‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france--Chapitre 25 sur 48 · Tome m. 'i · texte numérisé non relu

Tome m. 'i

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rions eu à nous repsntir.. Il y avait bien parmi «I0U9 des têtes chaudes, et pourtant^ bors le comte Grégoire, aucun ne songea à s'oppoaer au mariage; il prétendait^ loi^ en iaire un cas de conscience, nous le laissâmes dire, et comme il se trouva seul , force fut à lui de céder.

Le bruit du divorce éclata enfin : on sut que le sénat devait s'assembler le 16 déceoAre pour prononcer sur le fait de la dissofution du ma« riage de l'empereur ; ce fut pour l'archi-chaucelier le jour où l'éminence de sa dbarge parut avec le plus d'éclat ; il reçut la commission de présider cette séance mémorable , à laquelle a»* fiiîstërent les rois deWestpbalie^ de HoUaode^ de Naples et le yice*«roi d'Italie y qui tous , pamirent en qualité de simples sénateurs , et furent mis au-dessous d'un sujet de leur frfere; je puis dire que j'ai peu vu de solennités plus remarquables; nous étions tous profondément émus, et te dîs^ cours du prince Eugène nous arracha des larmesr

Les gens qui observent tout , firent attendoD que dans cette journée, ainsi que dans la finit qui la précéda et dans celle dont elle Fut suivie, une horrible tempête éclata surParis et sur plusieurs autres points de la France. Des torrents dtplui^, un ouragan impétueux , 1 d'effroyables

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t^oups dé tonnerre , portèrent TépouVânte dans les esprit* ; On eût dit que le ciel voulait mani* fester son opposition à Pacte qui terminait le bonheur de l'excellente Joséphine. On consef va à cette princesse tous ses honneurs; elle prit le titre d'impératrice couronnée; elle eut en prb* priété les terres de la Malmaison et de Navarre et un douaire fixé à deux millions de rente.

Immédiatement aprëi^ cette triste cérémonie^ on apprit quelle était la' princesse sur laquelle s'était arrêté le choix de Tempereur. Lés Français en général, ne Virent pas de bon œil , cette alliance; on craignait TÂutriche^ même dans ses arcbi-dùchesses. Le 7 février i8io^lesambassa« denrs respectifs signèrent les clauses du mariage de Fempereur Napoléon avec Marie-Louise ; le 17 du même mois, un décret qui ne fut point approuvé, réunit l'état de Rome à l'empire. Cet acte eut les suites les plus funestes / et la for» tûne parut abandonner l'empereur au moment précis du divorce.

Napoléon partit le vingt mstrs suivant, pour aller à Compiëgne rejoindre rarchi-duchesse qui arrivait. Leur entrevue eut lieu dans la forêt; la princesse voyant la vqittire s'arrêter et un cavalier y enirer librémerît, reconnut en lui

son ép OUI ; elle voulut se mettre à genoux selon l'usdge , mais il s'y opposa avec vivacité ; il la conduisit au château y et dès la nuit suivante , il jouit de ses droits d'époux selon le cérémonial entre personnages de cette classe. Henri IV en usa de même avec Marie de Médicis quand il fut à Lyon , au de(vant d'elle.

Le 3o mars y le couple impérial quitta Corn»

piëgne; il arriva à Saint-Cloud , où l'on avait préparé une fête magnifique ; le temps parut y mettre obstacle^ mais vers les quatre heures de l'aprës-midi ^ les nuages se (dissipèrent, le ciel devint pur^ et toute la population de la capitale put se porter à Saint-Cloud pour admirer les illuminations superbes que celles de Paris sur» passèrent encore le lendemain.

Ce même jour 3o mars, l'empereur fit savoir à ses sœui's et à la reine de Hollande , que le len» demain à la cérémonie du mariage , elles porteraient la queue de la robe de l'impératrice : cette décision à laquelle elles étaient loin de s'attendre , les mit de mauvaise humeur ; il y eut des paroles vives échangées de part et d'autre, mais enfin elles durent se décider à obéir.

Le premier avril et vers les dix heures du matin, la pluie tombait par torrent, mais au mo-

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ment où le canon annonça le départ de Leurs Majestés^ soudain et comme par l'effet d'un coup de baguette^ les nuées disparurent et le soleil brilla dans le firmament, de manière à Faire croire cju'il se croyait obligé d'éclairer de ses rayons cette auguste cérémonie. Le coi^le heureux arriva au château des Tuileries par le jardip^ mil pied à terre sous le péristyle du grand escalier, traversa dans toute la ppmpe de son cortège, les appartements et la galerie du Louvre i celle-ci^ décorée avec magnificence, était garnie dans toute sa longueur, de trois rangs de gradins placés de chaque côté , où l'on admirait une multitude de femmes habillées avec autant de richesse que de goût ; les hommes tous en costume de cour, étaient derrière elles, sur une espèce d'amphithéâtre ; le milieu de la galerie était réservé pour le passage du cortège. On devait croire que dans ce jour, le bonheur de t'empereur, était partagé par toute sa iamille$ il n'en était rien , ses sœurs;^ sa belle-fille , se trouvaient humiliées du rôle qu'il leur faisait jouer. Porter la queue de l'impératrice était un affront que rien ne pouvait compenser; elles ne s'en cachaient pas, et tous les assistants purent voir les pleura rouler sur leurs jouçs. C'était une

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siagulièi^ feçoD de célâ>rer cet hymen : plu â d'u0 parmi nous, ea tira un pronostie sinistré pour l'avenir 4ôfr deux époux. La chapelle où devait être béni le mariage^ était placée dans le salon d'exposition y et décorée de draperies rou* ge$ et bfeues^ d'assez mauvais goût; plusieurs ranfs de tribunes y étaient réservés ppur les dames présentées, les grands seigneurs étrangers et le corps diplomatique.

L'empereur en approchant de l'autel , s'étant aperçu qu'un tris petit nombre de cardinaux s'étaient rendqs à son invitation , en éprouva un mécontentement qu'il ne déguisa pas ; il le té« maigna même d'une manière assez én^gique a l'archevêque deMalines (M. de Pradt)^ son aumônier; le len'demain , la foudre tomba sur ceux des princes de l'église , qui avaient refusé d'as« sÎ9ter à une messe célébrée pour un exoomma*** nié , car ce fut là le vrai mqtif de l^Bur absence ; on les exila en différeiits lieux, et on leur défen» dit de port^ leur habit ro«ge : on les désigna dès oe moment , sous le nom de cardinaux noirs , à cause de la couleur de leur soutane de pénitence. Le cardinal Âlbani ne fut pas disgracié, il me dit a ce sujet : « Des que Texcommunication n'a » pas été fulminée en France par les évéques.

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n elie doit y être regardée comme non avenue; » quRût i moi y qui suis ici en qualité de prince » étranger, j'aoeepte ^invitation de l'empereur, )i et ne me mêle pas du reste. » Je le trouvai fort raisonnable, et m'applaudis de ne pas être privé de sa société.

Le soir du jour du mariage , eurent lieu dans Paris des illuminations telles que n'en ont pu voir les siècles passés j et dont on n'a pas égalé depuis la magnificence. Chaque maison parti»

culiëre rivalisait de splendeur avec les édifices publics , et se faisait remarquer par la disposition élégante de ses lampions ; une foule de quatre à cinq ceiàt mille âmes au moins , circulait lente» ment dans les rues , sur les quais et sur les pla» ces ; la rivière elle-même était chargée de ba« telets ornés de feux de couleurs et remplis de chœurs de musiciens; nul accident ne troubla cette admirable fête , tant la police avait été soigneuse à tout prévenir; une seule voiture , ce soir^U y circula dans Palris ; elle renfermait les deux époux en costume commun et que nulle suite n'accompagnait; la nouvelle impératrice dut concevoir une grande idée de la France, en la voyani: d'abord sous un pareil aspect*

Le 37 du même mois, Napoléon et Marie*

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Louise partirent paur la Belgique ^ qu'ils visi* tërent dans le plus grand détail : partout on les accueillit avec enthousiasme , on se flattait alors que cet hymen donnerait pour long-«>temps la paix au monde. Je devrais continuer de décrire les fêtes qui suivirent celle du premier avril^ «au retour du voyage en Belgique; mais l'ordre chronologique des événements , m'oblige à in* aérer ici une anecdote piquante que le duc de Rovigo a racontée en partie dans ses Mémoires et dont je tiens des détails plus étepdus de la bouche même de l'archi-chanGelier; cUe ouvrira le chapitre suivant; je^ terminerai celui-ci^ par rappeler qu'à l'époque du mariage^ tous les poëtes^ les versificateurs et les chansonniers français^ se hâtèrent de célébrer ce grand événe* ment. Je citerai dans le nombre , MM. Parsevai Grandmaison, de Chateaubriand^ de Baour Lormian, Michaud, Soumet 9 Ësmenard^ etc.

MM. Chazet, Pain , Brazier, Désaugiers, ne restèrent pas muets^ leurs flonflons d'enthousiasme et d'amour pour le souverain remplirent tout Paris : une seule voix manqua à ce concours général^ celle de Delille; de vives instances lui furent adressées; le gouvernenîënt aurait payé au prix de cent mille francs, une pièce de cent

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vers : des honneurs , un titre y tout lui fut pro» posé, et son admirable caractère refusa tout, u Je veux rester, répéta-^t-il , le poëte du mal* » heur; il faut bien qu'il y ait en France un » homme de lettres fidèle à de grandes infor-> » tunes » : et on ne put vaincre cette résistance généreuse , et le chef d^alors n'enleva pas à Jac« qties Delille , son titre et sa pension de lecteur au collège de France.

Aussi , est-ce avec le sourire du mépris , que j'accueille les justifications de ceux qui veulent prétendre qu'en refusant de servir ou de louan* ger Napoléon , ils auraient compromis leur liberté; cette excuse est celle des lâches et des imposteurs; un refus n'exposait à aucun désa« grément, et j'ai la preuve que ces places de chambellan, d'écuyer, d'officier d'ordonnance, de poètes à la suite, n'étaient occupées que par des gens qui les avaient sollicitées ardemment. C'eût été une chose bien curieuse, que l'impression des requêtes présentées à l'empereur, avec le détail des motifs développés pour obtenir la place demandée ; que de fidélités, * aujourd'hui bien blanches^ paraîtraient singulièrement tricolores ! Il faut à ce sujet que je raconte une petite anecdote dont je puis garantir l'authenticité.

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M. le marquis de £ se plaignait à Tou-*

loiise p chez une dame de ses ainies^ de ce que son fils avait été nommé par force auditeur au conseil--<fEtat ^ un collègue du jeune homme , répondit aussitôt : « Monsieur , si la chose est » telle que vous la racontez , l'empereur n'est i> nullement coupable , car j'ai vu entre les » maind de l'archi-chancdier^ une longue sup» » plique avec votre signature^ imitée sans doute M par un adroit Êiussaire^ qui avait même poussé >i la malice jusqu'à la faire apostiller par des » personnages* fort en feveur et qui vous con* » naissent beaucoup* » Le marquis d'Ë... ne sut que répliquer^ il était alors d'usage parmi certaines gens^ de solliciter en secret les faveurs impériales^ et de crier ensuite à la persécution^ lorsqu'ils avaient obtenu ce qu'ils désiraient.

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