CHAPITRE LXXI
Approchetda 20 mars 181 4* — Intrigues du prince deTalleyrand pour engager la régence à quitter Paris. — H tâche de tromper le roi Joseph. — Conseil de régence.— > Le prince de Talleyrand Tient de nuit aux Tuileries renouveler ses intrigues, — Fausse lettre de l'empereur d'Autriche. — Départ de Paris. — Ce que me dit Cambacérès. — Lettre inédite de Louis XYIII. •— Conversation avec le baron de Lar... — : On évacue Paris. — Mes motifs pour ne point le quitter. -— Ma première conversation avec le prince de Talleyrand. — Conférence avec plusieurs de mes collègues. -— Le comte Desmeoniers. — Terreur panique d'un de nos collègues. — Changement de scène. — Je vais chez le prince de Talleyrand. — Seconde conversation avec lui. — Je m'engage dans le parti royal. — Fausse démarche que le prince nous suggère.
Là masse des Alliés débordait de toutes parts; les armées que leur opposait Napoléon remportaient encore des avantages partiels ; mais il ne gagnait plus ces batailles décisives qui détruisent les espérances des ennemis. Ceux de la
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France avançaient vers Paris ^ et Ton coinmenii
^it à craindre qa'ils ne pénétrassent dans cette
rille. L'empereur, avant de la quitter, en avait
donné le commandement suprême à son frëre
Joseph , espérant que celui-ci s'élevant à la hau^*
teur des circonstances, sentirait combien il était
important de ne pas se conduire avec feiblesse j
et que désormais c'était le tout pour le tout qu'il
fallait jouer. On savait déjà que des princes de
la maison de Bourbon avaient mis le pied sur le
territoire français. Monseigneur le duc d'Ângou-
lême était entré en triomphe dans Bordeaux ,
le 12 mars; le comte d'Artois, alors Monsieur,
se montrait pareillement au milieu des Alliés ;
la guerre enfin prenait une tournure fâcheuse.
Ce n'était pas seulement à la trop grande puis»
sance de l'empereur qu'on paraissait en vouloir,
mais hiea à sa propre existence : on formait le
projet de le détrôner.
Dans de si graves conjonctures, ce qu'il y avait de mieux à faire était de tenir dans Paris jusqu'à la. dernière extrémité^ et si on ne pou« vait conserver cette ville , il y avait à résoudre un autre point, celui de savoir si en faisant sortir je roi de Rome l'impératrice régente devait s'éloigner aussi : le sens coinmuh prescrivait
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à cette princesse de ne pas abandonner la place , elle aurait demandé aux Alliés une capitulation , elle se serait mise en otage de la la paix prochaîtie y entre les mains de son père ; dbs lors les souverains de Russie et de Prusse auraient rivalisé de galanterie à son égard , et repoussé toute tentative pour lui enlever la cqu» renne ; Napoléon eût perdu le sceptre , ii[iais son fils Taurait gardé pour le lui rendre plus tard.
C'était ce que les fidèles amis de l'empereur ne cessaient de répéter au roi Joseph ; on tâchait de le prémunir contre tout conseil tendant à quitter Paris ; mais il y avait auprèside lai le mauvais génie de la puissance impériale ^ le prince de Talleyrand , qui, pour le pousser à sa perte, ne le quittait plus et l'obsédait continuellement ; c'était. vis^-vis de lui un vampire de jour et de nuit. B lui montrait i toute heure l'imminence du danger que courrait la femille impériale^ au milieu d'une ville attaquée par les ennemis ; il lui JE^isait observer qu'il fallait égale* ment craindre ceux du dedans.et ceux du dehors. Illuipeignitlaboi|tequirésulteniitde la captivité de la femme y. du fils , de la mère de l^empereur. u Vou9-mèn>e, ajoutait^il^ savess^vous le sort
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» qu'on vous prépare ; n'est-il pas à redouter w qu'on vous livre au roi Ferdinand VII , » comme un gage des prétentions que dans l'a^ » venir vous formeriez conti*e lui? ne serez-vous u pas tout au moins exposé aux outrages des » Espagnols vainqueurs qui pénétreront ici >) avec les coalisés? Voulez-vous livrer Paris » aux horreurs qui suivent une attaque fu« » rieuse ? vous chargerez-vous de l'exécration N de toute la capitale? La chose dépend de vous t » réfléchissez aux conséquences d'une telle res-^ » ponsabilité. »
Joseph déjà troublé, n'ayant point la tête forte de Napoléon , ni même la moindre étin-* celle de courage, poltron a Paris comme il Fa* vait été en Espagne, ne savait à quoi se résoudre; il penchait cependant pour la retraite ; il avait d'ailleurs des ordres de Vempereur qui la lui prescrivaient formellement. Mais ici c'était le cas dé désobéir a6n d'arriver à un meilleur résultat. Dans ces fluctuations d'idées si pénibles , il appela auprès de lui les conseillers les plus intimes de son frère , et leur demanda avis. Le prince de Talleyrand prit le premier la parole et commença le discours que j'ai rapporté plus haut ; il le fortifia de considérations Tome m. aS