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répertoire immense d'anecdotes qu'il débitait avec mesure^ car, nous répétait-il souvent, lorsque nous le pressions de continuer ses récits :
Le secret d'ennuyer est celui de tout dire.
Il se servait d'une tabatière ornée d' une miniature, à l'huile , du portrait deYan Dick, peint par ce célèbre artiste même ; je ne sais en quelles mains aura passé ce niorceau précieux. M. de Roquelaure avait vécu dans l'intimité de Mesdames , filles de Louis XV ^ il se plaisait à rappeler les marques de bonté dont elles le comblèrent ^ et son cœur n'était pas fermé à la reconnaissance.
Louis Mercier , autre vieillard , était aussi un convive agréable, homme de lettres célèbre^ nou moins par ses écrits que par la bizarrerie de ses paradoxes : on eût dit, en l'écoutant ou en le lisant, qu'il s'était promis de marcher sur les traces du fameux jésuite Hardouin. Il ne pensait comme personne, et soit qu'il eût tort ou raison , on trouvait du charme à l'entendre^ sa conversation était vive , piquante , enjouéej elle étincèlait de traits, de mots profonds, d'aperçus heureux ; il était né pour les innovations , il en voulait de toutes sortes, dans les arts, dans les sciences, dans la littérature, au théâtre, 'dans
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le gouvernement, dansTéglise; enfin, rien ne lui paraissait i sa place » il voulait tout mettre sens dessus dessous*
Je me le rappelle avec sa riche taille, sa figure belle et vénérable , ses longs cheveux blancs et son habit bleu de roi. Toujours gai, riant ^ ai^mable, ne se fâchant d'aucune opposition, n'aspirant qu'au bien ;, et possédant les qualités les plus essentielles. Ses ouvrages sont dans les mains de tout le monde , ils lui ont assuré^ à Téti'anger surtout , une haute réputation , parce que là on juge les hommes, sur le fond des choses, n supportait impatiemment l'esclavage de la presse. Je fais imprimer en Angleterre, disait-il, un livre gros comme le pouce^ et farci de vérités; ou inscrira sur la première page en gros caractères : Prenez une loupe y et à l'aide de cet instrument on lira ce que j'aurai écrit en faveur de la raison, comme on s'en sert pour découvrir dans les insectes les mystères de la nature.
Il prétendait qu'avec l'imprimerie, le despotisme complet était impossible: ic Chaque volume » est, disait-il, un coup de canon qui le frappe » fort; comment ne succomberait-il pas sous le ï) nombre ? »
Nous étions un jour à dîner chez madame de Tome m. g
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Beauharnais^ avec lui^ le chevalier de BoufBers, Cailhava ^ Cubiëres et Delisle de Salles, dont je parlerai plus bas ; le faiseur de drames, Volme» range, qui mangeait comme un ogre; l'abbé De= nina^ historien de l'Italie, sa terre natale; M. de Verninac , le chevalier d'Armansenne , le plus égoïste des mortels selon moi ^ et à qui madame de Genlis a feit ude réputation opposée, parce qu'elle a été la dupe de sa sensiblerie. Mercier , sans en avoir moiiis d'appétit , s'évertuait à dénigrer outre mesure les grands poètes du siècle de Louis XIV, auxquels il reprochait d'avoir étouffé le génie en lui donnant des entraves. Le chevalier de Cubières, partageait ses opinions, tandis que le marquis de Boufflers , M. Delisle de Salles , Cailhava et la maîtresse de la maison combattaient avec chaleur pour les vrais prîn= oipes. '
Boufflers avança que les règles étaient faites pour arrêter une imagination fougueuse et dés« ordonnée. « Les règles, s'écria Mercier d'un » ton de prophète, les règles sont hors de Fart. » Il dit , se tut , et chacun de le regarder sans trop savoir que lui répondre. Je cherchai une idée dans cette phrase , et quand je fus bien assuré qu'elle n'y était pas^ rompant enfin le silence, je
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m'adressai à Mercier , et du ton le plus modeste, je le priai de m'expliquer ce que pouvait être Fart sans les règles, car je croyais que le seul mot d'art emportait avec lui l'idée des lois pour le régir.
Je dus être satisfait de ma demande; elle embarrassa Thomme qui s'arrêtait le moins aux difficultés ; d'ailleurs, la balle que j'avais lan» cée fut reprise par de plus habiles ; on pressa Mercier de définir l'art en le séparant des règles. Il ne put y parvenir , la chose était manifeste» ment impossible. Ce fut en cette circonstance que la comtesse de Bëauharnais chercha à pein* dre d'un seul mot les divers caractères des grands maîtres de la scène. « Corneille, nous dit-elle, est tt un dieu, Racine, une déesse, Yoltaire un » génie. — Et Crébillon? lui dis-je. — Crébillon, M répondit-^lle, c'est un démon. »
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