CHAPITRE- LXII
Cfaangeiiieiil de ministre de la police. — Conseil tenu à cet effet. — Camlwcérès ne peut indiquer sur Theuce unthoix à l'empereur. — Maret intrigue pour faire nommer le comte Semon^ille. — Celai-ci croit être nommé ; il rient arec son costame. — Mystificatiop d^ deux amis. — Nowmtion du duc, de EoTÎgo. -ir- Sou portrait- — ^ Ses Mémoires.
Depuis long-temps Veropereur souffrait avec impatience les sourdes menées de Fouché; il n'avait plus en lui aucune confiance, bien convaincu qu'il n'y avait à attendre de cet homme qve des perfidies. Ne voulant pas être surpris ou jqué par lui , il le faisait surveiller par sa police secrète dopt le soin était confié au duc de Rovigo. Uambition de ce dernier le portait à
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éclairer les intrigues d'un homme dont il enviait la place, et dont depuis plusieurs années il remplissait les fonctions. Aussi, parvint-il à découvrir que le duc d'Otrante traitait de la pdix avec l'Angleterre en 1810, à l'insu de Napoléon; fait trës extraordinaire et qui n'a jamais été bien éclairci , malgré ce qu'on . ^u a dit de part et d'autre^ car on n'a jamais connu d'une manière positive le but réel de ces négociations.
Napoléon à cette nouvelle , entra dans une juste colère contre un ingrat qu'il avait comblé de biens ; et lorsqu'il eut rassemblé toutes les preuves de cette trahison manifeste; il fit appeler le prince Gambacérës à Saint-Qoud : un conseil d^Ëtat fut aussitôt réuni ; il se composa de l'archi-trésorier ^ du duc de Bassano, du prince de Bénévent, du comte Régna uld Saint^ean d'Âagély y et enfin de l'archi-chancelier qui en prit la présidence sous celle de Tempereur, qui leur fit connaître le motif de leur convocation par les paroles suivantes :
a Je vous ai fait appeler, leur dit-il^ pour » vous demander votre avis sur un feit extra- » ordinaire. J'ai acquis la preuve matérielle ren- » fermée dans ce portefeuille, qu'un grand di« ji gnitaire de l'empire me trahit en ce moment
d'un pair de FRANCE. 221
)) en entretenaat avec TÂDgleterre , et sans )> mon autorisatiion y une correspondance ca- » chée. Je désire que chacon de vous me donne )) son ayis^ et me dise le châtiment que je dois . » infliger au coupable. »
Ce discours prononcé lentement et d'une voix
solennelle, intimida le conseil dont tous les
membres, à l'exception d'un seul, se tournèrent
vers celui-là, ne pouvant pas croire que dès qu'il
s'agissait de perfidie, il pût être question d'un
autre que lui. On ne tarda pas cependant à voir
qae le cas ne le regardait point. Le prince Cam»
bacérës répondit enfin lé premier; il demanda
d'abord à Napoléon si dans les pièces qui étaient
en son pouvoir il en était une tellement décisive
qu'elle put suffire à la condamnation du crimi»
nel, et si l'on pouvait connaître le nom de ce
dernier avant de se prononcer sur son compte.
« Il est important, poursuîvit-il , de nous bien
» fixer sur ces deux points; on ne peut juger
n une afifaire quandon ignore et le.nom du eou»
» pable et la nature de son crime. »
Ces sages conclusions détinrent l'assentiment du conseil; l'empereur de son côté, et malgré sa colère, apprécia la justesse de la demande de Cambacérès. Il nomma alors Fouclié duc d'0=»
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trante et niinistre de la police; puis il sou«« mit aux conseillers toutes les* pièces qui pou« vaieut constater la trabison de ce personnage: celui-ci néanmoins ne s^était pas coâduit avec une telle étourderie, que daines ces acces il y en eût un seul qui, matériellement pût le condamner ; il était trop habile pour avoir commis une pa«* reille £aute ; aussi rien ne donnait eotiërement prise sur lui , il n'avait Tair dans ces n^ocîations entamées mystérieusement avec le cabinet «de Londres, que de vouloir préparer les voie» à un traité de paix; il semblait n'en discuter que les bases; la trame en un mot était ourdie avec une telle adresse , que le conseil ne put y voir la marque évidente de la fbr&iture, etrarchi^chan» celier après avoir tout examiné d'un œil attentif^ prétendit que si on publiait le contenu de ces papiers , l'opinion générale se prdnoncei'ait en faveur du duc d'Otrante loin de s'élève!* contre lui.
Le prince de Talleyrand partagea cet avis : i( fut même plus loin, bien qu'il hait personnelle^ meut Foucbé dont il avait eu constamment à se plaindre : il conseilla à l'empereur de calmer son courroux et même de maintenir le duc d'Otrante au ministère de la police en se contentant de le
$08 mettre- à uoe surveillaoce rigoureuse^ de fa« ç<Hi àFarréter à propos s'il doniKiit un cours plus criminel à ses menées secrètes. L'intention de r^oipereur n'était pas de gander en fonctions un homme dont il avait tant à se plailidre; néanmoins^ ne voulantes laire connaître ce qui se passait an fond de soneœor et voyant d'une autre part que le ccxnseil pensait unanimement qu'on n'était pas en mesure d'attaquer Fouché en faee^ il termina la séance en disant qu'il réfléchirait sur ce sujet important.
Le prince arcbi»-dbancelier partit avec les autres grands dignitaires que l'empereur congédiait : il n'étaitpas sorti encore de l'appartement, lorsqu'un huissier de la chambre courut après lui pour le rappeler de la part de l'empereur» Cambacérès obéit , il trouva Napoléon seul avec Maret qui depuis plusieurs jours était instruit de toute l'afiaire ; l'empereur s'adressant à l'afrchi-chancelier lui dit que^ décidé à éloigner Fou« ché, il le priait de lui indiquer sur4e--champ un ministre de la police»
Cl Sire^ lui dit le prince, je ne puis aussi n promptement vous donner un homme digne » d'une place toute de confiance; il n^ fst^t y » réfléchit* à deux fois , je vous prie de me per-
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» mettre de passer dans le jardio pour réfléchir » plus librement au choix qu'il vous convient >i de faire. » L'empereur y consentit y le prince s'éloigna : le duc de Bassano cependant riait in petto de ce manège, se croyant assuré de fournir lui-même le ministre que l'archiK^hancelier, craignant de proposer si brusquement , allait demander aux arbres du parc. Déjà par aiirance, Maret avait parlé à l'empereur du comte Se« monville un de ses amis intimes y et comme Na» poléon n'avait paru ni accepter ni refuser ce sé« nateur, il ne doutait pas qu'il ne finit par le lui faire prendre. Maret sachant aussi quels avaient été/les motifs du conseil secret, et voulant pour ainsi dire forcer la main au maître^avait fait venir à Sèvres dans sa maison du parc de Saint-Gloud le comte de Semon ville qui attendait, vêtu du grand costume de sénateur, qu'on l'appelât pour « prêter le serment d'enti^e en fonctions , tant lui et son protecteur étaient certains de réussir. Une voiture attelée était dans la remise et un pi» queurdu du,c de Bassano avait à Saiut-Cloud un cheval tout sellé pour courir annoncer le choix définitif de l'empereur à la future Excellence.
ï)ès que l'archi-chancelier eut passé dans le jardin , Maret, profitant de son absence^ reuou»
d'un PAIK de riULKCE. ^^5
Vêla sa proposition et recommanda chande« ment M. SemonTille. « Ce serait en eflfet nn bon M choix y dit Napoléon ; mais avant de me déci<* ») der je désire prendre Fàvis de rarchi-chance» » lier. — Sire, répondit Bassano^ je cours le » chercher. » U sort^ donne à son piqneur Yor^ dre de partir pour amener son aiiiî^ tant le suc* ces lui parait certain^ et le voilà lui-même à la quête de Cambacérès; il le rencontre, lui fait part de ses désirs et a quelque peine à le per** suader de lui être favorable . les talents du candidat ne paraissant pas au haut dignitaire en rapport avec les fonctions dont on veut l'inves** tir : cependant Maret obtient son assentiment^ et tous les deux reviennent dakis le cabinet im* périal.
Dès que Napoléon les voit venir: « Prince M Cambacérës^ dit-»il y je vous ai fait appeler pour » que vous assistiez conformément au droit de » votre charge au serment que va prêter le nou^ » veau ministre de la police ; duc de Bassano^ » vous en dresserez FaQte. » Puis 'il «omie, un chambellan de service se présente, et Faites en- » trer le duc.de Rovigo qui doit être dans le sa- » Ion voisin. — Sire^ dit Marettout confus^ je » croyais... w Un regard de FEnsipereur lui. fer* Tome m. i5
9u6 «lÉMOiaes
m^U bouche» Savory 9^ présente ^ on lui an»
uQVce qu'il €ftt nommé mini9tre de la police et on lui qn feit prêter le serment. Le duc de Bas- ^no désappointé dVn dénouement auquel il était loin de s'attendre , se hâte de sortir du €a«biof t et rencontre à jpieu de distance le comte de Semonville qui^ arrivant dans sa berline ^ met pied à terre à la vue de Maret et accourt à lui pour lui^ exprimer sa reconnaissance. On juge de re qui dut suivre l'explication ; les deux mysti» * fiés pourraient^ i^ous le dire*
Je tiens ces détails de Cambacérès luimême] i^ nous les donna en 1819 un jour que je dînais chez lui avec le comte Fabre de l'Aude, le comte Dubois Dubay ^ et trois autres dont les noms me sont échappés. Les deux premiers sont pleins de vie et certes ils ne me contrediront pas^ j'exi appelle à leur mémoire comme à leur sincé^ .i;^té» La disgrâce de Fouché ne fat pas compJiète« Napoléon ne voulant point le pousser à bout lui donna le titre de gouverneur de Rome, i^ais ne permit jcimais qnll en exerçât les fenc^ tiqns. ÏM duc de Rovigo ne possédait pas l'esprit supérieur de celui qu'il remplaçait^ on ne peut même lui enaoQorder beaucoup ^ mais il était j*ei|ipU de Ki^y il aimait l'empereur et il 1 ai-
D Vîi PAIE DC f RAKCE« 'M^
mUit to S4kla^ o'aiM^^iré (Von amcSur fani^ tique dépaiMnt toute mesure*
Courageux aur U champ dv4Nitaille ^ il ivtra* duisaitdauè la viecivtle cette dbéissem ce passive qui ti'aclukei pas une céaditmo^ Il «uratd touIo que tout plîAt devant aoii maître oonuBé 4uiw wèiBie le faisait ; on on a eu ^ prèUYe ddor ià riguéoF ateo laquelle il ponirsiihiit cëtx qui dft^ plaisaient à Naipoléon^ mëâuné de'.Stael^pai* exeiB)»le« Sa eotoliiiteà Véffârà de joefêt êkme eae iDéxcusa&le> il ne dpit pas ,iaBoâi^.de s'eit âtre lavé dabà ^fti Mémoires % je les'.ai- lue avep attenliai^> ein^y àîxîfi» vu. de' «ce que: j'eapoDais-y tro«ilri9r« C'esti up«f apologie! de s» cmidiiite; o'icpt un mélnalre justificatif. et son: deaMébnpifèsi bas** toriques ; il charge cruellement deux hauts per^sonnages, sans pour cela se blanchir lui-même, n raconte lui aussi la scène de sa liominatlon au ministère de la police : je le crois bien instruit de ce qui lui a été personnel dans cette circonstance, mais pour le reste, j'ai préféré m'en rap» porter à ce que m*en a dit Cambacérès.
Le duc de Rovigo a joué de malheur : il a tâ-« ché , nous dit-il , de rendre la police douce et préservatrice, et par une fatalité cruelle, la voix pubKque Tiaccuse d'en avoir augmenté les ri-«
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{fueors* Son nom n'a jamais été prononcé qu'avec la haine qu'on porte à ceux dont on cnoit avoir, à se plaindre. Toat cela vient de ce qne^ manquant de tact et de lomiëres supérieures, il a iVbulu lés remplacer par la rigueur et la rudesse. Je suis surpris que^ dans le nombre de gens de lettres dont il parle et qu'il employait , il ait ouhllé MM. Pain et Cbazet, tous deux chargés par im y presque officiellement de chanter les solenoiîtés impériales. Âurait4l pensé que, placés trop (bas dans la littérature , il ne devait pas s'occuper . d'eux ? Je suis persuadé qu'ils lui savent mauvais gré de n'avoir pas fait connaître avec quel zële, avec quelle ferveur^ ils travaillaient pour Napoléon en pauvres vers et en méchante prose.
d'un pair, im
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