motif principal de sa visite, i\ me demanda si je serais ^loigné de cot^fier
d'un pair de fra>ce. ®5
à son frfere des pouvoirs plus étendus : je viî» où il voulait me conduire ; je lui répoudis que mon opinion dans une circonstance pareille serait conforn»e à celle de la majorité delà na» tion , qui , je n'en doutais pas jM-éférerait un seul maître à plusieurs^ et que dans ce cas je n'hésiterais pas à donner mon vote. Je regardais alors la cause des Bourbons comme entièrement perdue ; la force et la stabilité semblaient avoir pris place avec Napoléon sur le trône fran» çais : or , je préférais le commencement d'une quatrième dynastie au retour de la république jacobine y qui était à mes yeux le pire de tous les malheurs.
Le premier consul n'était pas satisfait de sa gloire et de sa puissance; il voiilait un titre plus pompeux que celui dont il était revêtu. Le tribun Curée reçut de lui le mandat d'aborder cette question majeure , et il proposa au tribu^» nat assemblé d'élever Napoléon Bonaparte à la dignité d'empereur; Carnot , son collègue, fut le seul qui osa combattre cette motion ; il s'éleva contre le retour à la tyrannie avec toute la véhémence de son ame républicaine. Carnot était un de ces hommes rares , de ces génies âpres et fiei'S qui conservent le feu sacré de la liberté Qt
du patriotisme lorsqu'il est éteint dans tous les cœurs. Il y avait en lui tout ce qui commande le respect et Tadmiration ; mais entraîné par une chaleur fanatique de républicanisme^ il
crut ne pouvoir établir l'indépendance de la patrie qu'en la cimentant du sang de son roi. Il prit plate au comité de salut public ; il en accepta l'odieuse responsabilité ; il est des actes qui prouvent sa coopération à tous les forfaits de l'époque , et je ne chercherai pas à l'en justifier ; mais avec la même impartialité , je ne craiildrai point de dire que s'il fit mal ce fut par erreur et qu'il n'agit que par une fausse exaW tation de principes; il demeura toujours le plus intègre , le plus probe ^ le plus franc des citoyens; il sortit pauvrp d'une place où l'on ne tardait pas à devenir riche.Il était adoré dans sa famille ^ vénéré de ses amis, jamais on n'eut pu obtenir de lui rien de ce qui , dans son opinion , n'aurait pas profité à la France. Il ne regretta jamais le pouvoir pour lui, etilnecher^ cha pas à le ressaisir. Il fut le seul à faire entendre une voix généreuse, le seul que la postérité nommera dans cette grande lutte élevée entre des millions de seruiles et un seul cœur généreux; il fallait l'estimer si on ne voulait
pas l'aimer ^ le craindre quoiqu'il fût sans trésors et sans armée , et le ménag^er parce qu'il semblait porter avec lui toute la vertu républicaine. Je ne parlerai pas de lui comme directeur de la guerre, comme habile officier ; ses plans de campagne , ses actions y sa défense d'Anvers nous le montrent à ra cime de l'échelle des grands génies y et lorsque le feu des passions sera am^ti y quand on déversera , avec équité le blâme et féloge y Garnot occupera une place bien éminente parmi les personnages célèbres de la France : je ne crois pas me tromper en cecâ.
88 HÉMOIKES