Ô4 MÉMOIRES
géi^érales et ponclut à la prompte évacuation de Paris. JLe comte Regnault dont certainement les intentions étaient excellentes^ se trompa ce JQUr-là : il appuya l'avis du prince de Talleyrand par des raisons spécieuses. Le duc de Rovigo les combattit vivement : il représenta les suites d'un déport qui ne serait qu'une fuite honteuse^ il s'exprima avec une énergie telle^ qu'il entraîna la. majoiii^té 4vi conseil , à commencer par l'archirchancelier, et qu'il fit décider que l'on tiendrait dans Paris , coûte qui coûte , au lieu de l'abandonner lâchement.
Au milieu de la nuit Suivante ^ le prince de Talleyrand vient aux Tuileries ; il demande à parler à Sa Majesté l'impératrice; il est introduit malgré l'heure indue. Là , il annonce un comaplot formé par les royalistes de Paris : on doit tenter d'enlever le roi de Rome et le mettre à mort au milieu de la confusion inséparable d'une attaque: nocturne combinée avec les coalisés : IHncendie des divers quartiers de la capitale^ le soulèvement de la multitude aideront à l'exécu» tion de cet attentat dont il présente les preuves. Il prie 9 il supplie Marie-Louise de ne pas s'ex« poser à un danger pareiK H veut conférer de tout. cela avec le roi. Joseph , et conjure Marie»
ri»
d'un pair de FIlANtE. 355
Louise de l'envoyer chercher sur-le-champ.
Pendant qu'on attend celui-ci , un prétendu agent secret de l'empereur d'Autriche apporte à la régente une lettre de ce prince , lettré également fausse mais que l'archi-chancelier et le comte Regnault ont vue. On y disait que les plus grands dangers menaçaient Timpératrice^ si elle s'obstinait à ne point se retirer de Paris : on la priait de s'éloigner d'une ville qui ne tarderait pas à être entièrement cernée j on faisait ajouter par François II:
« Je réponds de tout, ma chère fille ; je veux » la paix avec mon gendre. On lui laissera la » Belgique et les départements du Rhin : allez » le trouver et décidez-le à traiter, dans son » intérêt , dans le vôtre et dans celui de son » filsé » La lettre était terminéepar des menaces contre ceux qui conseilleraient une autre con« duite à l'impératrice.
Le roi Joseph arrive enfin au château. La régente lui montre d'abord cette lettre, elle lui lait part ensuite du complot supposé. On aurait dû vérifier les allégations de TaUeyrand , on n'en fit rien : toutes les fautes devaient être commises. Joseph eut peur , ce sentiment était habituel à son caractère ; il donna son consens
tement à la retraite , qui fot décidée dans un dernier conseil où l'on fit usage , pour faire taire les opinions , d'une lettre de Fempereur Napoléon , qui ordonnait cette mesure désastreuse.
Uarchi-chancelier tout en obéissant , reconnaissait quelle était l'importance de la chance que l'on courait. J'allai le voir plusieurs fois par jourj il me dit, la veille du départ : « Mon ami, i> Qovis est perdu , car Glotilde abandonne la » régence ; elle va s'établir à Blois, à Tours , » nous n'en savons rien encore , tant il y a de » l'incertitude dans tout ce qui se fait mainte- >i nant. Chacun me semble frappé de ver- » tige; nul n'agit comme il devrait agir, et » je demeure persuadé que Talleyîand joue » l'empereur. » Il me demanda ensuite si je partais. 3e lui répondis que je ne tarderais pas à le suivre, quoique au fond ce ne fût pas mon intention, et bientôt je dirai pourquoi. Nous nous séparâmes avec affliction. Je ne le revis plus que déchu 'de toutes ses splendeurs, et cet homme que pendant quatorze années nous avions vu le second de l'État, et même le premier durant les fréquentes absences de Napoléon, ne rentra dans Paris que simple particulier : sic transit gloria mundi.
d'un PAJR de FRANCE. 357
Joseph annonça par une proclamation le dé»
part de l'impératrice ; mais il promit en même temps de rester^ et il eut tort de donner cette assurance. Il jura qu'on le trouverait toujours au poste de l'honneur. Le pauvre prince ne sut jamais où rencontrer ce poste^ et par conséquent ne s'y plaça jamais. Il continua les préparatifs de défense; il se pocta aux diverses barriëses; il fit montre de courage tant qu'il n'y eut pas l'ombre du danger. Cet élan dura peu. On mit à ses trousses des traî tries et des poltrons. Ses hésitations recommencèrent; il finit lui aussi par se décider à prendre la fuite. Ce fut de cette manière que l'on parvint à démolir pièce à pièce un trône que chacun, avait cru éternel. Les frères de l'empereur, les ministres, sa femme n'étaient pas à la hauteur de ses conceptions, et ne pouvaient surtout l'imiter dans son énergie. Léui , sur qui retombait tout le fardeau de la défense dans le moment fatal y ne se découragea pas ; il manquait de troupes, d'argent, de mu« nitions et il combattait encore. Il se flattait de détruire isolément chaque corps séparé de la masse des Alliés ; il manœuvrait sur leurs der« pières, espérant accomplir de vastes desseins t c^était le rêve d'un grand homme.
359 HÉMOlltES
Vers les premiers jours de mars l8i4^ M, If^
baron de Lar me porta lui-même une
lettre dont au premieraspect je reconnus récriture ; je me hâtai de la lire. Elle contenait ceci : « Letempset l'absence,lesmalheursetles succès. » ont-ils anéanti toutes les fidélités anciennes ? » ne restera-t-il plus rien dans votre cœur pour » une femille que vous avez sincèrement ain mée ? Son chef ne vous a rien demandé , tant n que la splendeur de la France pouvait avoir » lieu sans lui ; mais à présent les choses ont ». changé de fece ; de grands périls la menacent ; » on parle de la démembrer, et je crois que le » jour estvenuoù jedeviensnécessaireàsonbon- » heur^ comme à sa conservation. Dans un tel I) cas^ je fais un appel à ceux qui m'ont aimé, à » ceux que je n'ai jamais cessé de chérir, même » à ceux envers lesquels j'ai pu avoir des torts, » afin de leur laisser le mérite d'un retour gé- » néreux. Je puis vous placer dans toutes les » classes^ mais je vous connais et je vous ap- » précie ; revenez à moi , non dans votre intérêt » dont je ne vous parlerai pas, mais dans celui » de la France, de cette chère patrie dont le » nom fait battre mon cœur; dans le mien, dans ï) celui de mes proches. Est-ce qu'il n'y aura
)» que les étrangers qui feront quelque chose
n pour nous , et nous iaudra-t-il rentrer avec
» le désespoir de ne venir qu'à leur suite ? Que
>» mon bonheur serait grand si je devais mon
H retour à mes enfants I à cette immense famille
» du royaume dont je suis demeuré le père
» si je n'ai pu rester le chef! Mon ami , vous
» me trouverez changé ; moi et les autres nous
» n'avons plus nos vieilles idées ^ et nous nous
» accoutumerons sans peine aux nouvelles : nous
» voudrons ce qui sauvera la France. Je vous
» le dis parce que je le pense ; les autres le
>i pensent aussi : il vous &ut de la liberté y vous
» en aurez ; une haute protection poor les arts
» et pour l'industrie 9 je ne ferai faute à les pfo*
n téger : rien ne sera rétabli de tout ce qui im»
» portunait la nation ^ et tout sera amélioré^
» je vous le proteste, et je ne donne pas ma
» parole en vain. Ce que je vous dis, répétez-le,
>i donnez«-eu la pleine assurance. Je nepren^
» drai pas la constitution de 1791^ mais je vous
» en apporterai une qui assurera la prospérité
M publique; elle vous procurera ce que* vous
» n'avez jamais eu , de la liberté sans licence ,
» de la stabilité sans déchirement, et enfin une
» libre manifestation de la pensée : ce sera moii
36o MÉMOIRES
«) premier acte; il suffira je croîs à me feire vé-
» nérçr des siècles à venir. Mais pour cela y j'ai
n besoin de coopérateurs. J'ai pris t audace de
M vous mettre sur ma liste : que vous en semble ?
» Youle^-vous être à moi quand vous ne pou»
» vez plus être à un autre? voyez^ décidez-vous.
n ikvec des hommes de votre sorte , un engage-
» ment verbal suffit. Adieu. Songez , si je mets
» jamais le pied sur le territoire , que je porte-
» ^ai avçc moi la fortune de la France; c'est
)) d'ailleurs le privilège de notre maison. Bon-
» jour. »
Il n^ avait ni date ^ ni signature , mais il m'était impossible de méconnaître la main qui avait tracé cet écrit ; j'en baisai les caractères sacrés avec une respectueuse admiration. Je sentis en moi quelque chose de royal qui se réveilslait , et je ne doutai pas que Louis XYIU n'^ts* surât un grand avenir à la patrie. Le baron de
Lar.. m'examinait en silence : « Eh
» bien; I me dit-^il enfin ^ que pensez-vous de ce » maître ? — Je pense que je voudrais le voir a à Paris , porté par ses sujets , et non par ces » coalisés que je déteste. »
Ce n'était pas l'opinion du baron de Lar
Il changea de propos^ puis il me demanda
d'un pair de frakcë. 36 1
quelle réponse il aurait à faire. « Je vous la )» donnerai y lui dis^je^ si vous avez un moyen » de la faire parvenir sûrement ] elle sera con- » forme aux désirs de celui qui s'adresse à mon I) ame et à la puissance des souvenirs» » J'écrivis donc à Sa Majesté que je me flattais de la revoir parmi nous ; qu'elle pouvait faire fond sur moi ^ dès que la trahison ne serait pas nécessaire^ mais que je seconderais la force des choses de tous mes moyens; c'était tout ce que la probité permettait. Je voyais d'ailleurs clairement que sans le secours d'aucune intrigue , Napoléon était complètement perdu , et que lui tombé y ce que nous avions de mieux à (aire , serait de nous rallier aux Bourbons^ les seuls qui pussent donner cette indépendance dont on nous parlait depuis 1789^ et dont nous n'avions jamais joui.
Cependant les événements cheminaient. Paris qu'on n'avait pas su défendre^ venait de capituler. Je ne répéterai rien de ce qui est su de tout le monde; les moindres détails de cette époque sont dans toutes les bouches et pësent peut-être encore sur tous les cœurs. La prise de Paris décidait une grande question ; elle n'eût été qu'un événement ordinaire dans les fastes
362 BIÉMOIRES
de la guerre 5 si Théritier d'une vieille dynastie eût gouverné la France ; elle fat dans la circonstance présente le signal d'une catastrophe inévitable. £Ue rendit tout à coup la supériorité aux partisans de la maison de Bourbon , et de nouvelles idées naquirent dans les esprits.
Les ministres de Napoléon en se retirait à Blois avec l'impératrice, avaient bien deviné le parti que les ennemis de l'empereur tireraient de cette fuite maladroite ; voulant parer de leur mieux le coup qu'on essayerait de leur porter , ils avaient fait ordonner par la régente à tous les princi** paux fonctionnaires , de sortir de Paris avec eux; ils ji'avaient oublié, ni les sénateurs, ni les députés au corps législatif. Je reçus un billet du duc de Bassano, qui m'invitait personnelle» ment à me rendre à Blois pour aider de mes conseils s'il était nécessaire^ la régente qui allait y établir son séjour.
Je balançai sur ce que j'avais à faire; néanmoins, après avoir mûi^ement réfléchi, je me décidai à rester j je ne pouvais douter que la France ne fut lasse de la masse de tyrannie qui avait pesé sur elle, et je prévoyais dès lors, bien que d'une façon très obscure que la réduction de Paris pourrait amener quelque heureux chan*
d'un PAIH de FRANCE. 363
gement. De qui attendais- je un meilleur état de choses? je ne saurais le dire positivement : je songeais^ il estvrai^ aux princes ezilés|; mais leur rappel me semblait si extraordinaire que je n'osais y croire. Ce qui me paraissait plus probable^ c'est qu'un traité désormais nécessaire y mettrait des bornes au pouvoir despotique du chef du gouvernement; d'ailleurs^ je trouvais naturel que l'empereur, établi depuis peu d'années sur un trôile que les chances de la guerre venaient d'ébranler jusque dans ses fondemenits, sentît de lui-même le besoin de ne plus se séparer de la nation. Il la voyait moins le seconder dans ses disgrâces que rester immobile comme si elle n'eût voulu qu'assister au spectacle de sa chute. Cette terrible leçon pouvait- elle être perdue, et tout me portait à présager que la liberté assise sur des bases solides naîtrait de ces revers incalculables. •
J'étais agité par ces pensées, lorsque je me rendis chez le prince de Talleyrand à qui je fis part de ma résolution : elle le charma en même temps qu'elle le surprit ; il me regarda avec un œil scrutateur, puis, souriant comme il a l'habitude de le faire lorsqu'il veut surprendre le sççret d'autrui, il me demanda quelle était m^
364 MÉMOIHES
pensée ^ quand je me refasais à suivre Tordre qui m'avait été transmis. Malgré la terreur qui remplissait les esprits à cette époque , et la mé» fiance que mHnspirait ce personnage dont certes j'étais loin de deviner tous les projets^ je ne lui fis pas l'injure de croire que ma réponse à sa question dût me nuire y je lui fis connaître quelques-unes de mes prévisions.
Le prince m'^couta avec une attention extrême; j'avais achevé de parler depuis un peu detemps^ qu'il ne s'était pas encore disposé à me répondre. Enfin prenant vraisemblablement son parti y et convaincu d'ailleurs que pour réussir dans son entreprise , il fallait donner quelque chose au hasard. « Monsieur le comte^ me dit-il , » vos pensées sont celles d'un bon Français : » vous avez vu avec sagacité que le moment où » nous sommes est celui qui doit rendre à la )) France la portion de liberté compatible » avec la tranquillité publique ; la révolution » dure encore, le fait est positif; il conviendrait M à des hommes tels que vous de la terminer. Il » serait très impolitique en de pareilles con- » jonctures de s'éloigner de Paris ; c'est ici que » tout se réglera pour le mieux ; de quelle ma- » nière? je n'en sais rien encore; les événe-
d'un PinR DE FRANCE. 3(55
t) ments nous prescriront la marche à suivre ; M mais dans tous les cas y abandonner cette ville » aux Alliés serait commettre une £siute impar- )) donnable. Restons^ vous^ moi et quelques » autres, où nous sommes^afin de répondre aux » questions qu'on pourra nous adresser, et de » servir d'intermédiaire entre les coalisés et le )) peuple français. »
 la suite de ce discours dont je n'entrevis pas d'abord toute la profondeur ^ le prince m'engagea à user de mon influence pour retenir éga-> lement Ceux de mes collègues sur qui j'avais de l'ascendant^ je le lui promis, non sans émotion néanmoins, car dans la situation actuelle, il me semblait qu'agir sur les autres était outrepasser mes droits. Je ne dis rien du scrupule et je sortis de chez cet habile personnage commençant à voir plus clair dans l'avenir, mais redoutant encore de me laisser deviner par un de ces nom-» breux agents, semés pour ainsi dire autour de ceux qui étaient quelque chose* Je savais que mon titre de sénateur ne me mettrait pas à l'abri de la disgrâce ou de la réclusion forcée , dont ne. me tirerait pas notre commission de la liberté individuelle établie par l'empereur dans notre sein, pour se jouer de nous^
Je passai chez plusieurs de mes coUëgues y et après avoir causé avec eux de la direction des afïaires, je les décidai à ne point quitter Paris ^ nous nous réunîmes che2 le comte Fabre de l'Aude ; et là , nous nous fîmes la promesse d'être prêts à agir dans l'intérêt de la chose publique ; selon que les événements le permettraient. Ceci avait presque l'air d'une conspiration ^ aussi plu^ sieurs d'entre nous n'étaient pas tranquilles ; ils ne voyaient que la puissance de Napoléon; ils ne se femiliarisaient pas avec l'idée que ce colosse touchait peut-4tre au moment de sa chute , et que la pierre fatale qui devait briser ses pieds d'argile était déjà détachée de la montagne. Je ris aujourd'hui en songeant aux mille précautions de prudence que le comte Desmeu= nier prenait pour que notre conversation ne fût pas entendue de quelque curieux à la piste dans l'antichambre ; il nous amena au fond du salon , du côté des fenêtres ^ ce fut avec une joie infi= nie qu'il aperçut des portières à la porte prînci» pale} il courut les fermer avec ce grand em« pressement qu'il mettait aux petites choses.
C'était un homme instruit , doux et très sociable; mais les minuties l'occupaient à tel point, il prenait un air si affairé relativement à l'objet le
d'un PAin DE riiANCE. 367
moins important^ que dans sa société intime on avait fait l'épigramme suivante^ qui peignait bien notre excellent collègue»
Où court donc Desmeunier? pourquoi ce grand tumulte ? — Il ijianque une virgule au sénatus-consuîte.
D'autres parmi nous faisaient preuve de plus de courage ; nous parlions tous de la liberté , et nul n'osait dire d'où elle viendrait. Il est un point à remarquer, c'est qu'à la veille d'appeler les Bourbons à occuper de Nouveau le trotie^ aucun de nous, dans les diverses conférences,,, ne prononça leur nom ; il était dans la bquchf3 de tous, mais il ne dépassa jamais; les lèvres.
Tandis que la discussion était, ph^udemeat animée, avant la fuite du roi Jpseph , et à nptre dernière entrevue, qui avaitlieu ce jour-rlàchez le comte C..., voilà tout à coup Jie canon qui tomae:avec vébéni^nce. Noqs, id^meurâmes tous inmiobiles et formâmes mille conjectures sur ce qui se passait ^ut;our de nous^ j'envoyai mon valet de chambre à la découverte ^ il rentra peu de minutes aprèsi pour nous dire que l'empereur venait d'arriver devant Paris , qpe le bruit de
l'artillerie annonçait le combat qu'il livrait auk Alliés ^ dont sans doute il serait vainqueur. Cette nouvelle , tout improbable qu'elle était^ terrifia notre assemblée ; plus d'un membre^ consterné d'y être venu , cherchait par quel moyen il ferait excuser sa présence à Paris. Celui chez qui nous étions prenant son parti ^n brave, nous dit avec un phlegme parfait:
« Messieurs et chers coUëgues , voici le moment » de nous montrer ce que nous sommes réelle*- » ment , comme aussi de faire preuve de notre » attachement à Sa Majesté l'empereur ; quant » à moi y plein de respect et d'amour pour sa . » personne sacrée , je vais me rendre auprès de » lui y afin de le convaincre que je ne désespère » pas du salut de la patrie tant qu'il sera là ; je » vous invite à m'accompagner dans cette dé»
» marche solennelle, n
Certes y ce propos si peu en harmonie avec ceux que nous tenions auparavant neiis eût fait rire 4ans toute autre circonstance; mais ici y je l'avoue , l'effroi était universd , nous connaissions notre maître , et chacun hi" sant taire son opinion personnelle^ allait se rallier à celle du maître de la maison , lorsqu'un incident nouveau changea notre résolution su»
d'uw pair de FRA^XE. 369
bite; le comte Fabre de l'Aude y que nous attendions depuis une heure, arriva ; nous nous hâtâmes de lui demander si l'empereur combattait les Alliés. A cette question , il nous apprit la fuite du prince Joseph et de tous ceux qui avaient un intérêt positif à soutenir la puissance impériale. Nous sûmes de lui que le bruit de l'artillerie provenait des derniers efforts d'une poi- " gnée de braves trahis par des chefs timides et qui cependant reculaient encore devant la nécessité de laisser pénétra les Barbares dans la capitale de la France, des arts et de la civilisation.
Cette nouvelle noys rassura ; notre président regarda comme non av^nu son élan d'enthousiasme impérial , et dès qu'il eut la certitude que le chat auquel il était question d'attacher le gre** lot n'était pas aussi proche^ il proposa de reprendre la discussion ; il n'était plus en notre pouvoir de la continuer. Entraînés par les événements, nous ne savions ce qu'il convenait de faire; abandonnés, au milieu de Paris, par toutes les branches du pouvoir administratif, nous nous aperçûmes tout à coup de la responsabilité immense qui pesait déjà sur notre tète, à nous autres sénateurs, qui. à l'exemple des Tome m. 2/1
370 UÉMOIRES
vieux personuag^îs consulaires de Rome, n'avions pas déserté notre poste t nous nous encourageâmes mutuellement en nous faisant la promesse d'être unanimes dans lés résolutions à prendre pour le bonheur commun.
Je reçus sur ces entrefaites , un billet de Talleyrand , qui me priait de passer chez lui sans retard ; il me demandait un profond secret sur ce message ; ye ne crus pas devoir le taire à mes col» lègues , je leur en parlai. Je ne fus pas d'avis d'obtempérer à cette invitation de Tentrevue qui m'était proposée ; tous m'engagèrent à m'y rendre, et me conjurèrent en outre de revenir promptement leur communiquer ce que j'aurais pu apprendre» Je le leur promis.
Je trouvai chez le prince plusieurs individus^ tous d'andçxines familles , tous attachés de coeur aux Bourbons , à ce qu'ils disaient : cela pouvait être; mais je puis déclarer que jusqu'à ce moment tous m'avaient au contraire paru très dévoués à la nQUvelle dynastie. Le maître de la maison vint à moi avec empressement; il me prit d'abord à part*
c< Voilà , me dit-il , le roi d'Espagne parti ; » il ne s^est pas souvenu du proverbe : qui » quitte la partie la perd. Que pensez-vous de