‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france--Chapitre 19 sur 48 · ChAPITRE LIX · texte numérisé non relu

ChAPITRE LIX

Cambacérès et Tabbé de Montgaillard. — Cercles du prince archi« chancelier. — Qui j'y ai tu. -» Comment Cambacérès passait ses soirées. — M d'Aigrefeuille. — Le marquis de Villevieille. — M. Chazet. — Son homonyme. — M. Joseph Pain. — "Le libraire Léopold Colin. •^— Paquet, Bonnet et autres. — - Amis du prince Cambacérès dans sa disgrâce. — Affaire d'Espagne. -^ Le comte de Baussel , préfet du palais — La belle financière. — La comtesse de Bausset. — Lie cardinal de Bausset. — L'abbé Gros de Desplas. — L'évêque d'Hermopolis. — Napoléon excommunié. — Ce que le peuple d'Italie pensait de lui à se sujet. — Canova. — Ses ouTrages. — Ce qu'il pensait de l'imitation de la nature. — Mot de David sur le même sujet. — Caractère de celui-ci. — Ses tableaux capitaux — Principaux portraits qu'on lui doit. — Ma ' rat. Pelletier Saint Fargeau. — Anecdote -^ Deux portraits de Napoléon. — Le serment du Jeu de paume. — Ce que David pensait de Louis XVL — ^ Il n'aimait pas les sujets modernes. — Propos de Napoléon au sujet de Léonidas. — Ecole de David. — Son Ecusson.

JETai dit ailleurs et je le répète ici , le prince Cambacérès n'a été si maltraité par Fabbé de Montgaillard, que parce qu'il avait été jugé par

d'un pair de FRANCE. iSg

lui selon ses œuvres. Au reste, on est si con^ vaincu du peu de motifs que cet auteur a eu de poursuivre avec tani d'acharnement l'ancien archi-cbancelier de l'empire ^ que naguère en«» core, des personnes respectables me disaient à ce sujet : « Nous savons pcfurquoi le malin bossa » en voulait tant à ce haut personnage; il lo- » geait vis^t^is son hôtel ^ et un jour le bruit » des voitures des. invités à une fête du prince » ayant troublé le sommeil de M. deMontgail* n lard , celui««ci jura que pour venger son re«« » pos interrompu y il eu punirait la cause » innocente eu représentant, comme le digne » émule. de Robespierre, comme uu monstre » de féroce lâcheté, un homme qui eut de » grande torts sans doute , mais qui les expia n par :iine vie employée toute entière à rendre » service à ceux qui sollicitaient son appui. » Cambacéres ne méritartdonc pas le fiel qne l'abbé fiioque > prétendu Mont^aillard , s'est complu à épancher contre lui. Je ne^ revieildrai pas sur le povtralt de ce'prittœ^qae j'ai tâché d'esquisser daïis le volume précédent; mais jèine puis m^empècher de parler dé la mfàâiëre dpnt il repTései>tait , de ses habitndes fatpiliëres> et des personnages divers*' admis dans son intimité*

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Je lui ai vu occaper deux logements pendant sa èplendeur , Thôtel d'Elbeuf ^ situé sur la place du Carrousel , devenu depuis la caserne des Cent-Suisses ^ et Thâtel de Monaco, rue Saint -^ Dominique, où il demeura jusqu'à la chute de l'empire. *

Il recevait deux fois par semaine , le mardi et le samedi, depuis sept heures du soir jusqu'à huit ou huit et demi. Chez lui se réunissait tout ce que l'Europe possédait de plus grand et de plus illustre; les princes des maisons souveraines s'y confondaient dans la foule avec les simples particuliers^ J'y ai vu le frëre de la reine de Prusse , prince de Mecklembourg^Strélitz , un archiduc d'Autriche^ et tant d'autres qui debout comme nous , faisaient une cour assidue au maître de la maison. Cette noble compagnie oubliait parfaitement une fierté qu'elle a reprise aussitôt que la victoire est devenue infidèle à nos drapeaux. J^yaisouvéntaussi rencontré bon nom** bre de ces girouettes politiques tournant à tout vent ; ils briguaient alors par leurs courbettes multipliées, par lears flatteries obséquieuses , un regard de Cambacérës ; tandis que depuis , leur lâcheté n'a pas craint de souiller par des propos infiimes , l'idole à laquelle ils avaient sacrifié

b\tN pair de FRANCE. iGt

si volontairement. Jl n'y a pas^.dans ce siècle de bassesse ^ un seul écrivain ou un seul grand seig;neur qui ait, depuis i8i4^ outragé l'arcki» chancelier^ que nous n'ayons vu avant cette époque ^ prosterné devant lui.

Lorsqu'il lui plaisait de congédier cette multitude, un valet-de-chambre venait annoncer la voiture de Son Altesse qui, après avoir salue la compagnie , passait dans son appartement^ pour se rendre ensuite, le mardi à l'Opéra^ et le samedi aux Variétés ; de là , 'Cambacérès accompagné de sa suite ordinaire, allait auPa» lais-Royai, faisait deux ou trois tours de gale» ries, puis rentrait se coucher. Il se levait de bonne heure, et consacrait une forte partie de la journée à donner des audiences à tous ceux qui en réclamaient de lui.

Un petit cercle d'amis formait sa cour parti» culière ; on me reprocherait de ne pas y placer en première ligne le marquis d'Aigrefeuille , chevalier de Malte et ancien procureur - général à la Cour des Aides de Montpellier. Il est célèbre dans les annales de la gastronomie, et c'est à lui que M. Grimod de laReynière a dédié son Almanach des Gourmands. M. d'Aigrefeuille ain^it la bonne chère, je ne puis' le nier,-

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