CHAPITRE LXX
La grande^duchesse prête à trahir.— Lettre de Murât. — Conseil tenu à Florence. — Discours de M. La^rde. — Lettre d'Élisa à l'em pereur. — J'arrive à Naples. — J'obtiens avec difficulté une audience de Murât. — Ma conférence avec lui. — Lettre de la reine de Naples. -^ Elle me reçoit. — Je vais à Milan. — Mon entrevue avec le vice-roi. — Je vois à Turin le prince Borgbcse. — Rentrée en France. — Je rends compte de ma mission à l'empereur. — Proclamation de Murât. — Suites de sa défection. — Le colonel Gesner. — La grande-duchesse est chassée de la Toscane. — Ce qu'elle devient. — Anecdote .
Je n'entrerai pas dans de plus longs détails sur ces événements ; il me'' suffira de dire que j'arrivai dans ces contrées assez tôt pour être témoin de la trahison des membres de la &mille impériale. Les troupes napolitaines demeurèrent dans une inaction complète^ et dès lors il fut facile de juger quelle serait la conduite ultérieure de Murât. De son côté, la grande-du-
d'un pair de FRANCE. 335
chesse^ séduite par l'espoir chimérique de con« server la principauté de Lucques, entra en négociation avec les émissaires des puissances alliées^ et une lettre de Mùrat acheva de décider sa défection. « Madame ma sœur^^ lui écrivait*- » il^ vous ne devee pas douter que je ne fasse » avancer les troupes de mon royaume , pour » occuper les départements de Rome, de Trasi» » mène et ceux de k Toscane; j'ai promis de » les conserver et de les garantir à qui de droitv » Soyez sans inquiétude , je saurai vous traiter » en bon frëre. Sur ce , Madame et chère sœur, » je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et )» digne garde, etc. »
Incertaine encore sur ce qu^elle avait à feire, la princesse assembla un conseil secret dans lequel M. de Lagarde prononça un discours qui amusa tout le monde. On parla beaucoup après lui; on ne conclut rien , selon l'usage. Mais lorsque la princesse fut rentrée dans son appartemfent, M. de Luchesini përe l'y suivit, et, après une conférence de plus d'une heure, la décida à se séparer de l'empereur son frère à qui elle adressa la lettre suivante , « Sire ,' '
w C'est le cœur navré de douleur que je
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D m'adresse à Votre Majesté ; combien il m'est D afireux de vous avouer que je ne puis plus » défendre le grand-duché dont votre tendresse M m'avait confié* Tadministratiou ! Environnée » d'ennemis puissants^ menacée par mer comme » par terre , trahie par le roi de Naples , <pii dé«- » serte votre cause , je reste seule au milieu des ») armées nombreuses assemblées contre nous ; » je suis sans argent , sans troupes , sans muni- >i tions! Dans cette circonstance désespérée^ que I) puis-je feire pour Votre Majesté? INe pense- » t-elle pas elle-même qu'il est temps que je » songe à mes intérêts particuliers, que jecon- » serve à ma famille les Etats que je vous dois? » Me jugerez-vous enfin coupable d'avoir ti^ité » avec vos ennemis , dans ce concours decir- » constances plus malheureuses les unes que les » autres? Vous m'entendriez tenir un autre lan- » gage si vous aviez placé la couronne de Na- >i pies sur ma tête ^ je n'eusse pa$ trahi la cause » de la nation française , a laquelle je fais gloire » d'appartenir. Pardonnez - moi donc de plier » sous le joug de la nécessité impérieuse^ et » croyez que^ dans la situation où je me trouve» » rai, je n'en serai pas moins votre sœur et votre » sujette. »
d'un PiilR DE FRANCE. . 33^
A la saite de cette. lettre, la princesse tâcha de négocier avec les Alliés , qui après lui avoii* beaucoup prooiis, ae .lui répondirent plu^ qu^éyasivement ^ lorsqu'dle pressait la con« clusion du traité qui n^euC pas Ueu.
Tandis qu'Ëlisa, trompée dans ses espérances^ devenait infidèle à ses devoirs, le foi de Naples vioiait ouvertement les siens. Je m'étais mi»
en route pour arriver à temps auprès de lui; je passai à Rome, sans m'arrèter, tantj'étab^ impatient de remplir ma mission. J'entrai à' Naples le 1 8 décembre , et aussitôt je fis de-« mander une audience au prince Pignatelli, ministre sécréta ire-d'État ; mais je ne l'obtins* pats sans, difficulté* On débuta par. me deman«derà queititreje voulais être présenté. On fei« {pit d'ignorer qui j'étais, et dé me prendre pour cçlui qi^e désignait mon« passeport. Impatienté^, j'écrivis au prince Pignatelli que je venais avec les pleins-pouvoirs de l'empereur, et que je le rendais, lui ^personnellement, responsable des suites. du retard que j'éprouverais.
Une heure après^ et dans l'auberge de la rué'
de Tolède , où je logeais i un écuyer du rôi vii^t'
me chercher;. il. était sans costume, il n/an-
nonça que Murât était allé m'attendredàns lô'