‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france--Chapitre 27 sur 48 · CHAPItRE LXm · texte numérisé non relu

CHAPItRE LXm

Hctour de Napoléon «1 de Mark-Louise. — Fête «h^ l'ambassadeurd'Autriche. — Incendie. — Suites At ce désastre. — Plaisirs dé laoonr. — Spedadea^ ** fotériewr des Tuileries. — li'ei^pereuji reiUait à Fadministration de sa nuiison. — Son opinion sur la manière de gouverner.

Je reviens à mon récic que. jc^ reprends au.

^loment où Napoléon rentra avec. Marie-Louise de sa course en Belgique. Il y eut alors & Paris une succession de fêtes brillantes ; chaque ministre donna la sienne^ les plus remarquables; furent celles qui eurent lieu à Nouilly chez la princesse Borghèse, à rHôtel-de-Vîlle et à l'ÉçolçMaitaire. Mais tous ces plaisirs furent terminés par une catastrophe épouvantable que je puif décriras

^3q Aiémiiitt»

fidèlement^ car je me troavai au nombre des in* dividos qui en restèrent les^moins et les vie* limes.

Tie dimanche i^^ juillet 1810, le prince de SchwarUiemberg,ambassadeurd'Autricheauprès

de la cour de France , voulut à sou tour célébrer le mariage de l|irQUe de. 001» souverain. L'hôtel qu'il occupait était situé dans la rue du Mont- Blanc sur le terrain ou s^élèvent aujourd'hui ces constructions qui font Éace à la rue de Provence. lie prince envoya des invitations à tout ce que Biiris renfermait; de pïus distingué j chacun ayant à» renvi brigué la feveur d'être admis à nnéréu* nioh dont à l'avance on vantait la somptuosité y on vint là de toutes parts^ la joie dans Tame^ sans prévoir que cette soirée brillante devait être in-» terrompue par un accident terrible.

'On aVaît éonstruit dans le jardin une immense sâllè debat^ afin de pouvoir raîre danser une plus gi'^ndé quantité de personnes, les appar* tetnents ordinaires' n étant pas assez vastes pour Gontelàir la Ibûle des invités. La sallç impro» Vis^^ étàtt toute en planches de sapin enduites d*tine Côùchè de térébèhthme ; une itoite cirée, la couvrait Qàiis'Coute'son étebdue; les plus riches étoffes *d'ôr et 4e soie décoraient l'intérieur ; des

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guirlandes d^ fleura artiieielléa , 4ts df^petiM (le mouiadiine et des gasea étaient suspendue au portique extérieur de ce temple élégant , consacré à l'allégresse publique.

Des cliœurs de' musique jie firent entendre dès que Vimpératrioe parut, et la fête i^tm^ mença. On fut frappjS de la gaîté qui rég^bait sur le visage de Napoléon; il allait partout^ parlant â tout le moode , grondant ceux des convives qui ne voulaient pas danser ; il s^a«« dressa & nu auditeur au côikseil*^*Etat^ nouvel-* lement nommé 5 et lui demanda pourquoi il n'avais pas (trit un choix parmi les jeunes per^ sonnes, k Siré^ je ne sais pas danser. «^-^T^t » pis, nionsieur, il £siut être utile même dans » un bal y quand on est à mon service ; prenez n un maître , et je vous ordonne de venir dan^n ser Tan prochain fr un bal' de la cour, w

Il s'éloigna , en riant de Tembarras du jeanehomme : on ne l'avait jamais vu d'aussi belle humeur. La ftUe du célî*t)re Vendéen, mademoiselle Zoé de Bonchamp en profita pour lui. demander la permission de se décorer d'une croix chapitrale de chanoines«e que la comtfessé Fanny de Beauharnais avait obtenue pour cite du prince Pnmat. L'empereur écouta delà ma-

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sièrela plus gracieuse la jolie suppliance^ et loi accorda la petite £sivear qu'elle soUkhait. Les (Jaosîcs continuaient; moi qui n'y prenais point part y et que la chaleur excessive incommodait y je sortis de la salle et passAÎdans le jardin brillamo^ent illuminé* Il pouvait 4tre alors Onze heures et demie.

Dans ce moment » on vent léger s'élève y il

agite les draperies du [portique extérieur ; un

rideau de gaze flotte au gré de la brise j va s'ap«

payer contre une girandole , et s'enflanune à la

bougie la plus rapprochée. Un aide de: <»mp

dtji prince Berthier accourt , s'accroche à la co*

lonne, atteintja drapejie , l'attire k lui, croyant

l'arracher ; mais elle se déchire , lui échappe ^

et met le feu à deux eudroits. Je vis cet accident,

j*en redoutai un plus grave. Mous demandâmes

des secours qui auraient dû être préparés à l'a-»

yance ; on les avait oubliés. Cependant le feu

3e propage avec une rapidité inconcevable ;

chaque matière à laquelle il s'attache , lui donne

plus d'activité, L?s bois légers , les étoffes , les

^ peintures dont tout était enduit , lui procurent

de funestes aliments ; il augmente, s'étend et

domine partout.

ËU une minute ^ et au silence de la constei*^

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nation soeoède le.criterrible, le feal au feul... On se précipite dans la salle, où l'on vient poi> ter réjpouvanteh^ en avertissant ceux qu'elle renferme du péril qu'ils courent. A ces clameurs effrayantes, la terreur devient universelle:

chacun songe à sot ou à ceux qu'il aime; on veut fuir, on s'embarrasse, et la flamme se communiquant .à l'intérieur, dévore les plafonds ^ brise les glaces, fait tomber les lustres , et me« nace de tout dévorer.

Sa Majesté l'impératrice se trouvait en ce moment séparée de son époux ; il lui eût été facile de se sauver seule; mais, par un héroïsme dont elle n'a donné chez nous que cette marque, etle se tourne vers le trône , y monte , et attend l'empereur avec une tranquillité apparente ; ce» lai-ci accourt vers elle , la prend par le bras avec vivacité, et, précédé de quelques servileurs fidèles « parvient à l'arracher à une mort presque certaine. Il la conduit ensuite à la pre» miëre voiture , et l'accompagne à cheval, jusqu'au palais de l'Elysée. Ce soin rempli, il revient en toute hâte pour donner ses ordres ; il n'était plus possible de remédier au mal ; quelques minutes avaient suffi pour tout consumer. Le bâtiment n'existait plus, on ne trou^

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yait à sa place qu'un peu de oendres et des cadavres.

Napoléon se montra sous le jour le plus avantageux dans cette douloureuse catastrophe^ par le zèle qu'il mit à secourir lui-même les victimes de cette fête déplorable^ Il se multiplia , se montra partout , et prouva que ce n'était pds pour lul-^nème qu^il craignait le plus. Les accidents qu'occasiona cet incendie furent immen* ses. Parmi ceux qui en souffrirent on signala Tambassadeur de Russie , prince Kourakin :

il tomba sous les degrés de Fescalier ; la foute passa sur son corps, il fut brûlé, meurtri, abimé, et pendant « loug^temps on désespéra de sa vie. Plus de quatorze personnes trouveront la mort dans cette soirée. La princesse de Laleyen , nièce du prince Primat , fut du nombre, ainsi que la princesse de Swartzembei^ , belle-spsur de l'ambassadeur d'Autriche : celle*ci périt , victime de son amour maternel. Ne voyant pas sa jeune fille auprès d'elle , et la croyant dans les flammes , elle s'y élança pour l'aller chercher, et trouva la mort à laqurile sa fille avait échappée '

C'était uue chose horrible que de voir; dans ccsjatdinsdes femitied étincelantes dej^diamants,

et dftot k^ptevdenfr d'one patwe Mnnj^tuease, fuir le tnépas qqi kr poarsttivait. Pliï» d- nne ae iKiya.dans un bMsin petit et pen profond , soit qit'dle«y lussent tombées éranouies^ soit qu'elles s'y précipitassent elle^mémes, pour échapper i I4 flamme qni s^attachait à leurs vêtements. On n'entendait que des cris d'angoisses ^ que des hurlements de désespoir. Les femilles se dberchaient y tremblantes de se trouver incomplètes. La mère pleurait son fils; la femme appelait son époux ; le nombre de personnes ginovement blessées fut considérable ; on le fit monter à plus de cent. Quelques-^ines périrent plus, tard des 3iiite$ de letirs blessures^ entre autres une fsmille composée de six individus venus exprës de Bade , dont il ne survécut qu'un seul individu. Cette calamité irréparable fot d?un sinistre augurée pour Tfaymen nouvellement condn. On rapprocha cette catastrophe dà 4dle qui suivit le mariage de Louis XVI y et des Gonséquenocs fatales en furent tirées ; elles né 3e réalisèrent que trop y et le trône impérial QTOwU quatre ans après. Ce malheur^ comme on le eroira sans peine , abrégea les fêtes y qui se terminèrent là y quoiqu'il y en eÀt encore à donaer» La finale des étrangers abandonna Paris,

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6t de nouveaux événem^its Tinrent occuper les esprits. .Je fus assez heureux pour éviter les désastres de cette soirée , et pour sauver des flammes une jçune personne , bdle. comme un ange ^ qui me parut singulièrement liée avec M. de L... L«.«, auditeur au conseil-d'Ëtat ^ et mon ami ; il vint le lendemain me remercier du service signalé quç j'avais rendu à mademoiselle de la T. .. y et peu de jours après , dans l'effusion de sa reconnaissance , il me conta, l'histoire intéressante de ses rapp<Mrts avec mademoiselle de l^ T... , histoire que je conterai au lecteur dans le chapitre suivant.

On prit des amusements plus paisibles , et ce fut principalement avec des représentations dramatiques que l'on divertit la cour ; il ne se passait pas de journée sans un concert , un bal , une comédie ou un opéra joué soit sur le théâtre des Tuileries soit dans les appartements intérieurs. Ces réunions avaient l'air de véritables féeries. Il n'y avait rien au-dessus de l'aspect enchanteur de la salle de spectacle ^ le jour d^une grande représentation. Napoléon et Marie-Louise occupaient alors une loge riches ment drapée en faoe du théâtre ; ils s'y montraient entourés, des princes et des princesses

d'un pair DB FRANCE. UtSj

de leur femille , des dames et des ofiiciers de leur maison. A droite étaient les ambassadeurs dans la loge qui leur était réservée , à gauche on voyait celle des ministres de France ; tout le reste de la vaste galerie servait i placer les fem« mes présentées et toutes habillées de manière à rivaliser d'élégance et de richesse.

Tout ce que la France avait alors de grand > tous les hauts fonctionnaires , magnifiquement vêtus y chargés de cordons , de plaques étince* lantes , formait le parterre. On admettait dans les secondes loges les femmes étrangères à la cour , ainsi que les hommes non présentée , qui ne pouvaient entrer là qu'en habit habillé, c'est-à*dire à la française , avec l'épée et le cha« peau à plumes. Des valets de pied circulaient sans cesse, et présentaient des glaces et des rafraîchissements de toute espèce. Un silence profond régnait dans la salle ; les applaudisse* ments étaient interdits. Le même luxe, la même pompe se faisaient remarquer dans les bals , où l'on venait souvent en habit de caractère : c'est là que se nouaient une foule d'intrigues galan» tes, qui animaient. cette cour; partout était le plaisir; on le cherchait avec une espèce de fureur, et assez fa cilement on le rencontrait dans

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ces réudioiis brillantes. Les étrangers iiiTÎfigs y puisaicBt une graude yétiératian pour la France Uont ils dppréciaiéat la force et la richesse. Noas savions alors également ordonner des fêtes et conquétir des royaomes. Une seule espèce de pompe paraissait inconnoev^: celle des procès* sions, et il faut en convenir , personne ne la réclamait^ Les temps ont bten changé depuis.

Napoléon > que rpn s'est compta à nsûntrer comme le plus sombre^ le plus mélancolique des hommiea^ était, aU contraire^; rempli de grâces^ et montraU ni^e amabilité peu. commune au BÛliea de cette SotAe^ enchantée. Jamais A nefist espvit plus sUpérîbul: ; il en donnait la preuve en se pliant à des déMcattisses qu'an fond de sonoeeur il devait mépriser. Mais s'il était aiïable envers les étrangers > sed premières [nréveiiaiiGes étaient pour les Francis qu'il regardait oomixle liés à lui plus particulièrtoienll^ eonuue identifiés' avec sa gloire qu'il knf devait ^iLprétendait que ks autres oatibns. eussent popr la France la véné* ration qUe tielles de rasitiquieé avaient pour Rome; enfin il voidâit faire de niras nu peaple^roi*

Mais il portait en mènie temps an ti^rd sévèi'o sur Fintériewr de son pakis^i il feflb'it

dVn PÀI» 0S fAAUCE. !l30

que tout y fàt gfrave et mëaoré ; il n'était entouré que de gens pFobe^i et Ton ne ckeriait pas ud seul fripon parmi les grandfHoffioiers de sa maii^ son , tandis que Ton n'aurait pas de peine à eu trouver ^ quoique issus de familles très illustres , dans celle de certains princes. Il n'y avait chet lui ni gaspillage ni vol; tout s'y faisait aVée une régularité journalière , avec une économie sage et point parcimonieuse ^ qui n'enlevait rien à la magnificence du service et à la majesté dti trône. Ausâ ^ cette absence de toute dissipatioii laissait à la liste civile le moyen de foaruir aut ameublements^ aux décorations , aux embellissements des demeures impériales y à d'immenses achats de tableaux, à des objets d'arts, et à donner à une foule de militaires , d'artistes , de littérateurs ^ des pensions honorables par leur quotité , et qui n'avaient rien de mesquin.

Ce gr£^nd homme ne sera bien apprédé que lorsqu'on le comparera à ceux qui l'ont précédé et à ceux qui viendront après lui; il avait compris la véritable grandeur ; malheureui^ sèment le despotisme était dans sa téce , et c^est ce qui Ta perdu. Je ne conçois pas comment ceux qui , à Sainte-Hélène, ont été ses secrétaires , se sont amusés à lui feire tenir un autre

langage. Le sien assurément ne fat jamais libé» raL Je lui ai entendu dire , un soir que nous étions* à la Malmaison , en petit comité : trLa » faute unique de Louis XYI-fut dans son amour » de la légalité : tout est perdu dans un souve* » rain lorsqu'il soùf&e que son peuple raisonne » sur sa puissance. Une nation doit obéir et se » taire; c'est un enfant dont il feut faire le p bonheur sans qu'il s'en mêle lui-même.

» Grands^ magistrats , prêtres , tout doit être >) soumis au même niveau. C'est là le secret 1) de la tranquillité publique et de la stabilité » du trône. Une chose qui me . frappe encore , » c'est qu'on ne se révolte pas dans les Etats où » domine l'inquisition ; mais aussi quel fléaa » que ce tribunal aussi terrible pour le prince » que pour les sujets 1 l'inquisition de Venise ^ » toute politique , était bonne : notre police » devrait en tenir lieu; mais cela ne se peut, )) car on la méprise plus qu'on ne la craint ^ » et à Venise on respectait autant l'inquisition » d'État qu'elle était redoutable, d

Et voilà les idées libérales de Napoléon.

d'un pair de FRANCE. H^l

ItttmÊ^^mMkmmàmmmtÊ^MMUÊ^m

CàïAPITRE LXIV.

tiistoire de M. de L. . . L. . . et de mademôuelle Pa1myi« de

J'ai promis, dans le chapitre précédent 5 de raconter les causes de la liaison de M. de L. X. . . avec mademoiselle Palmyre de Lat....»., et je tiens parole. Il y a dans le récit que je vais iaire , quelque chose de romanesque qui ne déplaira pas à mes lectrices , et dont mes jeunes lecteurs s'amuseront peut-être. Voici l'afTaire dans tous ses détails; je laisse parler le héros lui^ même, la narration aura plus de chaleur dans sa bouche que dans la mienne.

« J'allais visiter , il y a quelque temps , me » dit-il , un compatriote de mon père , M. Vil- » lenave, logé rue des Fossés «-Saint- Victor,

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