CHAPITRE LXVI
l4à distribution des aigles; tableau deDaTÎd. — La statue de Desaix« — Épigramme à ce sujet. — Le comte Portalia. — Soène au conseil d'État. — M. de Pommereuil. — L'abbé d'Astros. — Vîirc sortie de Napoléon à cet abbé'. -*• Suite de cette affaire. — Mot de l'empereur touchant les évéques* — GonTeisatioo de Féréque de Bois-le-Duc avec Napoléon. — Ce que dit ce prélat à ses confrères. — Conférence de Napoléon au sujet du pape, avec le cardinal Maury, l'arcbevéque de Matines et l'éTéque de Carcasr sonne. — Suite de cette conférence. — Le concile national. — lâ nourrice de la duchesse d'Angouléme. — Naissance du roi de Ro^iCi,
Le matin du jour où j^avais fait chez David le dioer dont il a été question dans le chapitre précédent , j'avais été admis à voir dans son atelier son tableau de la distribution des aigles , à chaque régiment , en remplacement des anciens drapeaux qui déplaisaient à Napoléon ;
d'un pair ])E FRANCE. 263
leur couleur lui était insupportable; elle lui rappelait des serments parjurés ; elle pouvait entretenir dans les esprits des pensées de liberté qu'il tâchait d'étouifer^ et^ pour y parvenir^ il imagina de donner à l'armée des enseignes à l'instar de celles de Rome. Cette cérémonie devint le sujet d'une admirable peinture , due au pinceau magique dç David. On ne la connaît plus gubre maintenant : voici ce qu'elle repré» sente.
L'empereur est sur un trône, au milieu du Cfaamp-de-Mars : il est entouré des rois ses frères et de toute sa famille ; derrière lui sont les étendarts auxquels îl a dû ses premières victoires ; les colonels de chaque arme portent les aigles qu'ils viennent de recevoir; les maréchaux sont debout sur les marches du trône ; l'enthousiasme est général, le serment unanime; dans le lointain , on aperçoit des drapeaux que Ton emporte , et sur lesquels est écrit le mot République; idée profonde, idée suUime et digne du plus grand peintre de l'époque. La composition de cette grande scène est admirable ; quel feu ! quel mouvement 1 Ici le duc de Montebelk) , le dévouement empreint sur la figure, s'élance au milieu des maréchaux; là
aG4 MÉMOIRB&
Beroadotte se retournant vem- la loge des am- Iiassadeurs semble porter à leurs maîtres le défi de jamais renverser Tempire qui s'élève. David., hélas I pouvait*il penser que cet empire> fondé si glorieusement , serait renversé par le persoimage même auquel il prétait un senti»
ment si héroïque ! Enfin , sur le haut du tableau , la victoire , superbe figure nue^ laisse tomber des récompenses honorifiques , parmi lesquelles on aperçoit des sceptres et des couronnes ; car alors Napoléon avait assez de puissance pour élever ses soldats a la dignité de roit
Peu de jours après on me communiqua un distique épigrammatique sur une énorme et horrible statue de Desaix , en cuivre rouge y dont on avait imaginé de décorer la place des Victoires. Ce grand général était représenté nu , l'épée à la main , ayant a ses pieds un: Canope égyptien , si maladroitement arrangé qu'il semblait une tête que Desaix venait de couper» Il s'appuyait contre un obélisque de granit d'une proportion si grêle , si mesquine et si petite, eu égard à la statue^ qu'on l'aurait pris pour une borne plutôt que pour un reste /les monuments gigantesques de l'Egypte ancienne. Le plus mau-
d'un pair bu FRANCE. a6fl
vais goût avait présidé à la compositioii de cçtte statue et de ses accessoires ; la nudité de Desaîx était dégoûtante; sa mine furieuse, le glaive qu'il tenait, le'Canope renversé entre ses jambes^ tout concourairà former un effroyable tableau. Le cri publie fut tellemeut upaniine qu'il fiatUut lui céder. On couvrit la statue sous prétexte de là réparer, et plus tard, à la restauration, je crois, ou là fit disparaître. C'était ce qu'il y avait de mieux h faire i au reste , voici le distique :
Le ^and Desaîx, modeste au cembk de la §;loire « Demande à haute toU qu'on cache sqq histoire,
Tandis que Napoléon protégeait les beaux arts^ et goûtait depuis son mariage les douceurs, d'une paix à laquelle il n'était pad accoutumé ^ sa querelle avec le pape s'enveniipait. Ce der**, nier, comme je l'^i dit ailleurs, lança contre, lui une bulle d'excommunication ^ qui fut apportée en France et fulminée secrètement a la porte de l'église de Notre-Dame > à Paris» Cett^ pièce bostile ne tarda pas à se répandre par t^s soins de plusieurs ecclésiastiques et notamment
delabbé d'Astros, grand-vicaire du siège archiépiscopal durant la vacance. Le comte PortaUs , cousin de ce prêtre imprudent, et directeur général de la librairie , apprenant la distribution de cette bulle y poussa la faute plus loin encore , il la lut en plusieurs lieux , la tenant cachée habituellement dans la forme de son chapeau. Il n'était pas possible qu'une étour» derie aussi forte demeurât secrète ; le duc de Rovigo y qui en fut informé promptement , en fit son rapport à Fempereur.
Napoléon , instruit d'un tel acte de félonie , entra dans une colère motivée pour cette fois 3 il la fit éclater le lendemain au conseil d'Etat, où il vint avec une contenance sombre, une figure courroucée 3 quelques mots qu'il laissa échapper, la brusquerie de ses mouvements et son air d'impatience annoncèrent qu'un orage était près d'éclater : tous les membres, s'inter» rogeant des yeux , cherchaient à deviner sur qui tomberait la foudre. Cependant l'empereur courut à son fauteuil avec plus de précipitation que de coutume; il s'assit, et promena sur rassemblée un regard qui ne rassura personne ; on eût dit qu'il cherchait à qui parler : nul dans ce moment ne se souciait d'entrer en conversation
d'un pair de FRANCE. 267
avec lui^ ni d'attirer son attention. Le comte Portalis arrivant, allait prendre sa place accoutumée lorsque l'empereur, dont le visage s'al» luma tout à coup, lui cria :
« Arrêtez, Portalis, restez où vous êtes. »
Puis il se tut , et ses regards scrutateurs sem«
blèrent descendre dans le cœur du malheureux
conseiller d'Etat pour y surprendre sa pensée.
Cependant l'eflroi s'empare du comte Portalis ;
ses genoux flageolant sous lui, selon l'expression
de Rousseau , il veut s^approcher d'une chaise
pour s'y appuyer, le monarque s'en aperçoit
et reprend avec une nouvelle véhémence :
« Restez debout, c'est à genoux que vous de-.
. » vriez être , c'est la seule posture qui vous
» convienne... Eh quoil l'on ose m'outrager,
» un ouvrage coupable s^imprime, vous le sa»
» vez et vous ne m'en avertissez pas, vous
» gardez un silence criminel sur des menées
» perfides ; est-ce pour cela que je vous ai
» donné la place que vous occupez? L'obéis-
» sauce qui m'est due cëde-t-^Ue dans votre
)) ame ides considérations prétendues feli»
» gieuscs : lequel est votre souverain du Pape
» ou dé moi ? »
« — Sire , balbutia le comte Porti^lis terrassé
a68 MÉMOIRES
y> par cette 'voû t<»inàate , je me rappelle mes
)) serments , je coDuais retendue de mes de«-
M yoirs. — Yos ferments ^ votisle$ afesà trabis;
») vos devoirs , vous les ave^ méconnos» Gom-
» me0t oses-vons garder le silence quat^d on
n m'avilit publiquement^ quand on prononce
» en ckaire le nom de votre empereur avec
» des qualiBcations infUmes? comment n^étes->
» vous pas saisi d'indignation contre une telle
N audace? comment n'éte»*vocis pas accouru
» provoquer ma juste vengeance contre le
>i téméraire qui a osé lancer cqBtre moi cette
». prétendue excommunication ? vous l'avez
n soutenue i vous ave» fait plus encore , vous
>i avez pris vous ** mime le soin de répan«
n dre cette insolente ^tribe ^ vous Favez lue
M dans plusieurs maisons.. ••• Je devrais vous
» traiter comme rd^ellé^ mais je Vous feis
>} grAce , gardez-TODS toutefois de jamais repa*
N raître devant nioi. n
Le Comte Portalîs eut a peine assez de force pour se retirer de la salle du conseil d'État : sa consternation , son effroi élaient si visibles , que l'empereur ; dont le coeur était excellent et qui publiait les torts de ses sujets des qu'il les leur fvait feit Ée^tiT , en eut pitié. tH Comte Porta-
d'un PAIK DK FlUNCE. , SGq
») lis, lili dit^il d'unis voix moitis irritée, je » suis (iftché de tout ceci pour la mémoire » de votre père. » Le reste de la séance ne resi* sembla aucunement aux autres, où régnait une femiliarité , une aisance parfeite, car l'empe-* reur traitait presque d'égal à égal avec les c6n« seiilers d'Etat, écoutant leurs objections, sup^ portant qu'on le contredit et même se laissant interrompre dans la chaleur de la di$cussion. Ce jour-là , tout se passa datis un profond silence : chacun croyait encore entendre retentir à son oreille les terribles paroles adressées au malheureux directeur de la librairie ; ce demiei^ éprouva une disgrâce complète, il perdit sed places, ses dignités et fut exilé à quarante lieues de Paris. Le baron de Pommereuil fut mis à sa place , et jamais la librairie n'eut à plier souii une plus rude tyrannie.
M. de Pommereuil necroyaitpas en Dieu, maii il était le plus servile des membres dit gouvernement; jamais il ne trouvait la presse assesi esclave, assez garrottée; il la musela de toutes manièi^es , l'écrasa sous sa main de fer ; on au«» rait dit qiie les lumières lui étaient en horreur f cependant il aimgit h» letttiss , il était mèmMr
^yO MEMOIRES
instruit; mais le despotisme lui commandait avant tout; il possédait toate Tintolérance de cette fausse philosophie que l'on prétend nous donner pour la véritable ; il poussa jusqu'au délire la folie des entraves qu'il imposait aux auteurs* Ou lui doit la loi absurde qui interdisait à tout écrivain qui avait traité une ma« tière concernant un ministère quelconque^ de faire imprimer son ouvrage s'il n'en avait pas à l'avance soumis le manuscrit au ministre compétent, et ainsi du reste. On juge de l'ef^ froyable tyrannie à laquelle menaient de pareils décrets, et pourtant cet homme, à mon grand étonnement, j'ai vu le louer dans les journaux libéraux. AL de Pommereuil pouvait être bon ami , bon père , et posséder toutes les vertus domestiques; mais sa mémoire ne peut être vénérée par les partisans de la liberté de la presse, . .
La tempête excitée, par la bulle du Saint-'Përe, ne s'appaisa pas après la disgrâce du comte Por^ talis , et la foudre ne tarda guère à tomber sur une autre tète. L'abbé d'Âstros était Tun des membres du clergé de Paris le plus çn opposition avec le cardinal Maury, qu'il contrariait de
toutes luanièfes. L'empereur^ sorti d'une résistance qui rejaillissait sur lui , puisqu'elle était opposée a ses volontés , av^it feit inviter plusieurs fois cet ecclésiastique à rentrer dans les bornes d'une conduite plus mesurée^ et de re«
tenir surtout l'impétuosité de son zële. L'abbé d'Âstros ne tint aucun compte de cet avertissement; plus que tout autre il prit part à l'affaire de la bulle ; on parvint à savoir que c'était lui qui l'avait reçue, et le duc de Rovigoà ce su^ jet, donne dans ses Mémoires des détails très circonstanciés sur la manière dont la police
surprit le secret de cet abbé.
M. d'Âstros aurait dû se tenir tranquille^ et surtout éviter de paraître «devant l'empereur ; c'est ce qu'il ne fit pas. Il vint le jour des rois, à la tête de son clergé, présenter au souverain les hommages de la nouvelle année (iQii); l'empereur ne l'eut pas sitôt aperçu ,qu'il marcha droit â lui. ; alors le grand-vicaire débita sa harangue dans laquelle il ne manqua pas de parler de son dévouement et même de son amour ( j'entendis le mot , j'étais présent. )
« Voilà qui est bien dit répliqua l'empereun^
i7^ MÉMÔIllES
Il mais il serait ihietix encore de vous distinguer
» par votre obéissance aox lois de Fempirc et par
» votre respect pour ma personne. N'est-ce
1» pas vous, qui^ par une résistance coupable,
n Vouliez allumer dans mes Etats le feu de
n la discorde? je ne veux pas de révolte , de
» fanatisme, de martyrs, entendez-vous? On
tt dirait, à croire vos pareils^ <I^6 j^ ^^ suis
» pâschrétiea; je suis poutant franc catholique,
» je le suis comme l'étaient Bossuet et Fénelon;
») ihais je n'appartiens pas à l'infiâme religion
H de Grégoire VII , dont on voudrait professer
>) les maximes; je soutiendrai ma couronne
» contre de téméraires entreprises et je désire
» qu'on n'oublie pas que je porte toujours
M mon épée pour la défendre. »
En même temps sa main frappa le glaive sas^^ pendu à son côté ; ce bruit nous saisit et nous fit tous fî^mir au milieu du silence universel qui régnait dans la salle* L'abbé d'Astros, confondu par cette attaque directe, voulut balbutier des excuses , il ne put jamais parvenir à s'exprimer, il fallut que les autres membres du chapitre l'entraînassent hors de la présence de Napoléon. L'abbé d'Âstros fut arrêté le même jour et détenu
d'un pair <DE FRANCIS. t^i
j usques à l'arrivée de Louis XYIII, qui lè nomma à révêché de.Bayonne. Au demeurant^ il n'y avait riea en M. d'Âstros dé ce qui fait sortir un bomme de la foule; il n'a dû sa célébrité qu'à la circonstance. C'était un bon ecclésiastique et pas autre chose; au^si le parti qui l'appuyait n'a-» t-il pu jamais rien faire de lui. En général^ il est à remarquer, que parmi les adversaires de l'empereur, un seul excepté, il ne s'est rencontré aucun personnao^e de grand mérite.
Pendant ces querelles religieuses, l'empereur, au retour de la n^esse, rencontra un dimanche matin, im groupe de prélats qui, dans la salle du trône, causaient des affaires du moment, il alla à eux, et leur adressant la parole : « Mes- » sieurs, leur dit -il, on vous appelait avec j) raison autrefois les princes de l'église , mais » depuis que vous obéissez avec tant de servi « » lité i l'évèque de Roiiiè, vous n'en êtes que » lés bedeaux. » Apres ce propos débité avec rapidité selon son usage, il jeta les yeux plus attentivement sur le cercle et y remarqua l'abbé Van Camp, prêtre hollandais qu'il avait nommé nouvellement évêque de Bois-le-Duc ; il est à noter que depuis la réforme , le titre épiscopal de cette ville avait été éteint, et que Tempereur Tome m. i8
Favait rétabli de sa pleiûe puissance , sahs en avoif conféré avec ie pape-, qui, dépité de ce mépris de ses droits^ avait refusé l'institu» tîon cànonîqtte à l'aUSé Yaa Camp, persdn« nage d'ailleurs tr^s respectable par ses lumières et ses vertusl L'empereur lui fit signe de s'ap# Jirocher.
« Vous êtes Tévêque de Bois-le-Duc, lui dît-i
» iL — i- Oui, Sire. — Comment va votre dio-
» cëse? — Je dirai à Votafe Majesté que je n'en
)^ sais rien, -r— Pourquoi cela ? — Parce que je
A n'y mets pas les pieds et que }e ne me lâéle
}) aucunement de ce qui s'y passe. — Vous avez
i> tort; votre chapitre a dû .certainement vous
ïi nommer vicaire capitulaire. — Non ,' Sire.
>> — ^Et par quelle raison s'y ^st-il refusé ? — Par
H une très bonne , c'est qu'il n'y a ptfs de cha^
)» pitre*'—- Ah î j'entendb; mais il y a. des curés,
» un clergé.: ~ Gui , Sire. -^ Eh \Aen , ils ri'ont
i> qu'à vous donner des pouvoirs. — La chose
n e$ft . impossible , ils ne peuvent accorder ce
À qu'ils ne possèdent pas. Les canons d'ailleuta
^ des saints conciles s'y opposent positivement.
» *— Et qui donc gouverne le diocèse? — liu
» vicaire apostolique. -^Je n'en veux pas^en*
» tandex*voa^, £siites*vous obéir de vos subor**
D*tJN PAIR DE FRAWCE. ^^5
» donnés > je ne* toux ppint dans mes ÈfMâ » d'autorité étcàngëre. ».
ti'emperéar termikia li ce coUoqne^ et alla (}liis loin cherdker .querelle à l'ambassâfdenr de Napl^^ car.pendant taont ce jour il ne cessa de se montrer de. mauvais bùmeur. M. Vbïï Ganip ^ après la sortie de Napojléon , s'adi^essant à- séi^ oonfrëres^ leur aVoda t[ue dans son préteàdtt diocèse^ il n'y avait pas un seul ecclésiastique ^di le reconnut pour son évé<pie» « Je n'étais obéi ^ » ajonta-rt4-il^ que de mon sieftil secrétaire. £h n bien, avant hier ^ il m'a' donné sa démi^tod M éaotivée sur mie syndérëse. n ^
- L'évéque deC!arcassomie> M. deLapoi'te, de qui je tiens cetteanécdote , me raconta en nnème •temps que l'empereur ne . pouvant sup^ponèi* la résistance dû pape^ imagina dd rassembleii les évèqàes de France et d'Italie en nn ck^n^ilenai* «iov^al dont il se promettait les plus heureux ré* saltaiss : il^en parla au comte Bigot de Préâfmeneuf^ «sinistre des cultes qui, pour éviter une respOn* sabiHfté'dont il redputait les siiiîes^ l'engagea i consoher' quelques écel^iastiques^lui désignant en mètnetemps l'archevôquede Bordeauly les évêques deNa«tes^'deIle|inei^,de'f royes ell'abbé Frayssinous. Ce choix ne convia t pas à l'empereur
qui; Voulaît d'au tros personnage à cette confêk rence, où ii fit appeler le cardinal Màury, Fàr-i chévèque de Maliiies et Tévéque deCarcaSsonne. . Ces troi» prélats> introduits dans le cabinet de Napoléon, furei^t salués par lui avec afïabilité. II leur parla d'abord de choses indifférentes , puis entrant eu matière u Je vous ai mandés^ leur » djn-Aly pour vous entretenir de Tétat présent )i de l'église de France, je voudrais mettre un » terme à mes différents avec le Pape, et je ne n puis dissimuler q[ue nos relations réciproques )> sont loin d'être amicales : le nombre des évè- » ques diminue chaque jour ; plusieurs diocèses ». sont privés de secours spirituels, et le Saintn Père s'obstine à ne point donner son approba- ». tion aux choix que je fais pouir remplir lés » sièges vacants. Pourquoi cherche- t--il à ine » combattre avec des armes qui n'ont rien de » temporel ? Si je me suis emparé des états qu'il » possédait comme prince séculier, je ne me » suis nullement séparé de la communion if des fidèles. La querelle qbe nous vidons sur » la terre ne lui donne pas le droit de me fer- » mçr les portes du ciel. Pourquoi m'a-»t-il ex* » communié? En ma qualité de monarque sacré i> par lui-rmème , ne suis -je pas l'oint du sei*
p'UN PAlA DE FRANCE. 277
n gneur ? Y a-tr-il quelqu'un dans le monde qui «> puisse jQç. condamner et me juger 9 J'ai jak ce » que j'ai cru devoir £aiire : sucôèsseor de Char«k 7> .lemagne, j'ai révoqué sa donation , et le Pap^ » en revanche a lancé ses foudres, sur moi; 'il a » poussé plus loin la résistance!, j'ai dû' alors » ni'emparer de sa p^sonne. Je sens cependant » qu'un tpl état de choses fi^ peut durera il faut » qqe oes querelles indécentes aient un termes }\ je veux pourvoir surtout auxhe^ns de L'épis^ii » çopat, et c'est à ce sujet que j'ai souhaité vous » consulter. Vos luiniëres, dont j'apprécie Téten* ^> due,.m.ç font espérer que Yous.n'ouklierez en » ce moment ni les égards dûs au chef visible ». de l'églisQ^ oi le respect inhérent^ la majesté impéri^le^; je ue y^ux paj^ briser, les. nœuds ». qui nous lient au Pape; il &ut trouver un » moyen mpins violent 9 plusiinalogneàlacirn constance, et qui, en satisfaisant le Souverain » Pontife ne me mette pas dans le cas de reculer, » ce quej^ ne ferai jamais. »
Après, qç discours prononcé d'une Voix calme^ mais sévëre , il s'arrêta et parut attendre qu'un des trois assistants prit la parole, mais nul d'entre eux n'était pressé d'entamer une matiëne pareille , tous reculaient devant 90jd importance.
4»nS . • MÉliOliUBS • -
jCepwdaat le 4»irdîiiâl llaiipry se toarnant vers Ji'Évéqoé dé Garcassoiine : u Vous avez ^ Monsei* »:^euir^ étudié long^témps les lois de.Fég^ise ^ gallicane^ votre avis ^n sera d autant plus )i iprécieax à Sa. Majestés»
. L'È?éqae qm avaitpèu d'éloquence maisbeau* coup d'esprit y Idi répliqua : te i^ieu me garde , D Môoseignetnr^ depiarleravattt vôt^eEminence^ .«> réussi ne ieiferai«je qnesi Sa Majesté me le » commandé positivement. Qui mieux que Vou^ I» d'ailleurs peut résoudrenme qiiestiôn pareille^ »( vous qui avez agité si skMivent à la tribune >) des questions d'état avec t^ntd- énergie 'et de
»> Vrai talent, j»
'\ ' A ces mots \vm léger sourire parut sur les levures de rarchévéque de Matines , etl-empereur se tournant à^demi , dit au ôa^dinal : t< Allons^ » mohsi^ir de Pari^^^à vous la balle ^ puis« M qu'on>vQius la renvoieiM- , Maary voyant l'impossibilité de reculer parut réfléchir un moment > puis il proposa à Nâpo» léoii caobne mei&Zia termine , d'ofïrir au Pape^ à titre de souveraineté^ le département de YaudusC) en lui promettant de lui tendre pluâ tard te Etats Romains sdit à ta pail générale^ soit Ifnrsque Taveoitr aurait prouvé la sincérité de la
OUN PàJUi DB FRANCE. OfjQ
réeoQçilUiîoii. L'empereur à cet avis fronça le sourcil : « Voilà , diuil , une belle màniëre de » dénouer cette difficulté^ y songea«-T0U6 mon«* I» sieur le cardinal ^ un enfiint de sept ans au« » rait mieux répondu. Que ne m'engagiee ypus » à donner au Pape le royaume d'Italie. €ela » serait plus digne et certes il nie Iq refuserait n pas^ et vous monsieur de Malinesque pens^2>* )) vous de tout ceci.
.' i)—r Votre Majesté^ répondit le spirituel prélat, ^ nous met.dana une position fiicheuse , nous ne f) pourrons, lui.donnerque des conseils inoer« t> tains tant que nous ne saurons pas ce qu!elk n est décidée à faire. . • • j m
- . a— AliLditl'emperQur) vouaessay ez de la^ di# A plomade avec.moi; j'aime qu'on me .répo;ade j) plus franchement; point de tâtonnenients> je >> vous préviens, que je lea* abhorre. £t vous .» monsieur de Carcassonne j|p)é. répondi^e^hvcus n ^ év^sivementausai ? — Non^Sire^ répliqi^M- de ïi Laporte, je .parlerai i Votre Majesté suivant M l'impulsion de mon coeur , je ne lui dissimu« N lerai pas que tout accord entre elle et le Saintr ». Père me paraît impossible ^ l'est réellement'; ')i vous ne vous entendes ni l'un ^i l'anitve «ur ^11 les premiers principes^ pensezr^vous mieuK
280 BiÉMOlRES . P^
Il VOUS accorder sur les causes secondes ? vous » ne voulez lui rien céder, il croit devoir vous M refuser tout d'après l'inspiration de sa cons- » cience. Or ^ dans upe position pareille , de » quel point partirez vous {>our vous rap- » procber.
» — Ne peut-on se passer de lui rétablir la » pragmatique sanction telle qu'elle était avant » François I«r? — Sire, répliqua le même prélat^ » elle fut abolie du consentement des deux par- » ties contractantes^ croyez-vous qu'une seule » ait maintenant le droit de lui donner une » nouvelle vie. — Je puis au moins assembler » le clergé en concile, me désobéira-t-il ? — M Mon Sire^ il'na le fera pas » ^ dit alors le cardinal Maury^ qui crut enfin devoir prendre la parole : u J'admire l'heureuse pensée de Votre \y Majesté ; convoquez un concile national y » faites ce qu'on a toujours fait dans les » temps difficiles. — Mais , répartit l'évèque de M Carcassonne , votre Eminence oublie que le rt premier acte des përes du concile sera de re- » connaître la suprématie du Pape dans la lettre » de communion qu'ils lui écriront d'abord y n car ils ne prétehdront point à la souveraineté D des conciles œcuméhiques : un concile parr
D*UN PAIR DE FRAKCE. a8l
» ticulier n'est pas Té^ise entière : nous pouf
» vons bien nous occuper de certains points de
» discipline^ mai.s là se borne lautorité
» de Téglise nationale; enfin, Sire, vous le
» dirai-je, il est possible qu'on vous demande,
» par la voie des pères assemblés , la liberté du
» Saint-Père.
» — ^ J'écraserais quicon(|ue aurait cette auip
» dace, s'écria l'empereur en feisant un geste
» terrible; au reste, poursuivit-il en se remetip
» tant, nul d'entre vous n'aura cette témérité^
» si le cas arrivait ce serait une rébellion mani<P
)> feste. Cependant je ne vois qu'un concile pour
» en finir; j'espère que les membres dont il sera
» composé sauront concilier ce qu'ils doivent au
» Pape et à^moî. Messieurs , vous pouvez vous
» retirer, i^
Les prélats obéissaient loosque l'empereur ap« pela et retint le cardinal Maury qui , fier de cet honneur, salua ses confrères en se rengorgeant, et les laissa s'éloigner.
En descendant le grand escalier des Tuileries, l'archevêque de Malines dit à l'évéque de Çar» cassonne : u Monseigneur, vous avez parlé avec » beaucoup de chaleur. — Mon cher confrère , n répartit M. de Laporte , il vaut mieux faire le
&8a MÉMOIRES
» saiot Ainbroise dans up salon cpie l'imiter jpluç » tard d|iii8 Notre^Dan^s; le danger est moins » imminent et la vérité s'y fisiit entendre tout » aassi bien. »
: Le lendemain le n^ éme évèque alla vpir le mi« nistre des cultes^ qui lui demanda ee qu'il penp sait du prcrchain concile* « Je pense qu'il n'aura n pas lieu. -^On hf oonvqqaera pQUftant.-«-£t » 00 le dissoudra bien t6tf-!Tr Y vîendrezr-vous? » — Oui. — La paix dont vous jouissez dans a votre diocëse vous est pourtant bien chève. — « Mon <levoir m'appellera au concile y et j'y psH » raitrai. — > En ce cas je n^ai rien à veus dire , » vous êtes prudent. »
Ainsi se termina cette > conversation , dont ('évèque de Caroassonné fit son profit. Ce qu'il avait prévu arriva . Le concile fut convoqué^ mais XH>mme des sa preimëre session il jura obéissance au Pape^ on le dispensa d'en tenir une seconde; les prévisions de M. dé Laporte se confirmècent, au grand désappointement de ceux qui avaient compté sur une servilité unanime.
Âpres avoir anticipé quelque pen ^r l'ordre des temps , afin d'écrire de suite tout ce que je savais sur les affeires de l-église ^ je reviens sur mes pas. L'Empereur passa le reste dé la première
d'un pair W FRANCE. ^83
année de son mariage d«Q«les epchanteaients de l'espérance; ^^ feimme était gM$se , il se flattak d'avoir un fils. Voulant lui donner une dig^oe gouvern^nlie^ U choisît dans sa cour une dame dont le r^re mf&rite^ et les vertus plus éminentes eijucarp^ CQqniipandaiént Eestime et le respect; il eut en çed ia main, heureuse. Madame de Mon* tesquiou eut ce poste important. On lui recoinmanda de s'eutotirer de personnes à sa hauteur ; les rencontrer n'étbit pa& &cile«.
L'Empereur^ dont la mémoire était prodi* gieuse,.. se souvint qu'étant premier oonsnl, il avait fa^it rendre à la nourrice de la duchesse d'Ângouléme^ une pension de quatre mille francs que le.Diredoire lui vivait supprimée. Il iisnagina qu!il ^nÂt bon de £uffe .venir cette femme à la €0ur:9 pour être {^emièce berceuse de l'en&nt à naîtra i, ,persuiiidé qu'elle, s^ rappellerait l'étiq»ette du. /châteftu^de VersaiUe»^ et par conséquent pourrait en fioaàer des leçons au château 4es Tuileries. On se hâta d'annoncer à cette femme le désir de INapoléon .;' elle rolusa Thonneur qu'il voulait lui &ire.
(I Je nevpuisy dit'^elle^.oocuper un poste dans » lequel je me trouverais en un dang^ perpét» » tuel.' Le lait que j'ai donné à une auguste et
284 MÉMOiKES
I) malheureuse princesse, m'attache à elle à la » vie et à la mort; si par fetalité il surre» » nait un accident quelconque à l'enfant de » rËmpereuF, ne serait-on pas en droit desus«- » pecter ma fidélité; je demeurerais exposée » aux soupçons, aux méfiances presque lé— » gitimes , et on ne tarderait pas à me ren^ » voyer. »
Ces motifs de refus, rapportés à Napoléon , le frappèrent par leur justesse. Il avoua qu'on avait eu tort de faire une offre pareille à cette dame ; il augpmenta sa pension de 4eux miUe fïancs, et se contenta de l'attacher au service particulier de sa majesté l'impératrice ef reine.
Le %Q mars i8i i au matin, tout Paris instruit dès la veille que Marie-Louise était en travail d'enlant, attendait avec une vive anxiété le résultat de ses souffrances; une foule innombrable remplissait le jardin des Tuileries , la placé du Carrousel, les ponts et les quais enviroqnants;' on savait que vingt-un coups de canon annonce» raient la naissance d'une fille, et que cent seraient tirés pour un prince impérial. Dès que le premiers^ fit entendre, un silence profond régna parmi toute cette multitude; chacun comptait les isopps à voix basse, mais au vingt^euxiëme, un
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lenthousiasme universel saisit la capitale; on Voyait dans cet enfant le gage du salut et du repos de toute la France. C'est la paix qu'il^ nous apporte ! criait-on de toutes parts. Quelques gobes-mouches firent courir à cette époque la fable ridicule que rimpératrice était accouchée d'un enfent mort, et qu'on avait substitué à la place un bâtard de l'empereur, né de madame P.... J'ai entendu des imbécilles raconter ce mensonge et le broder; ils en avaient, disaient^ ils, là certitude complète; les événements n'ont pas tardé a leur prouver le contraire. Certes , si ce roi de Rome n'appartenait point à Marie^ Louise , on ne nous en ferait pas aujourd'hui un mystère. Il y « un trop grand intérêt à désabuser le peuple français sur ce point; Napoléon, d'ailleurs, n'aurait pas souffert cette supercherie*
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