Tome m
diâieau de l'Œuf ^ et qu'il me priait de m'y rendre. Je (ut surpris qu'il ne me reçut pas dfims son palais ; cela me fit craindre qu'il ne se trpuvât déjà dans la nécessité de ménager l'An-» gleterre. Je me prêtai à sa fiintaisie y et partis simpleoi^it vêtu , dans le carrosse de récuyer. Murât vei*s qui j'allais , m'avait toujours paru un roi de tapisserie de faaute-lice , une de ces $gures gigantesques hors de toute proportion aVec ce qui les entoure. Il jouait à la royauté <^evaleresque ; le bizarre éclat de son costume y la ftiçon de porter ses cheveux , sa mine fiëre y belle et gracieuse y ce bon air qui n'était pas néanmoins sans embarras et sans quelque chose de guindé; il y avait en lui trop du mélodrame; on voyait clairement que ce personnage tout moderne cherchait à s'historier ; vrai bour» geoi^ anobli^, il imaginait se grandir en empruntant des formes insolites : cette affectation s«|utait aux yeux.
U ayait .un courage d'étourdi^ imé impétuosité de fou ; il était sur un champ de bataille aussi calme que dans son boudoir y et dans la charge la plus sérieuse > il ne voyait la plupart du temps qu'une récréation; mais il nefeUatt pa» lui en demander davantage. Son étroit cerveau
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lie pouvait rien contenir de réfléchi ; il avait pour l'avenir la vue d'un myope ^ il croyait que tout s'accommodait avec un coup de sabre , et il aurait volontiers fait un duel de toutes les négociations politiques. Enfant couronné^ homme plus habile à manier un fusil qu'un sceptre > il était en un mot la déraison valeureuse sur un trône qu'il était incapable de soutenir. Tous les actes de sa vie attestent cette incapacité qui le poussa à la dernière tentative où il trouva la mort.
Tout en s^afiranchissant du joug de son beau-' frëre, il avait une horrible peur de lui. Quand j'entrai dans la salle où il était , il pâlit , parce qu'il voyait en moi le mandataire de l'empereur^ et que peut^tre craignait-il que je ne vinsse avec la mission de l'arrêter. Il aurait combattu Napoléon f mais il n'eût osé résister à ses ordres transmis par un officier civil.
(( Bonjour , monsieur , me dit-il , ne vous » en prenez qu'à vous ^ si j'ai été d'abord invisin ble ; je suis charmé de vous voir^ que m'ap- )) portez - vous de la part de l'empereur ? r— » L'expression de ses désirs ^ Sire , répondis**je ; >i Sa Majesté compte sur vous^ dans ce moment » de crise. — Mon Dieu^ que veut^elle que je
» fasse, acculé que je suis an fond de Fltalie. » — Elledemande que^ de concert avecle prince » Eugène y vous conserviez cette partie de son » empire. — Cela ne se peut pas : la fortune » lui échappe , chacun doit alors song^er à soi. » Je suis dans une position bien pénible. — ^ Ne » la rendez pas plus difficile par des démarches » dont vous vous repentiriez. — Que pourrait- » il m*arriver? — Rien que la perte de vos »> Etats^ comme l'empereur vous en menace^ s'il » faut vous le dire. — Oh ! je ne le crains point i> les armes à la main. < — Sire^ sortez de cette >1 erreur ; vos troupes trembleraient devant les )) siennes^ son nom seul vous détrônerait^ vous- » même ne seriez invincible qu'à la tête des D Français. Les Coalisés vous trompent ; ils se » serviront de vous pour vous perdre ensuite. » — Je ne le pense pas, je compte sur les An-* » glàis ; ma rivalité avec le roi de Sicile leur » sera avantageuse. Us m'offrent de m'agrandir >) du côté de la Komagne que veut me donner » l'empereur. — Le trône que vous avez, je » vous le répète , croulera s'il ne l'appuie de sa » forte main. — Il ne peut soutenir le sien ; li ' d'ailleurs , je cède à la force des choses : je )!' suis toujours Français dans le.cœur. »
L'audienee se prolongea, le tâchai de faire entendre au roi te langage de la raison. Je Inî dévoilai la politique de TEurope ; ce lut peine perdue ; il' ne me comprit pas. Son itim croyable légëreté , son ignorance des cliosés ne lui permirent pas de voir rien au-delà du pré-^ sent; il prétendit qu'avant peu il régnerait sur toute ritalie: je ne pus lui enlever cctle illusion* Cependant il essaya de me ti^omper ; il prétendit n'avoir rien d^ârreie encore. Je ne me laissai pas éblouir , et je le quittai avec l'intention de partir promptement j puisqu'il n'y avait rien à feire et que sa détermination était prise.
Le même jour, et vers le soir, la reine de Naples , qu'il avait in3truite de mon arrivée et de ma mission , m'écrivit le billet suivant : tt Monsieur le comte , je désire vous voir dej) main , à neuf heures du matin, il faut absobi- )i ment que je vous parle. Les intérêts que vous >i soutenez ici me sont bien chers ; je voudrais » tout concilier, peut-être en est-il temps en-v » core. Placée entre mon frère et mon mari, je » serais heureuse de parvenir à ce qu'ils s'en- » tendissent ensemble. A demain donc, là, je » m'expliquerai avec vous. » Que voulait -elle médire? Il me tarjflait d'être au jour suivant,.
et néanmoins je prévoyais que ses efforts seraient vains contre l'influence étrang^.
La reine Caroline m^accueiUit avec une Qon« tenance moins embarrassée que celle de son époux; mais en revanche, je pouvais y lire plus, d'inquiétude et de chagrin. On voyait que^ tout ensemble souveraine et française, épouse et sœur, elle souf^^ait dans ses diverses affections. Elle me remit sans peine. « Vous venez en Italie » dans un mauvais moquent, me dit-elle; en M toute autre occasion j^aurais eu^du plaisir à » vous voir, mais les circonstances sont telles » qu'il me reste peu de temps dont mon ima«- » gination puisse disposer au proÇt de mes » amis; vous étiez du nombre, je regrette de » vous renvoyer mécontent.
» — Je le suis, madame^ lui dis-je, de ce qui » se prépare de désagréable pour Votre Majesté, M des nouveaux traités que l'on discute et qui )i vont faire votre malheur, — Je le crains; n mais que puis-je pour y mettre obstacle? Le » i*oi croit suivre le meilleur parti. Autour de » nous tout lui prouve qu'il se perd en demeu- )) rant fidèle à la France, — Dites plutôt que « c^est en s'en éloignant qu'il courra' les plus }) grands dangers. — L'empereur, me dit Ca^
d'un pair de FRANCK. 343
M roline en rougissant y ne pourrait-il consentiif » à €6 que nous fussions ses ennemis en appa<« M rencé? il doit croire qu'au fond nous né le *» serons jamais : je l'aime trop pour séparer ma » cause de la sienne , et le roi pense ^onime » moi ; cela nous placerait dans une meilleure » position et nous facitiiendt le moyen de loi » èti*e utile. Les arm6es napolitaines ock^npe* » raient la Toscane et la Romagne , eltes atk*aieÉt » l'air de guerroyer avec le prince Eugène > et i> à la paix y on s'entendrait pour le partage*
n — Ce sont là y madame y des propositions ^ que je n'ai pas le inasdat d'enteodre. Je .pûë » les transnxettre à l'empiereur. -^^ Vous .pouvez » les appuyer auprèS'de lui. Voûs^avez Tu-l'Itaa lie, notre situation. Et ma sœur Eliaa ^ que M va-^-elle feire? --• Je me flatte qu'dle com>« » prendra que son existence tient à ceâe dé » l'Empire. » .^ > : *
En parlant ainsi, je savids qu'à Jloreiice comme à JHaples^^on se flattait d'ôblenir.flkri^ tran^er la stabilité que ta France n&preattèttait pa»<r Un léger sourire de la reine me mootoaiqàey comme moi y die ne croyait plus à* la Bâélité de sa sœur. Dans le .reste de la conversation y Sa Majesté tâcha de me. feiae: concevtoir que la
çcMiduîte '(lu roi était oaturclte et sage, ' et de m'epgag/9r à parier dans le même sens à r^emperjeur» Je Be dis pas non; je regardai seu«> lei{i§D( comme perdue la cause impériale dans QQ\V^, poiitioB de ritalie., Je crus ma mission (KMApléiemeot remplie^ et le ^ décembre je ^nitiai Napk». Je m'anrètai deux jours à Rome pour revfHjT m courant oette ville immortelle y ^^ ayant visité le gouverneur) comte MibHts , j!ei^i!epartis le premier^janvier. Dèsmoji arrivée h Hyi^msi^^ car. le ne.V4Milas> pas repasser pap FtkNreîBoq^djtitsla crainte d'ètrè obligé dédire à bt fgralideYdiichesse dësi vérités, ^ures y,}» jme pvipac^iàtpôttrsuivre^ipot^èbemin.: . <* > « Je irepris par ^la* m4ime route {-celle dé.Bôl<%oe était xxHipie depuis qae les Autriebiens étaient dans cette vtUe; Je fiis à Sarzanne>; je trahrersa» kgol&iQsgtûfique de la Spezsîa^ et, après avoir atteint Chiavari, j'allai rejoindre le prince Eu* g^ieà:lSilan:^;où il mr'avait.dianné ^êûdefi-votis. IdnMDJÔieiir^frànçaissèi dilata avec joie ^e«rou^> ver dans 4;eli&!)08 toujours latiiéiiYe^iendresse' et lu'HaévftdévouementtpôHr sa patrie; mî Groyes^. » ' me dtt»il , ^u'on pourra mebattire^ oiaîs non me j£ V âéduirte.. Jj& mourrai i fidèle à mes devoirs*^ et^ % Die^ aidant'^ je sortirai 4ke cette lutte y sino»
D*UN PAin DE iRA^CK. 545
» aveoairantage^ du moins aVec honneur; -^ Et
» |)ar conséquent^ ptincie, fdùjours avec gîoîf e:
n **-^ Assurez Fenipereur, poursuî vît-il, qn'îl
» peut conq>ter sur rhoî coAime sur' lui , que
» je n'ai aucune arrière^pehèée. On me berce
)i de la possibilité d'obtenir le royaume dltaUej
» je saisqu'ott ne mêle donnera* ]pas.- Le fît*-ôn ^
» d'allleura, je ne voudrais le tenir que delà
» France. Je crains d'être bientôt cerné. Voilà
» le roi de Naplés en pleînetràhison. S'il feut
» sttccomber y eé he sera ^pàs ed lâche que » je finirai. » - ' . j ''
Je ne doutaisd'aueun! de sesnebîes sentiments.
Je lui proinis de les faire appécierpQr l'empe-*
réur , et je le quittai. Je vis en passant le princ€f Borgbëse; «nais qu'&vaîs-je à feire avec Iriî? Cétait tout bonnement un prince romain , rê^' sig^né à tout événement. De Turin je rentrai en France, et je revis Paris le rô janvier î8i4-
Des le même soir, je me lundis aiix Tuileries;' Le comte Bertrand -m'introdèiish dans le cabinet de fempéî'eur, 'que je trouvai ieiaihinant urre carte de la Chan^pagne et de la Bourgogne-, par! Gassini': elle- était étendue sur îe tapis, etJnî couché sur elle; Il se leva pour me parler. « Voiià » n'cvcz rîén d'agtéable à m'apprendre , me
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» dit-il ; je sais par vos lettres et par d'aatres u rapports^ comment on se conduit en Italie.
9 S'ils n'étaient pas tous fous , je les dirais in« n grats; mais ils ont perdu la tète. — Tous, n Sire , excepté , cependant y le prince Eugëne. • . » -*-^ Je puis donc me fier à lui? — CSomme à la » loyauté personnifiée. — Si celui-là; me redte^ » je saurai mettre les autres à la raison. Le roi M de Naples travaille à sa ru,ine. Ou le chassera N /demain si aujourd'hui on cesse de le craindre. » Je suis contentdevous^ et je récompensearai » vos services des que je le pourrai* .>»
Le lendemain y je me rendis, i la Malmaison pour fair^ une visite à l'impératrice Joséphine. Elle riait , elle pleurait tout h la fois : elle était heureuse d'avoir un si digne fils; m^is son ame demeurait frappée mortellement : elle prévoyait les disgrâces prochaines de sa &^ille ^ et portait déjà dans son sein le ver rongeur qui la dévora
quatre moi& plus tard.
Le même jour, i6 janvier , \e Moniteur de Naples annonça que l'Italie méridionale était perdue pour les Français. Murât, dans une sorte de proclamation qu'il y avait fait^iiitsérer, s'^içprimait en ces termes : u De juftes raisons uous » pot forcé de den^andei* une alliance aux puis«
d'un PAIA de FRANCE. 3^J
)) sances coalisées contre Fempereur des Fran« » çais, et nous avons eu le bdabeiir d'être » admis parmi eux. Nous avons pédé notre flo^- >) tiUe et les trois îles qui sont devant Naples. » Les puissances coalisées nous ont promis de » nous indemniser d'une manière éclatante des » sacrifices que nous {Elisons. Nous nous rappel- » leronstoujours nos devoirs. Les autorités qui » n'opposeront aucune résistance à nos mesures^ » ne doivent conserver aucune crainte y elles n seront traitées avec égard. Nous allons nous » mettre en possession . de toute l'Italk méri** n dionale située sur la rive droite du Pa^ pour » la garder en nos mains ^ et la rendre , à la paix » générale, à qui de droit, »
Le 1 1 du même mois , avait paru un traité d'alliance offensive et défensive entre l'empereur d'Autriche et le roi de Naples» Un c(H:ps de quinze cents Napolitains vint camper sou^i lea murs de Florence, la grande-^duchesse l'y souffrit sans essayer de les chasser^ ce qui lui aurait été facile, car elle avait deux mille homi^es de troupes françaises , et deux cents des nôtres auraient battu les quinze cents Napolitains.
 Naples d'abord^ à Rome ensuite^ ou Murat avait porté son quartiers-général , les Fjçafi-
çais lui (iretir connaître combien sa trahison leur était 'pdieose. Tous ceaic qui étaient à son service Tabandonnërent ; il vit partir jusqu'à ses aides de camp; l'un d'entreeux, M. de Lavauguyon , ne craignit pas de îni faire /entendre ces paroles prophétiques : h Siré^ vous allez marcher contre » la France , ne craignez- vous pas que du même n canon qui a tué Moreau^ il ne parte un autre Il boulet qui vous extermine? »
jMurat n'opposait à ces sanglants reproches , que de vaines excuses, signes de sa faiblesse et de ses indécisions. On vit à Rome , le oUanel Gesner, arracher^ en plein café, se^ épaulettes , eh présence de plusieurs ofRders na» politains et se mettre à crier : « A cinq bayoques, » les guenilles de Naples; à cinq bayoques! » Mais ces marques d'improbation ne pouvaient remédier aux suites d'une défection pareille. Rome fut envahie, et le dernier jour de janvier les Napolitains prirent possession de Florence. La' grande-duchesse quitta la ville accompagnée des sifflets et des outrages du peuple qui dansa des rondes devant sa voiture. Elle vînt a Lucques, mais il lui fellut quitter bientôt cette principauté. On ne lui tint rien de ce qu'on lui avait promis. On lui enkva son trésor, son argenterie^
d'un pair de francs. 349
ses meubles précieux , et tout ce qu'elle put obtenir de lord Beuten , ce fut de partir pour la Corse ^ d'où elle arriva eu France pour être té« moia de la catastrophe de son frëre , dans laquelle la fureur des Montpeillerais lui fit jouer un triste rôle.
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