CHAPITRE LXIX
M. de Croser. — M. BrÎTazac. — M. Bourdon de Vatry. — Je quitte Gènes. — Sestri di Levante. — lia Jolie faôteUière de fiorghetto. -^ Le passage de la Ma(^. --< Auberge de Sanann^. — La Aoiblante. — Fise. — Ses monuments. — Le comte de Goyon. — >
— La comtesse de Goyon» — Élisa Bonaparte. — FëKx BaccîochL -*- mon entierue arec la princesie. -^ État de Htali^. — M o»yements en Piémont et à Grênes. — Ef&oi des Français. — £lisa peu aimée- — Bruits répandus en Toscane. — Établissement de la garde nationale. — ^ Le baron Lagarde directeur général de la poUce à Florence, — ^M. de Lapparent. — < Madame deLapparent.
— Les Autrichiens à Rimini. — Les Napolitains prêts à trahir.
— Dâiarquement des Anglais à Viarregto. -— Firise de Luoquea. •^^ Moore des Français. — Lç commandant de Pise.
Je m'étais logé à la Groix*de-Malthe^ près la place de Banco , et non loia du port. De mes fenêtres je pouvais voir la mer. Après m'être reposé pendant une journée , j'allai voir le
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sous-préfet , M. de Croses , jeune auditeur de la plus belle espérance y et qui ^ depuis y a tenu ce qu'il promettait j il savait être à la fois grand travailleur et fort galant auprès des femmes; les affaires ne perdaient rien du temps qu'il donnait à ses plaisirs. Il avait à cette époque un désir' vif et naturel de faire son chemin, et il ne peut s'en prendre qu'aux événements politiques s'il n'a pas été aussi loin que son mérite pouvait le porter ; il est maintenant sous-préfet à. Corbeil, où il se montre ce qu'il était à Gênes : bon administrateur. Tout me fait espérer que le gouvçwement i^eodra JQStioe à sonzële^ à son aptitude à bien faire, et quMl le mettra sur un théâtre plu^ en rapport aivec ses talents.
M. de Croses me conduisit chez M. Bourdon y préfet- clu département ^ qu'il faut bien se garder de confondre avec Fencécrable Bouïdon de l'Oise. Celui dont je parle était un fonctionnaire très distingué, un peu sombre par caractère, un peu mélancolique et taciturne, mais très capable , et cherchaat â ' concili^v à la France le cttnr de ses adminiitrés. Je le vis avec plaisir, et les conversaF» dons que nous eûmes ensemble me doanèrent une liaute opiaiondeson esprit; il était ferme, pru-
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deot^et plein d'intentions excellentes. Il me remit plusieurs lettres que le gouvernement me disait adresser che£ lui; je trouvai dans une l'ordre formel de me rendre à Florence, toute affaire cessante , et de passer i Napl^ en briÊilant Turin et Milan , quç je ne devais visiter qu'au retour.
Cet ordre changea toutes mes dispositions :
je rae préparai à obéir; je sentais d'ailleurs la néoessité de le fiiire. Demi routes is'ofFraient à moi ; celle de laf corniche > accessible seulement aux piétons et aux mulets; oélle dé la mer, plus commodç , mais cpi'un vent contraire interdis sait comme à livourne^ Dans cette circon* staûce y je me décidai à iaisser à Gênes M. H. et mon valetH(Je«*chambre , qui , aVec la voiture , devaient s'embarquer poar Livourne ; et , seul avec un guide, je partis le 5 décembre, l'es^ prit fatigué et rempli de sinistres pensées. Je couchai le premier jour à Sestn di Lei^ante^ après avoir dépassé la jolie vilte de Chiavatri , ^tuée au bord de la mer, dans nlie pleine char* marne, ^ ji'aloès et l'orange croissent en pleine tei!re« Aux approches de Sestri je fus sur le point d'user de violence envers mon pAAe , qnî ntarii» fesia à mon égard des intentions hostiles. Ma contenance ferme et la vue de mes pistolelè qui
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dans tout ce voyage , me furedt d'un grand secours y le continrent dans ]es bornes qu'il essayait de dépasser. Nous; nous quittâmes le soir même pour ne plus nous revoir.
J'avais parcouru , pour venir à Sestri di Lem vante , des sentiers affreux où les diëvres seules peuvent cheminer en sûreté* Le lendemain , la route m fut guk*e plus bdle* Je dinai à Bor« ghetto^ où je fusaceueifli à merveille par une hôtesse aussi pétulante, ausû jolie qu'dle était curieuse. . Je la vois encore avec son corset de velours ponceau , sa jupe bleue , garnie de deux larges dentelles d'argent. Elle portait daiis ses cheveux, relevés avec art, une rose artificielle, attachée par une longue épingle d'argent , du bout de laquelle pendait une grosse boule de même métal ; sa peau était brune , son teint fortement coloré, son visage ovale, ses ti^aits régulier^ , ses dents d'une blancheur éblouissante , et ses yeux grands , brillants > noirs comtne sq chevelure, lançaient des feux ^uln'auraieBtp^bs été sans danger, pow m^i si j'avais eu vingt ans de moins et de moins pé« nibles inquiétudes. Mais, alors, tout entier à ma mission, je tenais peu à plaire aux bettes ^ même les moins farouches.
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Je continuai ma route en suivant^ au péril de
ma vie ^ le sentier étroit praticpié perpendicu«»
lairement au-desmis du lit de la Margra , dans
laquelle la plus légère distraction m'aurait pré*
ci pi té; qu'on ne me demande pas comment fit
la mule chargée de m5n porte-manteau et que
je montai après avoir traversé la Magra à une
iieure indue , en employant le nom magique de
l'empereur pour forcer la paresse du batelier.
Je vins coucher à Sarzane , où j'arrivai à neuf
heures du soir, très fatigué de ma course et
ayant à peine la force de. monter jusqu'à ma
chambre dont la décoration me charma. On
avait peint sur les murailles et sur la voûte,
des colonnades et un dôme si bien en perspec«
tive , que je fus , à mon réveil , pendant un
instant, la dupe de l'illusion la plus complète.
L'hôtellier, M.Pierre, était, je crois , Français.
J'eus lieu d'être satisfait de son accueil*
Le lendemain , une roulante , espèce de cabriolet d'une légèreté extrême, m'emporta vers Pise avec la rapidité du vent, bien qu'il ne fut attelé que d'un seul et maigre chevaL II roulait à m'effrayer, et, grâce. à sa vitesse, nous ne mimes guère que huit heures à faire quinze oi| seize lieues. Il faut avoir été dans une roulante
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pour se &ire une idée de la oiamëre dont elle brûle le chemio. J'employai le reste de la jouri« née à parcourir l'antique et belle cité de Pise. Je visitai sa cathédrale ^ son baptistaire^ sa ce» lëbre tour penchée , et je récitai en frémissant l'admirable fragment du Dante au lieu même où le comte Ugolin mourut de faim avec ses enfiants. Je vis les quais supei*bes de l'Ârno , ses ponts de marbre, les palais de ses rives^ l'église des cheva* liers de Saint-^Etienne, le £ameux Campo^SaniOy enrichi des peintures célëbres des premiers ar« tistes qui signalèrent en Italie la renaissance de l'art; enfin, les statues attirèrent mon atten* tion , et je déplorais que la ville moderne ne fût plus que le cadavre de la Pise d'autrefois.
Quinze mille âmes à peine peuplent une enceinte qui en renfermerait quatre-vingt mille. La décadence de cette cité date de l'époque où elle subit le jotig de Florence , l'une de ses rivales* Pise semblait être la terre classique de la liberté au temps du moyen âge : le peuple n'y voulait point de fers; il combattit pour son indépendance, à la fin du quinzième siècle principalement, avec une vertu que la fortune ne couronna point ; et même encore , après tant d'années révolues, les Pisans ne peuvent s'empêcher de
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jeter de profonds soupira lorsqa'ils voieDt^ an sommet de leur Hôtel-nde-Villej flotter un éten-* dart. autre que^selni de la commune souveraine*
Je voulais, le jour d'aptes^ continuer ma route vers Florence^ lorsvpe j'appris que la grande*duchesse^ princesse deLucques et sœur de l'em» pereur^ arriverait i Pise vers midi. C'était en quelque sorte m'épargner la peine d'aller au-devant d'elle. Â dix heures > le comte ^ aloi*s baron de Goyon , auditeur au conseil^^l'Ëtat^ et préfet du département de la M édherrannée , arriva \ je l'avais connu dans des temps très maW heureux. Il possédait une ame ferme et vig^ou^ reuse^ et de hautes connaissances^ dans la partie des finances. Il était froid, peu communi»
catif ^ et sa maison, était tenue sur le pied de l'économie la plus sévère. Il se montrait attaché à la cause impériale, et je dois convenir qu'à aucune époque de sa vie je ne l'ai vu pencher pour là liberté du peuple^ aussi ne suis-je pas étonné de le trouver en opposition directe avec les libéraux dont il n'a jamais approuvé les maximes; c'est, au demeurant, comme je l'ai déjà dit, un digne homme, et qui possède toutes les vertus de sa famille.
Il était accompagné par sa femme , née made-
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moiseUe de la Roche- Aymoa y et attachée , dans 8a jeunesse 9 à Madajpie royale (la Danphine) ; elle est devenue 9 depuis la restauration , l'une des dames d'honneur de cette auguste princesse. Madamede Goyons'était trouvée aux Tuileriesau ao juin et au lo août 1793; elle avait donné alors des preuves non équivoques de son dévouement à la cause royale y et elle parlait long-temps après y avec tristesse et amour y des membres d'une maison qu'elle ne croyait pas être si tôt à même de revoir. Elle était douce , bonne, polie > point fiire de sa naissance y dont elle se plaisait à causer quelquefois. Je me rappelle combien elle fut touchée de ce que son mari avait pris une portion du blason de la Roche -Âymon pour ajouter à ses propres armoiries^ lorsque l'empereur l'eut giatifié d'une baronie dotée de quatre mille francs de rente.
J'attendis au jour suivant à paraître devant Son Altesse Impériale. Ce soir méme^ pourtant, je lui avais fait remettre une lettre de créance de son auguste frëre^ par M. de Luchesini, son chambellan favori , et fils du marquis de Luchesini y ancien et habile ministre en Prusse. Les Italiens' sont nés pour la diplomatie. Mon entrevue fut fixée à dix heures du matin , ou
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ne recevait pas les courtisans d'aussi bonne heure , mais mon rang 6% le titre d'envoyé de l'empereur, me donnaient des droits que les autres n'avaient pas.
De toutes les sœurs de Napoléon, la grandeduchessé de Toscane était la moins jolie , et peut - être celle qui désirait davantage de le paraître. Elle, donnait beaucoup de temps à sa toilette. Je sais de bonne source que, tandis qu'on la croyait occupée des grands intérêts de l'État^ elle travaillait avec sa première femme de chambre à monter un bonnet élégant ou à mé« diter sur le mouvement à donner à une robe.
Chaque semaine elle recevait , de Paris , des poupées habillées et coiffées à la dernière mode> et ce service n'était pas moins régulier que celui des estafettes politiques. Parce que la princesse Ëlisa avait dans les traits de son visage de la ressemblance avec l'empereur, on s'est plu à lui attribuer une partie du caractère de ce grand homme; c'est une erreur qui s'est trop accréditée. Il n'y avait rien d'héroïque dans son ame; toute son énergie était de parade , et au fond on ne trouvait que de la faiblesse, de la mutine» rie et de l'irréflexion. Etourdie à l'excès , avec des formes graves, ses goûts étaient puérils;