‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france--Chapitre 32 sur 48 · U92 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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maniée dont il frapperait le coap d'Etat. Cam** bacérès conjura Tempereur de bien réfléchir à ce qu'il allait faire. « Le peuple est calme, dit*- >) il, n'allez pas Vagi ter; le moment n'est point » favorable aux mesures violentes* Songiez, » Sire, ajouta-t-il^ qu'on répandra le bruit » que votre colère n'éclate que parce qu'on vous » demande la paix. On aigrira les esprits y et » vous avez besoin de vons les concilier. L'en** » nemi est à nos frontières; déjà, peut-être, » les a-t-il dépassées. »

Regnauld et Treilhard s'exprimèrent dans le même sens. Leduc deRovigo, consulté plus tard, proposa , à ce qu'on m'a dit, l'arrestation et la mise en jugement des membres de la commission. Napoléon, cependant, voyant que les meilleures têtes ne le secondaient point dans ses désirs secrets, craignit de prendre sur lui une responsabilité trop grande, mais il ne put contenir entièrepient sa mauvaise humeur: le 28 décembre, il se décida à dissoudre le corpslégislatif, et à faire par une simple ordonnance , la levée de TiiHpôt sur le ménie pied que l'année précédente. Ce jour-là le sénat, par message particulier , tâcha de Famener à la . paix. Les plus sages représentations furent inu-

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tiles. <c Je ne traiterai^ diiT^il à notre président, M qu'après la dissolution entière de la ligue ibr« » mée contre moi ; elle eroit marcher à la vieil toire, je l'écrasers^î dèsqu'ellie aura pénétré a en France^ et alors j'arrangerai les choses de » manière à ne plus . trouver d'obstacles, n

Au milieu de la grande catastrophe politique qui se développait rapidement ^ on intriguait parmi nous pour ajouter de nouveaux embarras à ceux qui assiégeaient déjà le souverain. Des dépêches interceptées dans les premiers jours de janvier^ instruisirent Napoléon que le prince de Talleyrand continuait le cours des menées auxquelles il se livrait depuis longtemps. Bien que les dépêches ne aonnassent pas la preuve complète de sa culpabilité, il y en avait étendant assez pour motiver la colère de l'empereur. Ces papiers lui dirent remis dans^ la soirée, il y rêva toute la nuit, et le lendemain matin, le coupable présumé parut au lever impérial.

Dés que Napoléon levit^il l'appela par un signe dans l'embrasure d'une fenêtre, et là sans autre préambule : a Comment osez-vous , lui dit-*il , n vous présenter devant moi ? Venez-vous de, » signer quelque traité , quelque pacte secret

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» dont ma personne doive être le prix? Je vous » connais ; je sais de quoi vous êtes capable. » Vous êtes un misérable qui avez trahi tous » les gouvernements ^ et qui trahirez encore » ceux à qui vous £aiites mine de vous attacher » maintenant; mais je ne vous laisserai pas le » loisir de les servir à mes dépens ; je vous ferai I) punir comme vous le méritez. »

Le prince, à cette brusque attaque, jugea l'imminence du péril qui l'environnait , mais sans se déconcerter , il protesta de son dévouement, de son innocence, et demanda à connaître ses accusateurs , qu'il était certain de confondre.

(( Vos accusateurs , ce sont vos lettres. Vous u avez eu l'art, j'en conviens, de n'y insérer • vos secrets qu'à demi, vous vous êtes enve- » loppé d'un voile épais , mais j'ai su le déchi- » rer. Je vpus avertis que vous ne me trompe- » rez plus dorénavant. »

Après ces paroles , Napoléon lui tourna le dos, et le prince se retira très effrayé. L'archichancelier se disposait pareillement à sortir , lorsqu'on le rappela de la part de l'empereur, qui, cette fois, n'avait avec lui que le duc de Rovigo.

w Prince, dit Napoléon, vous venez de m'en»

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3» tendre reprocher à Talléyrand ses dernières » perfidies. Mon intention n'est point de m'en M tenir à de vaines menaces^ je vais donner » sur-le-champ l'ordre de l'arrêter.

» — Sire , répliqua l'archi-chancelier^ Votre >» Majesté ne doute pas de mon dévouement i sa » personne, et comme, plus que tout autre, je I» suis honoré de sa confiance > je ne dois pas » balancera lui dire ma pensée sur la mesure » qu'elle va prendre. Si vous avez entre vos » mains des preuves matélrielles si vous croyez » que , pour l'exemple , il soit nécessaire de » punir ^ vous ne devez pas hésiter à le £aire , et »> le sénat jugera selon la rigueur des lois^ }) car il fiaut que le crime s'expie ; mais si vous »> n'avez à reprocher que les griefs articulés ce » matin devant moi, je ne vois pas matière à M un jugement prompt et conforme à vos vues ; » il est d'ailleurs de mon devoir de vous faire )) observer combien, dans ce moment, serait » délicate l'arrestation que vous projetez. Peut-. » être vous reprochera-t-on , Sire, la dissolu» » tion violente du corps-législatif et le décret » par lequel vous-même avez fixé l'impôt.

)> Le malheur poui^suit vos armes, la France est u envahie; c'est dans i^es circonstances qu'il

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» convient de sacrifier i de véritaUes intérêts » quelques 'ressentiments passagers* Telle est , » du moins > mon opinion; je désire que vous N la partagi» et que le duc de^ovigo vous amène à penser cotame moi. »

Le ministre de la police parla dans le jnéme sens y il engagea l'empereur à modérer sa colère légitime^ et à n'éclater qu'après avoir obtenu une masse de preuves telles qu'il fut^ justifié d'avance aux yeux de la nation.

— yons pensez donc ainsi \bas les deux , dit Napoléon , je veux bien me rebdre à votre avis, mais rappelez-vous que l'homme que vous soutenez est capable de perdre la Ruace , et qu'alors, il n'aura pas à votre égard la magnanimité que vous montrez envers lui.

Le prince vice-grand-électeur de l'empire instruit tle l'empressement que Cambacérès et Savary avaient mis à le défendre, leur en témoi* gna sa reconnaissance. Ces démonstrations ne lui coûtaient rien , il lui était encore très important de ménager Napoléon. Il obtint, à la sollicitation de l'archi - chancelier dont je tiens tous les détails de cette afiaire , une audience dans laquelle il essaya de protester de sa fidélité et 'de se justifier de ses manœuvtj^s ;

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l'empereur feignit de croire et pardonna. Je ne le blâme pas de sa clémence y mais il eut tort de ne pas éloigner de Paris un personnage dont la présence dans cette ville fut la cause unique y trois mois plus tard y de la chute du

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