‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france--Chapitre 28 sur 48 · TOMB III · texte numérisé non relu

TOMB III

'j42 mémoires

» toat auprès du Jardin des Plantes. Ce mon« » sieur, que vous ne connaissez peut-être pas , » s^est annoncé toute sa vie comme le cônti- » nuateur de l'Histoire de France de Fabbé de » Velly, à laquelle il n'a jamais ajouté une ligne, j} ce qui n'empêche pas ses amis de le désigner I) sous ce titre que personne ne lui conteste , » horsFantin des Odoards et peut-être M. Dus- » sau (M. Yillena ve a travaillé à un journal mi« » nistériel dont le nom m'échappe , et dans » lequel il alignait de belles phrases^ toutes » dans le sens de Leurs Excellences ; il est pos- » sible que depuis il soit devenu libéral, cela I) ne m'étonnerait pas).

» Un jour, que je venais de chez M. Villenave, » je fus surpris par une averse auprès de la place » Maubert; je cherchai de l'œil une voiture ; n'en » apercevant pas, je me réfugiai dans une allée » longue et étroite, et la parcourant à tâtons, » j'allai m'asseoir sur les derniers degrés d'un n escalier qui la terminait.

» J'y étais depuisà peine deux minutes, lor9- » que j'entendis à l'entrée de la maison, dû côté )) de la rue , un bruit provenant de personnes n qui se querellaient. Curieux de connaître le » motif de la dispute, je m'avance à pas de loup.

d'un pair DB FRAItCË. ^^3

H et^ protégé par l'obscurité du lieu^ d'autant » plus complëte que la nuit arrivait; je pus tout » entendre à mon aise. Une femme grondait » une jeune personne ; elle lui reprochait^ » avec de dai%s expressions sa répugnance à )> faire des agaceries aux passants^ -^ En voilà » deux, disait Fabominable créature^ qui nous » ont quittées parce que tu n'a pas voulu leur » répondre ; il faut que ta bégueulerie finisse > » ou malheur à toi.

» — Non /répondait l'infortunée, je ne me » résoudrai jamais à une pareille vie> je veux » être hontiéte. — Mais> sotte, qui te nourrira ? » ton travail et le mien ne peuvent nous suffire; » si tu ne changes pas , je t'abandonnerai , et » alors que deviendras-tu ?

M La querelle s'échaufia de plus en plus ; la » misérable femme proférait une fouie de ju- » rons grossiers , et elle finit par s'emporter » jusqu'à frapper sa compagne, qu'elle aban- N donnait, dit-elle, à son mauvais sort. Au bruit » des coups , je m'approchai pour arracher la >i pauvre victime, mais la vieille s'éloigna. Je )* voulus alors savoir ce que ferait la jeune » fille ?iinsi délaissée : elle était appuyée contre » la muraille de l'allée. — Mon Dieu ! mon

344 MéMOlRES

» Dieu ! se prit-elle à dire en sanglotaûl , que n vaiftrje devenir ?

>) Touchéau fond de l'ame de la douceur de sa ) » Yoiz> je me hasardai à lui parier. Ma présetice n lui causa de l'efiroi; elle voulait fuir ^ mais i> j'interceptai le passage : — r Mademoiaelle, lui » dis-je , je viens d'entendre votre oonversa-i^ » tien avec une abominaMe créature. J'admire » votre vertu , et je vous olfine moû secout*s. » — Âh 1 monsieur , me répondit-*e}le , en ^uoi » pourriez-vous m'obliger? -je suis ime pauvre » fille qui ne sais. où traîner son existence; » cependant je préfëre mourir que dem'abëin-i^ » donner au premier venu ! O mcm l>îeu!

» où me retirerai-*je ce soir? — Ne vttus ai-jér » pas offert de vous être utile? je sûià jjsuhe , je » jouis de quelque fortune; croyez à la parole » d'un homme d'honneur^ vous» ne vous repen»

» tirez pas de lui avoir accordé vdtre coufiéltice; » vous serez en sûreté chez moi. i

» Mon inconnue hésitait à répondre selon M mes désirs ; elle suspectait la sincérité de » mes paroles, je la conjurai dé m'écouter, je M pris à témoiti de la pureté de mes intention» ii tout ce qu'il y a de plus sacré dans lé ciel et » sur la terre; enfin elle consentit à me suivrer

d'un pair de ^FIlA^CE. 2^5

I» Ce ^i la d/Stermina, ce fat lacraiate de voir » revenir sa persécutrice. L'orage, avait cessé ^ « quelques gouttes d'eau tombaient encore ; » j'amenai la j^une fille toute tremblante jnsf- » qu'à h place Maubert. Là , je pris un fiacre » qui nous conduisit à iha demeure,

n Durant la route | je pressai Tinoonnue de » lue conter ^n histoire^ £Ue avait quinze ans^ ïi on l'appelait Palmyre, et elle ne se connaissait » pas d'autre nom. Elle savait que sa mère » était morte ayant qu'elle-même eût atteint n sa troîdiëme sUinée ; elle fut alors i*ecueillie D par. une fi^mme de. chambre de siss parents, i) qj^i eut ;pour jelle de bons procédés y mais n malheureusement cette femme mourut , et » jeUe resta sous la tutelle de sa belle-sœur, n qui > àpa?ëa l'avoir d'abord maltraitée , voulut » ensuite la prostituer.

>» Notre querelle , poursuivit la narratrice , » provenait de ce. que j'ai refusé d'écouter les N propos d'u9 homme , envers qui madame » Dupré m'engageait à de la complaisance.

» L'insolent s'est avancé, il a osé me pren-> » dre la main, j« l'ai menacé d'appeler du j> secours et }e me suis enfuie sur-le-çbamp ; 4 la Dupré a couru après moi, et. bientôt a

» eu lieu la dispute que vous avez entendue, n En achevant son récit ^ elle versait un torn rent de larmes. Nous arrivâmes enfin che^ » nioi^ rue et hôtel Bailly. Je conduisis dans » mon appartement mademoiselle Palmyre^ » dont jusque-là je n'avais pu juger les traits, » à cause de l'obscurité et de l'ampleur de » son chapeau. Ma rencontre avait été heu« I» reuse; Palmyre était réellement jolie, mais n ses traits portaient l'empreinte de la misère.

• n Je traitai la belle Pâlmyre avec un profond » respect ; elle n'avait pas été accoutumée à de » pareils égards, aussi s'en montra-t-elle re- » connaissante. Sa méfiance disparut, un aban- >) don complet y succéda , et je restai con- »: vaincu que l'avenir ne serait pas contraire » à des espérances que je concevais déjà, et que » je pourrais obtenir ce qu'une ame pure avait » refusé à la séduction , dépouillée des près- H tiges d'un sentii^nt délicat.

» Je proposai à la jeune fille quelques rafrain chissements; elle accepta, et malgré sia dou- » leur elle mangea avec l'appétit de. son âge. » Elle finit même par sourire, car à quinze » ans , si le malheur est vivement senti , sa M trace n'est jamais bien profonde. La soirée

d'un PAI11> de FRANCE. ^47

» «'avançait, il &llait souger au repos. Je » me hâtai de rassurer Palmyre , en lui disant » que je mettais à >6a disposition mon lit et ma » chambre, et que je me retirerais dans un ca« » binet voisin.

I) Je ne dormis guère pendant cette nuit. Le » démon , toujours aux aguets pour feire suc« » comber la faiblesse humaine me tenta plus » d'uae fois, mais je puis dire à ma louange » que je repoussai ses instigations, et que je i> fis à l'hospitalité le plus entier des sacrifices.

» Dès sept heures du matin j'allai frapper à

» la porte de ma chambre : Palmyre était levée ; » le soi^meil l'avait rafraîchie , elle était ravis- N santé ; je pris sa main , la baisai et elle ne la » retira pas. Je proposai à ma pupille d'aller » réclamer ses bardes chez la Dupré ; elle me » ..laissa libre de faire ce qui me plairait. Je sor* » tis aussitôt et , pour m'enhardir dans ma dé- » marche, je résolus de l'entreprendre, accom- >» pagné d'un de mes amis.

H La route que je suivais me conduisit direc*

» tement chez M. Laurent, jeune avocat plus

» âgé que moi , très instruit dans la connais-

* » sauce des a£bires, et par conséquent plus

)i raisonnable. Je montai i son appartement,

a48 MÉMOI&E8

») je lui contai Taventure : c'en fut aasez peur » l'enflammer ; il se disposa à me suivre, et nous ^ partim^g. J'eus lieu de me réjouir de m'étre D adjoint un aussi habile auxiliaire; nous arri- » vàmes chez la dame Dupré : Laurent prit la » psirole^ et comme il savait par cœur sonCode^ » comme tout son extérieur annonçait l'homme n de Ipi, il en profita pour épouvanter la vilaine » femme. Celle-ci^ peu accoutumée à des dis« » eussions de ce g^enre y ne put dissimuler son A efÏToi^ surtout lorsque Laurent lui eut dit » que la justice se saisirait de cette afiaire.

» la Dupré ^ craignant pour ^ liberté^ céda

» d'assez bonne grâce quelques vêtements dt

» peu de valeur^ et un portefeuille renfermant

» des papiers. L'expédition terminée y je revins

» en toute hâte rejoindre Palmyre qui^ avec une

» joie naïve, me témoigna le plaisir que lui fai««

i> sait mon retour. Je ne perdis pas de temps,

» je me mis à parcourir les titres contenus dans

» le portefeuille. Mon étonnement fut extrême

» lorsque j'y découvris que ma papille apparte-

» nait à l'illustre maison de Lat..., dont son

» père portait le nom. H en était issu par bâ-»

» tardise, mais d'une branche reconnue depuis

» plus de cent ans. Cette découverte changea

d'un PàUt 1^^ FAàNCE. 24d

w mes projets. M. Laurent , consnlté encore sur

Il ce ca8> iDe donùa le conseil de m'aâreœer à la

» femme du chef de cette maison ; je résolus de

» le faire^ afin d'aider Palmyre à reprendre son

» rang^ et peut^tre à recouvrer une portion de

n la fortune à laquelle elle avait droit de pré«

» tendre. Je me rendis à l'heure même chez la

» dame ^ ' parente de l'orphlëline; elle était à la

» campagne , où elle devait demeurer quinze

j9 jours encore. J'attendis son retour, ne ju*

» géant pas devoir traiter par lettre une affaire

)) dont j'appréciais toute l'importance.

» D'ailleurs je voyais avec peine venir le mo« » ment delà séparation, et comme Oreste, je » pouvais m'écrîer :

. . . Dëjà ma yertu commence à me peser.

» Cependant il ne me parut pas convenable de

» garder chez moi mademoiselle de Lat..., ainsi

» que je l'aurais feit, si eUe avait été une simple

» grisettea je cherchai une maison respectable,

» où je pusse la placer, j'en rencontrai unedans

» mon quartier : c'était une espëce de pension

» déjeunes personnes; j'y conduisis ma pupille,

N ine résenj^ant de la &ire sortir chaque fois

a50 SLÉMOIRES

» que cela me conviendrait. J'allais la voir w chaque jour, je la conduisais aux Musées, aux n promenades , aux théâtres ; tout était nouveau » pour elle; . une douce intimité s'établit io- » sensiblement entre nous; lorsque pour nous » reposer dç nos courses^ elle entrait dans ma

9 demeure^ elle y vepait sans crainte, et elle

» n'en sortait pas sans regret. Plus d'un mois

» s'était écoulé, et madanpie de Lat était

» toujours à la capipagne; Palmyre , simple^

)> franche, et tout aimante, me faisait oublier

>i les femmes à la mode , qui certainement ne

» la valaient pas.

» ËnSn madame de Lat... arriva de sa terre;

» je pus parvenir jusqu'à elle, je lui- contai

» l'histoire de l'orpheline, je remis en ses

» mains les papiers qui justifiaient ce que j'a-

» vançais ; la femme Dupré fut mandée , sa dé-

>i position fut d'accord avec la mienne, on

» poussa plus loin encore les informations. Ma-

» dame de Lat. . • , instruite d'ailleurs des secrets

» de sa famille , ne douta pas que le père de ma

» pupille ne fut le chevalier de Lat. • • , et sa mère,

» mademoiseUe d'Â. . Le chevalier avait émigré ,

)) il était rentré pour voir sa femme , qui devint

» enceinte à la suite de ce voyage j et comme

d'un pair de FRANCE. 35 1

1». ii quittait de nouveau la France, il fut reconnu » dans un bourg et on lé fusilla. La mère de » Palmyre ne survécut pas à ce cèup ter- » rible ; elle périt en donnant le jour à une fille^ » qu'elle ^laissa plongée dans une affireuse mi-> » .sère.

» Comme elle était alors brouillée avec toute )» sa famille , on ignora ce qu'elle était devenue^ u on ne soupçonna même pas qu'elle eût laissé » un enfant : je dois rendre à madame de Lat... }) toute la justice qui lui est due ^ loin de rc« M pousser cette pauvre fille en élevant des doutes N sur sa naissance y elle me crut avec facilité, » çtj ne demandant des preuves que dans le m seul intérêt de Palmyre , elle les admit dès » qu'elles lui parurent claires. J'appris alors » qu'il revenait quelque fortune à ina pupille ; )) il lui restait des bois qu'on obtint du gouver» » nement, et dont la valeur lui procura une » existence honorable. Sa parente la plaça d'à- » bord aux Datnes anglaises , pour la faire » élever convenablement^ et la prit ensuite » chez elle ^ où elle demeurera j usqu'à son ma-

n nage.

« — Avec vous, certainement, dis-^je à M. de » L... L..., quand il eut terminé son récita

a5*à ^ MÉMOiius$

» — Non I répiiqtta-'tr'il'^ mes parents et les n aieiM n'ont pas été d'accord^ et d'ailleurs. • ; . . » Il n'a€^eva pas. Je ne crus pas devoir Id en demander davantage, il est dèi choses quel'oD doit comprendre à demi-mot.

d'un Pain M PIUNCE. 353

mâÈi

CHÀPrTRE LXV.

Abdication du roi de Bollaade. — Sublimité de cet acte. — Mot de Napolik>ii à ce sujet. — Le cardinal Maury à Paris. — Sons quel jour il s'ymontte. — * Ma première rencontse atec loi. — NotreoonTersation. -^ Seconde oouTersation aiec le nême^ lors de w nomination à Tarcheirêché de Paris. — Mol de Maury sur l'opinion publique. — • Dîner chex David. — * Maui'y et Barid avaient la même maîtresse. -^ Mot de l'empereur touchant Maury, — ^ Moti£s que j'ai pour douter de <£ mot« — 9ropos de Pie VII à Canova.

Âla douleur que càuserentà Napoléon le»suici»» funestes du bal donné parTempérèur d'Autriche^ se joignit, dix jours apifts , le chagrin non moina Tif, inspiré par Vabdicàtion du roi de Hollàndel son frère. Celui-^i prétendait r^ner sans dé» pendre de personne, tandis que l'^npereur , ne voyait que de grands préfets dans les monarques^ de sa iamille: Les- intérété d^ la Hollande n'é«»

154 MÉKOIRU

taient pas ceux de la France ; il voulait tous les confondre^ et gouverner despotiquement dans Amsterdam comme à Pam« Louis s'y opposa :

la misère de son peuple le tourmentait ; et plu* tôt que de se rendre l'instrument de sa ruine ^ il préféra descendit du trône j jamais abdication ne fut plus grande^ plus noble, plus respectable; il n'y avait en elle rien de personnel, tout était dans le dessein de ne pas accabler le royaume, et la postérité placera Louis Bonaparte, pour cet acte héroïque, bien aur-dessus des rois vulgaires. L'âge préseftt n'a pas senti toute la valeur de cette action sublime ; nos neveux l'apprécieront mrieux.

Napoléon apprit cette nouvelle sans que rien l'y eût préparé ; elle le fit entrer dans une véri« table colère; il ne sut même point d'abord ce que son frère était devenu, il crut un instant qu'il serait passé en Angleterre, mais il n'en était rien; un tel éclat lui était d'autant plus désagréable , qu'il assumait sur sa tète tome la responsabilité des malheurs de la Hollande. Il dit en cette circonstance à Cambacérès : « Vous verrez qu'a- » près avoir comblé de biens toute ma famille, >i elle m'abandonnera . sans me savoir aucun » gré de ce que je fois pour elle. » Il ne se

d'un pair PB FllARCE. a55

trompait point > la lâcheté de Joseph Bonaparte amena la révolution du 3i mars i8i4,' Murât le trahit à INapIes , et la princesse Élisa ne lui fut pas plus fidèle en Toscane.

Les querelles entre le Pape et Napoléon , n'étaient pas non plus pour ce dernier unpoidsfKile àsupporter. Pie Vllse refusaità donner desbulles aux évéques nommés , et le siège archi-épiscopal de Paris demeurait vacant depuis la mort du cardinal de Belloy. Sur ces eiitrefaites , l'abbé Maury ^ homme qui aurait dû appartenir sincèrement à la maison royale des Bourbons^ et qui^ après être parvenu^ par l'influence de celle-ci^ au cardinalat ^ exerçait à Rome les fonctions d'ambassadeur secret de Louis XYIIf, s'avisa tout à coup ^ poussé par sa légèreté naturelle et son ambition démesurée , de se tourner du côté de l'empereur ; il demanda sa rentrée , qu'on lui accorda par une lettre qui fut imprimée^ et qui le déshonora complètement.

Il reparut à Paris/ précédé d'une renommée immense^ de tous les souvenirs de son éloquence^ de sa conduite à l'assemblée Constituante^ c'était de loin un véritable colo'sse^ mais vu deprés^ il se réduisait bientôt aux pi*oportions mesquines d'un pygmée. Jamais homme ne mit tant de soin et de

^5f> «léitoxMS

censtance à démolir pièce à piëce ta haute répit* tation; il n'yavait pasdeat mois i|u'ilétaitàPari$ que déjà ce n'était plus le héros ecclésiastique de l'ancien régime , on le prince de Tégli^e, mais bien un honune saoa tenue ^ sans conduite, sans mesure , ub chenapan clérical , insolent et bas ^ hargneux et flatteur, vain comme un pâon , et souple comme un roseau. On ne pouvait revenir de la surprise que faisait naître ce contraste, entre sa haute réputation passée , et le Maury de l'époque. L'empereur qui avait un tact particulier pour apprécier les hommes, l'eut bientôt jugé; cependant il commit à son égard une grande erreur , celle de croire que cet aventurier qu'il devinait si bien, imposerait aux autres^ et qu'il pourrait s'en servir utilement. H se trompa : Maury, comme je l'ai dit, fut déconsii* déré aussitôt, et lorsque Napoléon le nommd archevêque de Paris , il fit une grande faute.

J'étais chez Cambacérës, lorsque nous nous rei< vime^ pour la première fois depuis l'émigration é L'archi'-chancelier le recevait trës cavalièrement^ lui parlait à peine^ et ne le saluait souvent que de la main j lui, sans s'apercevoi r de ce manque d'é^ gards et conduit par son iiApudence accoutumée 4 s'approchait de la cheminée, causait de tout.a^ec

0*UiS PAIR DE FRANCE. 267

les hommes ^ et parlait galanterie avec les fem« mes; il avait conservé sur ce point le mauvais ton de l'ancien régime^ c'est-à-dire, qu'il croyait encore qu'un dbbé> un prêtre^ un prince de l'église , pouvait causer amour et polisson^^ nerie comme on faisait autrefois. Les mœurs cependallt avaient changé, et ]a gravité de la société obligeait les ecclésiastiques , à être euxmêmes graves et dignes. Il m'entendit nommer et vint à moi.

« Est-ce vous, mon cher? me dit^il; comme » vous avez grandi I •^— Je puis > avec plus de M raiscm , peut-être , vous feire le même com* « pliment, lui répliquai-je , en touchant sa » robe écarlate. — Oui , rougi , grandi , et » même grossi% — Il ne vous reste pl^is qu'à I) vous arrondir , et vous êtes en passe de le » £adre. »> Mon propos le mit presque de mau* vaise humeur ; il me paria de mon oncle dont il déplora la mort. « Qu'il serait heureut: mainte«» » nant,le bon vieillard, s'il vous voyait en si belle n position l — Je doute que cela fît son bon- » heur,il était, lui, trop fidèle. — ^Ahl l'imbécile. » Ce mot partit de sa bouche avec la rapidité de l'éclair; il en sentît rinconvenahce , et poursuivît. « Tenez, mon cher , pourcertain^ que voqs ToMfi nu vif

» et moi avons pris le meilleur parti , le seul » raisonnable : ce sont là-*bas des gens flambés ; 1) l'empereur commence une nouvelle dynastie^ \} les autres ne seraient plus à la hautem^ des » circonstances^ j'ai vu cela, je leur ai dit: » bonsoir ^ va te coucher ^ Basile , vtù sens la » fifevre ; et je suis venu, qu'en pensez-vous ? — }} J'aurais mauvaise grâce à vous dire que vous » avez mal fait, cependant le rôle que vous » jouiez à Rome. — Eh I bien , je Tai fini hon« » nêtement ; j'ai écrit au comte de Lille que je )) ne pouvais plus être son ministre , que j'a- » vais entendu mon ranz des saches , et qu'en » conséquence , je rentraisen France. La patrie n avant tout! Il m'a répondu co//^^i, coussi; }} j'ai pris ma volée, et me voici prêt à continuer » mon chemin ; jusqu'à présentée ne me plains j) pas des orniëres. Vous êtes un grand seigneur, >i savez-vous que votre dignité est très.consi- -M dérée en Europe : on vous regarde au-dessus » des pères conscrits de l'ancienne Rome; » maintenant pour mériter cet honneur , il ne » vous reste plus qu'à mourir sur la chaise cu- >) rûle 9 si l'occasion s'en présente. »

La conversation continua sur ce ton pendant quelque temps : le cardinal Maury m'amusait

))\tM pair de FRANCE. SiSq

]par sa boufBssure et son -dévergondageè Je le voyais souvent; il entra un matin chez moi. « Grande nouvelle^ me dit-il^ mettez^vous à >i genoux, et recevez ma bénédiction arcfai-épis* » copale. — A quel titre, s'il vous plaît. — ^ Voip » êtes mon diocésain ; l'empereur me nomme à » l'archevêché de Paris. — Tant pis pour vous : » dans la situation présente , comment accep» » teriez>-vous ce que le cardinal Fesch refiise ? — » Cest un peureux > il s'épouvante de tout:

» quant à moi , rien ne m'efiraiC) je sais ce que » peut le Pape, je connais les droits de l'épis- )) copat français, — Maisavez-voûs bien calculé A là force de l'opinion ? die ne va pas à cette » heure suivant la vcdonté du gouvernements » — L'opinion, me répliqua Maury , est une » catin qui.... avec tout le monde : ne me par* » lez pas d'elle; si jamais elle se perd, ne » la faites pas chercher bien Ipin^ mais parn coures^ les b... , et vous l'y trouverez sûre» )> ment. »

Je ri$ ^ ce propos énergique^ qui portajt si bien l'empreinte du personnage ^. je vis que Maury était décidé à devenir archevêque de Pa* ris ; pduvais^je m'y opposer? non sans doute; je le laissai donc s'embarquer 011 véritablf^ .fou sih*

jKk) mékoires

ttne mer dangereuse , ^ où il fit naufragô peu de jours après sa nomiDation; je dlnaU chee Darid^ Gatldva s'y trouvait^ aiû^ que Gail l'helléoisté, lé général d'Heriot^ les colonels lannin et Meuniers^ touë d^ux gendres du peintre , et tous deux , promus depuis au grade de général; on parla de Maury. m Le cuistrel »> dit David y nous avions la même maîtresse en » X789; il la payait mal^ ét.là battait ccnmme » plâtre; un jour je iaîUis le jetqr en bas de » Téscalier , parce que nous nous rencontidmes D chez elle face à ittce, -^ Cette sainte Emin nence ? dit Ganova ^ cette coloncie de l'église ? » per dio! if 00% éiissies été excomniaiiié de » droit. i> Jë'Ydiôèntai alors mbd histoire avec liii : je l'ai cotisignépdansle premiier volume de ces Méftioires.

Je Àuspar là que Datici fréquentait , Iqi aussi, cette maison ; on nous apprit ensuite qilë Temperéur^ en parknt de Maury^ avait dit : ci J'atais )) besoin d'un prêtre qui ne crût pas en Dieu y » et je Fai trouvé dans le tardiual Maury. » Je hé crus pas à ce propôi^ car l'empereur avait trop de meisùlre pour se l'être permis. Nid plus que lui ne savait se re^xèctèr dau^ les autres ;^et je demëûrtfi persuadé y q^e loiii de dlépti Mer le

d'uic pair ds frakce., V 261

nouvel archeTé({ue^ il le louait; mais on n'aimait pas Maury ^ et on cherchait à l'avilir en le iaisant insulter par Vempereur.

Canova nous conta à ce dîner ^ que le pape Pie YII y peu connaisseur dans les arts , parlait toujours de faire restaurer lès fresques du Vatican ; il en dit un jour quelque chose , à lui Ca-» nova, qui lui répondit: « Ehl Saint-Përe^ c'est » l'arche d'alliance des artistes y celui qui y toun obérait ferait puni dé mort. — Bah! bah ! réi^ » pliqua le Pape plus d'un coUone y ferait dessus » S(^s ordures y qui le lendranain «ncore , mange- » rait de bon appétit. » Cela nous prouva que ce souverain pontifç n'était pas connaisseur en

peititute.

sm

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