CHAPITRE LXXII
Les Alliés à Paris. — Madame de Sémélé. — Prodamation des Alliés. — Un Gommissaire impérial Tient à moi. — Le gouTememeiit pro?isoire. — Constitution dn sénat, — Le sénat est joué. — La régence. — Paroles d'un chambeUan . — Marie-Louise. — Soulf et Wellington. — Bataille de Toulouse. — Le général Taupin.-* Toulouse évacuée. — Royalistes du moment. — Discours de Wellington. — Les cocardes de toutes couleurs. — Les dames de Toulouse. — Le duc d'Angoulême.
Cependant Paris allait ouvrir ses portes aux Alliés. On prétend qu'à la nouvelle de la capitulation qui leur livrait cette capitale, l'empereur de Russie et le roi de Prusse s'embrassferent en s'é-^ criant : La cause de t humanité est gagnée! Ce qu'il y a de certain , c'est que la leur Tétait pour long-temps , et que cet acte extraordinaire cfcan-
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geait la fece des choses. Des ce moment la po«* lice impériale fut paralysée; elle n'eut pas même la force de dissiper ^ le premier avril au matin y jour de l'entrée des Alliés y les attroupements qui se formèrent sur la place Louis XY. Là , par les mains du vicomte de Châteaubriant y du duc de FitzrJames^ du comte de Sesmaisons^ et de beau» coup d'autres royalistes ^ le drapeau blanc fiit arboré de nouveau ^ et la monarchie se releva au même lieu où des régicides l'avaient noyée dans le sang de Louis XYI. Les souverains de
Russie et de Prusse se crurent rétrogrades de vingt-cinq ans à la vue des cocardes blanches^ des drapeaux fleurdelisés qui leur furent présen« tés. Déjà les symboles delà République ^ les emblèmes de l'Empire tombaient de toutes parts , tandis que la main d'un faible enfant attachait à la cîme de la colonne d'Âusterlitz , le cable qui devait en précipiter la statue triomphale du grand-homme, dans lequel , à cette heure ^ on ne voulait plus voir qu'un tyran.
Alexandre fut principalement le point de mire de tous les royalistes. On savait que y peu avant son entrée , madame de Sémélé , dans un transport d'enthousiasme véhément^ s'étajut jetée à ses pieds pour lui demander
d'un pair de FRANCE. . 3ny
dire'^' il l'avait relevée en lui disant : Si la j^ ^:on le désire comme vous, soyez contente , j^tt* l'aurez. D'une autre part, ceux des Fran- ^iis qui avaient quelque influencé et qui aspiraient à décider le changement de dynastie, ne se reposaient pas du soin de l'amener sur ce qui se passait autour d'eux. Ils précipitaient la catastrophe, ils animaient les esprits, et, dès le 2 avril, le conseil municipal de Paris prit lui-même l'initiative par la proclamation qu'il adressa aux citoyens j cette pièce sera conservée dans les archives de l'histoire. Je puis attester I effet prodigieux qu'elle produisit. On eût dit que les yeux, aveuglé* jusqu'à ce moment, venaient de s'ouvrir à la lumière. On sentait qu une ère nouvelle allait commencer, et que désormais, le despotisme complet serait impossible en France. C'était beaucoup, sans doute, mais ce n'était pas tout j la commune de Paris ne pouvait stipuler pour la population de l'empire; elle était seule au milieu de quarantequatre mille mairies qui ne se prononçaient pas encore.
Sur ces entrefaites , les Souverains , pour donnei- aux intérêts contraires h l'empire la conviction qu'ils pourraient se prononcer sans danger,
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publièrent une déclaratiob^ s?o«
quelle ils annonçaient que 1^ <\(^g
serait libre de se donner la cons. /O^
conviendrait. Ce manifeste charma . ^
il promettait des réalités à venir ^
pas toujours tenues, mais auxquelles ' fit croire dans le moment. C'était le point . tiel et tout ce qu'il fallait aux meneurs. 'X demeurai guère tranquille durant ces deux jour, pendant lesquels un parent du duc de Rovigfo vint me trouver pour m'engager à agir dans le sens du gouvernement impérial. On me faisait des promesses dorées , le titre de duc , le grand cordon de la légion-d'honneur, cent mille francs de rente devaient être la récompense des services qu'on attendait de moi. Je ne me laissai pas gagner. Je connaissais l'empereur, et savais que, si je rentrais dans l'antre du lion après en être volontairement sorti, il n'y aurait pour moi aucune sûreté. Je répondis que )e ne désirais qu'une chose, la prospérité publique, et que pour m'y faire concourir on n'avait pas besoin de me payer.
L'émissaire, que je ne nomme point parce qu'il est aujouixl'hui pourvu d'une fort belle place, se porta alors à des menaces } il en vint jusqu'à me
d'un pair de FRANCE. 879
dire que Dia famille et mes propriétés étant dans la partie de la France soimiise encore à Napoléon^ je devais craindre les suites d'une juste représaille. Je traitai cet homme comme il le méritait. Je le rendis responsable personnellement de ce qui m'arriverait de fâcheux dans les miens, et puis, sans égard pour le titre de commissaire - général impétûal qu'il s'attribuait , je le mis à la porte.
Ce fiit au milieu de cette agitation que le prince de Talleyrand crut à propos de se prononcer ouvertement. Il prit sur lui , en sa qualité de grand-électeur de l'empire, de convoquer le sénat pour qu'il eût à décider ce qu'il était convenable de faire en la situation extraordinaire où nous nous trouvions. Notre réunion eut lieu au nombre de soixante-cinq sénateurs, et là , agissant tant en notre nom qu'en celui de nos collègues absents , nous procédâmes à l'acte le plus important dont jamais hommes se soient occupés. Nous commeniçàmes, selon le vœu des Souverains, par nommer un gouvernement provisoire. Nous désignâmes donc pour agir au nom du peuple français, une commission composée de cinq membres. Le prince de Talleyrand la présidait, et cela à juste titre; les comtes de
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Beumonville et de Jaucourt, sénateurs; le due d'Âlberg, Gonseiller-d'Etat, ancien ministre de Bade auprës du premier consul, à l'époque de l'assassinat du duc d'Enghein , auquel il n'opposa aucun obstacle , pas même une simple protestation y et Fabbé de Montesquiou y ancien membre de l'assemblée Constituante; celui-là jouissait d'une réputation de politique habile.
Le choix de ce comité annonça la délibération qu'il allait prendre ; il adressa , des son installa» tion^ une proclamation aux armées françaises, par laquelle il leur apprenait qu'elles n'appartenaient plus au chef de l'empire, que le sénat et la France dégageaient les soldats de tous leurs serments envers Napoléon.
 la suite de ce premier acte, et dans une séance tenue le 2 avril , dont le résultat ne fut connu que le 3 , nous décrétâmes la déchéance de l'empereur Napoléon , de son fils et de ses frères; nous appelâmes au trône Monsieur, frëre de Louis XVI , régnant déjà dans l'étranger , sous le nom de Louis XVIII, et auquel nous ne voulions donner le titre de roi qu'après qu'il aurait accepté la constitution que nous improvisâmes. Nous y posâmes en principe la liberté individuelle, celle de la presse >
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^inviolabilité des propriétés nationales^ raboliticHi de la confiscation^ Fégalité des droits^ rinajnovibilité delà magistrature , celle du sénat^ changé en droit héréditaire, et par un article spécial j nous exigeâmes la propriété perpétuelle, pour nous et nos héritiers^ des trente-six mille francs de rente que nous tenions de la munificence impériale. Ceci 9 comme je Tai déjà dit, nous fut fatal; la Nation vit, dans le sénatusconsulte que nous venions de porter , deux choses seulement : la chute de Napoléon et notre avidité. On nous accabla d'épigrammes , on nous chansonna , on nous mit en caricatures, et notre chute fut complète. Dës^lors, les parti» sans de la royauté absolue, eurent le droit de nous disputer celui de disposer de la cou» ronne* Louis XVIII, appuyé par eux, ne vint pas régner en vertu de notre décret^ mais en vertu de sa seule naissance, de son pouvoir imprescriptible et d'antécédents qui remportèrent sur nous.
Nous n'eûmes plus , des ce moment , à contii^ nuer le rôle de sénateurs qui traitent d'égal à égal avec le prince qu'ils veulent bien reconnaître pour leur chef ^ mais bien celui de sujets humbles , et sollicitant de la bienveillance d'un
monarque lég;ittine le prix de services éminents qu'ils lui ont rendus. Plusieurs des nôtres connurent^ des le premier moment , que leur es»
pérance était déçue. Ceux qui avaient voté la mort de Louis XVI n'eurent rien à attendre de son frère ; d'autres , ou sans considération per«sonnelle^ ou unis trop intimement à là iiamille impériale , pensèrent aussi y et avec raison qu'ils seraient rejetés. Cette certitude jeta des semences de haine et de jalousie dans les esprits. On crut le» calmer en nous assurant à tous, notre vie durant, l'intégrité de ce traitement qui nous avait feit faire une si cruelle école. C'était une consolation qui fit dire au comte de G.... « Du moins, si on nous enlève notre man» » teau , il est bon qd'on nous laisse la dou» » blure. » n faisait ainsi allusion à la bande large de drap d'or qui ornait le revers de notre grand costume.
La régence établie à Blois luttait avec faiblesse contre sa destinée. L'impératrice , par sa pro« clamation du 3 avril , engageait le . peuple à la fidélité. Ce jour-là même , nous venions de prononcer la déchéance de son époux. Presque en même temps, l'empereur d'Autriche, s'apercevant trop tard de la feute qu'il avait commise
d'un PAIK DE FIIANCE. 383
en ne dirigeant pas les événements de manière à laisser sur le trône son petit-fils , envoyait cher^ cher sa fille. Le comte de Schouvaloff fut chargé de cette mission. Il vint à Blois^ et sa présence, quoiqu'il fut seul , paralysa d'aburd le peu d'é« nergie de cette cour expirante. Nul n'essaya de lui disputer le droit d'emmener la jeune impé«* ratrice et le roi de Rome; bientôt même, tons les grands dignitaires, les officiers du palais, qui avaient suivi le gouvernement, s'adressèrent à l'envoyé autrichien pour qu'il légalisât leurs passeports, que chacu];i se faisait délivrer à la mairie de Blois; le seul magistrat du peuple était resté en charge tandis que les ministres et les hauts ^fonctionnaires descendaient tout àx^oup au rang de simples particuliers. Il y eut des rois qui, comme le dernier de leurs valets , prirent aussi la sauve-garde du comte de Schouva» lofF> cherchant à cacher de leur mieux une ma« jesté dont l'empreinte n'était pas en eux assez ancienne pour qu'elle eût de la peine à dispa» raitre sous un modeste déguisement.
La, comme à Paris, on voulut aussi que l'argent dédommageât de la perte des dignités ; chacune des grandeurs tombées se présenta à la caisse impériale pour toucher son traitement
échu. Nul ne fit grâce de la moindre somme.
Les chambellans, quoique presque tous d'an*»
cienne noblesse, ne se montrèrent pas moins âpres à la curée. L'un d^entre eux, qui mainte-* nant iait son service auprès du roi avec une exactitudesingttliëre, s'écriait, en quittantBlois : « Ah ! si Fempereur triomphe de ses ennemis , » et qu'il me dise : Comte , donnez-moi un bon » conseil : Sire , lui répondrai-je d'abord , les » choses auraient pris une autre tournure si , » dès i8i3, vous eussiez hit tomber les têtes » de ceux qui déjà s'étaient vendus à l'étranger ; » maintenant, faites pendre toas les traîtres. » Je ferai l'offîce de bourreau , pour vous ser« » vir , si vous n'en trouvez pas. »
Marie-Louise ^ en cette circonstance , montra toute la £sdbles8e«t Tineptie de son caractère ; véritable femme et princesse allemande, elle ne s'était crue nécessaire eu France que pour foire des enfonts ; et elle se sépara de son époux, sans pleurs, sans désespoir, sans rien foire pour le rejoindre. Elle ne montra ni cœur ni ame , et > après avoir été l'épouse d'un empereur et d'un grand homme , elle est devenue , dit-on , celle d'un général autrichien. Dire qu'elle esttoiflbée si bas est encore la traiter avec moins de sévérité
d'x7n pair ds ï'aA.NCE. 385
qu'elle ne mérite. Peal>-ètre elle aussi fat-^Uè uue prouve que le$ Âutrichienues sont fa»
nestes à la F)*aDce.
Tandis que l'invasion atteignait son dernier terlnie à Paris ^ au midi le maréchal Soult^ obligé de se replier devant l'armée coalisée des Espagnols^ des Portugais et des Anglais ^ était venu prendre pc^ition sous les murs de Tou»
louseé Le général anglais^ qui l'y avait suivie demeiUra un mois environ dans une inaction complète. On aurait dit que, de prime abord^ il craignait, malgré la supériorité du nombre^ d'attaquer des héros malheureux. La nouvelle de là prisé de Paris lui étant parvenue secrètement, il voulut , pour rendre meilleure la po« sition de l'Angleterre dans le traité qui interviendrait, s'etopater de Toulouse et se signaler s'il lui était possible, par une victoire éclatante : il fit ses préparatifs , et livra bataille.
Quelques écrivains méprisables , dont la bas-^
sessè a caressé les ennemis éternels de leur pa«^
trie, ont osé avancer que le marécbalSouka^ai t ed
connaissance de ce qui s'était passé à Paris pos*^
térieurement au 3amars ^ la chose est &usse : elle
était même prèsqu'impossible ; Soùlt se trourait
alors dans une position où toute commumca^ Tome m. 25
386 MÉMOIWS
tioisi entre Paris et lui était. coiq>ée , taoclis que lee Anglais dans la leur, avaient du néceaaairep* ment apprendre la reddition de cette capitale* Ge qui me prouve qu'ils eti étaient instruits f ç'est< In • promptitude, que Wellington, mit à attaquer 5 pendant la solennité du saint jour de Pâques. (Certes , ce n'çutpas été ce jour -là ne j sans un . motif extraordinaire , un général ut mené des Eapagnols et deft Portugais ad wmhal; ilsjen.inurmufèren^a on n'eut aneiia égard à.leurâ plaintes*; Il fellait que bi politique anglaise nous arrachât le boulevard du Itiidi f el dispersât notre dernière armée ', afin qu^ bqv» iuMîoas contraints à ac€e{>ter la paix telle qu'on noua la. proposerait. . ^ . Le 10 avi^ii i9i^,fixt livrée cette t^taiUe eélèF> liNre, dams-laquelUving^deuv i«ille Français di8«> putérent à qtiatre^vingt mille ^anemi$>ilae vvic« toire qui restaânidécisè. Cettii. journée, pendditt laquelie WislUngton ne 6t prÂuve d'aucun tadtot militdife^ lui coMa vingt mille tde ses soldats De notre côté* néus eûmes , à déplorèjr la perte du brave généra} Taupih>^. &appé d'un coisp mortel» . Le lendemain de .eétte>< action j l'ar* mée .des Alliés ^ à qui ell^ avajt été si ;ftineste', B^ma paaAenter moe aouvetlea^taifiiie ; elle slsth»
tètA sans afmiatice^ attentlam: ce qu'il contient drait aux nôtres de i^ire.
Le duG de Daltnatie , reconmissadt qu'une résistance prolongée eoin|>roaiettf ait Toulouse f prit ia résolution de l'évacuer^ ée qu'il exécuta ^an& la nuit du 1 1 aii m.
Des que les derniers bataillons français furent sortis , un groupe , composé en- majeure partie de gens qui avaient prêté dix serments à l'empe^ reur, se rendit à rhôtel-<le^yiUe> et brisa les imai* ges de ce grand prince. Wellington^ntrait : oa le barangua ^ on lui demanda les Bourbons { il répondit à peu près en ces termes. :
(f Je. vois avec plaisir^ messieurs., l'anïoiù^ » que vous portez, à cette famille auguste ; JDoiAis }> il ne m'appartient pas de décider de ses des^ » tins. Mon gouvernement traite peut-être avec n le vôtre en ce moment ,* et si les changemeivls » que vous souhaitez n'ont pas lieu ^ si ^ sans >i une pleine assurance des chances futures^ » ' vous voùleE imiter le mouviement <de Bor«* » deaux^ Je ne pourrai , tout en respectant n votre s&ële, qu'offrir un asyle en Angleceire > A à ceux que poursuivrait lo colère de Napd* \y léon. » -
Oé lui répliqua en proclamant Lcmis XYIII' ^
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et cependant il prit possession de la ville , pôuf et au nom du roi d'Angleterre* Mais la comédie touchait à sa 6n ; tandis que le noble lord était à table > un courrier lui apporta des dépêches de lord C^spelreeagh et des m>uvelles de Paris; Si Teuthôusiasme des Toulousiains fut légitime ^ plusieurs d'entre eux le flétrirent jiar la bassesse avec laquelle ils se jetèrent au devant des Goa^ lises qui> pour entrer dans la cité> avaient marché sur les cadavres de nos compatriotes \ on les accueillait avec transport, on les embrasa* sait sans faontel Des femmes de la bonne compagnie poussèrent le délire jusques à baiser leurs chevaux ; bientôt chaque chapeau français parut orné d'une cocarde anglaise , puis on y joignit les couleurs espagnoles y celles du Portugal ; et on en fit tant que quatre soldats alliés des états du prince de la Lippe > qui peut mettre trente hommes en campagne, demandèrent aussi que la couleur de leur maître ne fut pas oubliée ; on n'eut garde de leur refuser ^ et on se bigarra de toutes les nuances de l'habit d'Arlequin;
Les darnes^ par une politesse exquise^ se chargèrent de faire les honneurs de la ville aux nouveaux venus; le dévouement fut entier^ et un grand nombre d'époux put ajouter encore
d'un pair m FRANCE. Mg
la nuance jaane à la cocarde cosmopolite. Je tire le voile sur les saturnales ^ sur les dibau» ches qui signalèrent cette époque ; on me saura gré de mes réticences.
Le maréchal Seult alla prendre position entre Villefranche^ de Lauraguais ef C^st.elnaudary j hientôt après ^ iustruit que le duc d'Ângoulème arrivait à Toulouse , il s'empressa d'aller lui faire sa soumission ; il en fut bien accueilli. Ce prince aime par instinct la gloire et sait apir p^éi:iep les beaux £aits d'armes. Le Midi ne tarda pas à ^re pacifié par sa présence ; il y appointa ifn prdent amour dç la paix et de l'union , et ce ne fut pas sa fiiute si dans cette partie du ^oyaumç les opipions demeurèrent en préfiençe.
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3^0 MiM^US
CHAÎPiTRE LXXIII.
Bnrfts djy^i. ^ L'empereur JMscose le sénat. — lôes nyiréchaax ,; l4w<ta»^( ce prinoè. — Sèft abdîcfttion. ^-^ RéiexSoiu. -^ l^ plume (|e Val^dicatiou. — Causes du la^Atentement, fqi ;|e,inaT nifeste, — Les Jacobins.— Les acquéreurs de biens nationaus;. — •X^es ^oa^eAui^ nobles.—' Les mftitaires. -^ Conspiration nâtissante^ . — : Jpixe»; PI)Rif t». -^ S^^ntentepient de Napcîéon. *^ Nme ni* mise en son nom à Tempereiv d* Autriche* — Befus de celui-ci (Tac- <^ter ce qi4 on lui propose.*-^ Le prince de Mettemicb. -^ Anecdote du chapeau. — > Anecdote de la violette. — Napoléon fait de cette fleur rembléme de son retour. -^ Réfutation d'une assertion du baron Fain.—» Départ de Tempereur. — Ses adieux à la troupe. -« Conduite honteuse des Provençaux à son égard. --- Son séjouip à rne d*£lbe. — Ce qn*il 4it à i^i An^is.
Je reviens aux événements dont Paris et les environs étaient le théâtre. On nous apportait de Fontainebleau les nouvelles les plus contra-» djctoires ; tantôt on nous disait que Venipereur
d'un pair de FRANCE. 3g I
iiaast. parvenu à rainasser quatre-^iDgft mille lioniines^ approchait pour attacpier les enoeinis dans 'Paris même; une aatre Ibis que trav«]>* $mt le royaume aveo son armée , il allait se join^dre »u maré<Aal Souk, afin de se rappro«i cher avec lui du prince Eujgfëne) et* de cotiti«« Buer la guerre entre lés Alpes et les moiitagpes dé l'Auvergne; Oe '- plan bien conçu et mis à ^écution par troisi habiles capitaines , < eût gâns doute prolongé la guerre et amené des chances dont les résultats n'étaient pasi faciles à prévoir. Maifi Napoléon n'étendait plus aussi loin ses Vues; il cominençait à perdre l'éneiigie pffeinière de son caractère. Il n'osa pa»^ lui qui avait tan)D o^^ et à qui les entreprises les plus téméraires avaient si souvent réussi •
L'espérance pourtant n'était pas toute sortie de son cosur; il croyait pouvoir se soutepir en*eore/et il prodiguait les promesses et les protestations d'un rnéilleur avenir. Il S'^npressa dforganiàer une nouvelle armée à Essonne avec les divers co^ ps qui accouraient de toutes parts se rét^i^sr autour de lui. Il se disposait à partir i ilayaitdéjà harangué la:vieillie garde, lûopsqu'il reçut la > nouvelle foudroyante de sa déchéance que nous venions de prononcer. Certes en ce
39^ MÊMomES
inomeiit il ne nous épargna pas: il écrivit, il imprima même « que le sénat se fondait en V vain sur lai articles de la constitution pour le 1) renverser* Il n'a pas rougi, ajo!\ftta^t-il, de faire » des^reprocbes à l'.empereu^, sans remarquer » que^ comme premier corps de VËtat> il a.
» pris part à tous les événements , il est allé si >» loin^ qu'il a osé accuser l'emp^eur d'avoih D altéré le texte de certains actes dans leur pu- » blication. Le mon^e entier sait qu'il n'avait M pas besoin de tels artifices ; un signe était 9 un ordre pour le sénat, qui toujours faisait 9 plus qu'on ne désirait de lui. y) , De pareilles allégations ^ ne nous étaient nullement àgréajUes, Il était étrange que celui-* là même , qui avait tant abusé de. notre cotmm plaisance, nous en fit un crime aux yeux de rElui:apç. Cela nous déconsidérait; mais en nouk faisanii; ilu mai^ Napoléon n'arrangeait p^s. ses affaires ; la défection du maréohalMarjnont , qui capitula avec le prince de Schwartzemberg^:lul enleva une bonne partie des. troupes sur les*» quelles il comptait. Le sceptre alors échappa de sa main ; il comprit que dès cette heure il né lui restait plus qu'à plier sous lés lois deTinfleM xible nécessité,, et tout aussitôt il retrouva dan»
d'un MIR DE FRANCE. SqS
Tabyinfe où il était descendu toute la grdudeur héroïque de son caractère.
Il voulut d'àbôvd abdiquer la couronne en fayeur de:sàh fils.*i< Les résolutions, lui dit-on^ » ne rétrogradent pas : la FVance s'est déclarée » pour la maison royale ; la vôtre ne peut plus n la gouverner. » On lui offrit six millions de rente., la sduveraineté de l'tle d'Élbe et quelques autres avantages qu'il accepta. Ce fut le 1 1 avril qu'il signa ^ dans le château de Fontainebleau , l'acte solennd de son abdication;
Ce sacrifice d'un grand homme ne fut pas^ apprécié comme il aurait du l'être. Les passions étaient trop en effervescence pour se calmer de*» vaut tant de générosité. Cértainemeut la cause de Napoléon n'était pas complètement désespérée; il pouvait revenir à une meilleure fortune., soit en combattant encore, soit en s'accommow dantavecrempereurd'Àutriche/quidéjà s'apercevait qu'oos'étaicjoué de ses sentiments de përe. Renoncer à une aussi belle cotirotane, lorsqu'il restait encore des moyens de la conserver, y re« noncer pour ne pas en|Cretenir plus long-temps la guerre au milieu dé la France^ était un acte sublime^ digne de l'admiration pixblique^ et propre à faire regretter celui qui en était l'auteur.
dY)4 ' ' ' HBMOIRBS
4 prOf>ad de coci^^on m'a ôotité qê^e le con« ciei^e de Fontainebletù^ dans' les pr^inici^ ^mpsdela révolution Ae^i^i^, tira; un assez grand lucre de Fitislf^uateQt matérîd de cxtre abdi<)atioQ : la ^ktoé dont iNàpoUoti^ 's^étah ^rvi pour réorîre ftit tendue, ^t>Hni,' trente ou quarante jfois t^pis <Mi qw.tre. guinées chaque 9 des; Anglais fiers de Vlici^uistttOQide ee.trAsor îjmagipaire.^ Cette. plmip^^V doQo^t.aur'celond Lçibédpyère ^ etf. aujourd'hui^' est Joha posftèssion ^ et je la garde ooinf9ti9 une! ipeliqde> ppéN çieuse,; comice 4e is^^^ir de • l'éirénefiaent le pli^s ert^ofrdi^re; d^ Thistoiire: modekv>e« • , JLi'eoipire i^t.r^pereurdî^parurent'en'nDémè tj^ps f tfn4i^ qpe la roy^^ut nèjeume se: mie** y^t dii milieu i^es i^uin^e^ aan^anies te^. le&« qi4fj^es on avi^iti enseveli la France y put e»^ p^ei^. uivQaçiUeor ^yQnir; maisrle tempsiou el^.^^ys^it 0iK). jpuir^ n'jétaJtlpad prechaln encore!; p][^$ie^rç c^i^eisi ^estretgbix'ent leajiieniaîts ds la jpLU^f Quti;^ JeQ:préteî)tipna . iaLagérées«'de< Y^ti» d^ne 90)3^^^^ et^ujolefigé^dont jeiparlerai plus t9.i:d> il y en eut d'^utres^qui naquicent a^'instabt mêfue df^lc^ôchute du trô&e. inipérial. JkyT^ui enfin u^ fiiiinbre çonsidérablb de içitoy.en& qûi^ (l'attendant leur, foftune q^e des grandes cçon^
mptiops politique^ e( dRiboolovereiBiDeiit perpé^ tu^ de r^urope^ ^qul^i/iiaient; la eontiaaatioa des troublea CLvila. i
A ce parti sfi jpigïHiit ctlui desj yfyèmnt de la réyçWioii , 49 ces ! hommes gorgés d'or ec souillé^ de;.crin|es;:lasi!égicidûs surtout n'osaient attendre lepi; grâce du monas^ue, frëi^dekur sainte viçti^xie } la rajf|;e ^roublaic> lear ame jt^ii que là infi|cpessible{9U rsmords. *'.. :r.^ -•
^ çei(](mlà ^ ralliaièiit eif presque tatslité> les acquéreurs de biens nationaux. Ils tseinblaieni qi^ç le q^e(pi)f$ (^i^ f oî ne^deyintiè sî^aldeibur ruÎAeVj Pf|s ;^i]|[^nii|9^ili!9, dfts lapcapot^çu^cde tom». ^$|)j^çjB,.ib||i|Aif^t ' k< dernière olasse de» pécpnjt/çnts .qui s^ gi}Qi5$îs3ait imcoré de tous les parfef)yfs.<4^ la .c^rjm^érîaku \5u instinct «se» çreji; Je^ , a^eiççiftss^ii; iqu'ilss ne aéraient }»niais* ^n]|S:dap6ifiA^ilûlé.dqBi(nipriB<^^ ' ^ " ' f ilç i^rsupg^rai.pa». les ^militaires 'parmi de^Xf qiû ;tfai^]['in^raiépt$)i]s » n'étaient «point encore tquripçpti^j |U •ifgMMaient^leBrisep^^ ^Âfecablést p^rjç ^4sisnl|i,êt-;pantrauga9l(« infott^he de Içui^ çl^ef yC^n^igéoémaîténatureU^eine les laissait pf^- ^pgev ^ KfveQiri; néaniboips dansie nom** bre^dç^ e$p]:it4âàqai^tsy brouillonà^ remuants y toujours prêts à se lancer dans des^anfee.^ non--
3g6 MÉMOIABS
YfMe»^ par le seal besoin de s'agiter^ commencèrent à conspirer au moment que la nation leur commanda de poser les armes; ils avaient trop Ipng^temps pesé sur leurs concitoyens pour se décider à s'efiacer dans les rangs de la popula» tion bourgeoise; ils frémirent à la conviction que leur règne était passé ; bieptdt ils re^ettèrent en forkenés Napoléon^ qu^îls n'avaient pas su ou qu'ils n'avaient pas *voulu défendre , et ce ne fut plus qu'en lui qii^ils mirent toute leur espérance. ,
Je voudrais bien partâigei:' Tôpinion de cer« tdines gens qui ne voient dans les événements du aomars iBi4> que le résultat ôhme résolutxojn désespérée ^ d'une Volonté unique et non le complément d'une vaste conjuration ourdie avec un art infini et une haute supériorité de génie ; mais par ma position , j'ai pu connaître une foule de circonstances , j'ai vu et obtenu la communication i de pièces telleinent probantiçs^ quil m'est déi^ontré jusqu'à l'évidence que Napp^n pe revint parmi noùs^ que parce que son retour avait été préparé avant même qn'il se mit en route vers nie d'Elbe : c'est ce que j'établirai dàhs . la suite dç ces Mémwes. ,
. d'uK PAIH bt FRANCE. a^
Les partisans de rempereur , au moment où il cessait de régner y s'assemblèrent secrètement chez le duc de...ïi La réunion se composait de militaires qui , égarés par un feux amour de la patrie 5 ne voulaient pas voir qu'elle avait besoin de repos , et de plusieurs sénateurs qui craignaient avec raison de né plus figurer parmi les membres de la haute chambre à nommer.
On agita dans le conseil si Napoléon ressaisirait sur-le-champ le sceptre impérial, ou si, sous les dehors d'une résignation entière, il atten^ drait un instant plus fevorable^
La présence des Alliés à Paris, le nombre de leurs soldats y l'élan donné aux provinces par le royalisme; rajeuni, le nord, Test et le midi de la France au pouvoir des puissances étrangères, la Bretagne et la Vendée prêtes à s'armer^ s'il le fallait^ pour leur roi légitime; tout l'ensemble de cette situation présentait des inconvénients gravés j si Ton se décidait pour le premier parti proposé. L'armée impériale hârrassée de fetigue^ vaincue plus encore par la lassitude que par \â masse des ennemis, et diminuée par la défection des maréchaux, n'offrait qu'une feible ressource^ Il était donc impossible d'agir tout de suite et à force ouverte pour allumer un nouvel incendie^
Il caaYieûâit mièHt d'i^tiencirè lé moment bu là Frs^ice, Jibre.des étranget^s^ serait livrée â elleméiQie) cm» l'ôa n'âuraît pbiir- adversaires que de» citof ans désarmés,' Alors on poiiirràit réunir gutour des aigles relevées j la* foulé des soldats y des soKisroffîciers , des militaires de tous gi^des et; des employés civils nécessairement mécoii^ tents;de Tordre de choses qui s'«établisâàit , piiis^ que des réformes indispensables leur auraient enlevé les premiers moyens d'existence. On voyait aussi dànâ le lointain la discorde se ^lis« ser parmi les monarques de l'Europe , l'orslju'il serait questiop de . se partagea les riches dé^^ pbuiHes de la France. ^
Une voix sûre apporta à< l'émperedr \b résultat de. cette délibération^' qui ne le satisfit points Il aurait voulu: qu'on n'eût pas remis à l'avenir c6.qui devait être fait sur l'heure même; tout retard lui paraissait préjudiciable, et il s'èscpli*' qua vivement à ce sujet $ il insista pour qu'oti se déclarât 4;ou£.de:suîtèi U se berçait de l'espérance folle de renverser la coalitjon, lorsque la coali-*' tion veiiait de le jeter à ttrre. Sa volonté bien connine, la confiance. en ses talonts militaires entrainèrent à son a,vis uiiè partie des coiijurés; Ils.entrevireot lapossâdbîlhé d'un changement
lîubity si l'Autriche voulait y concourif ^ et pour connaître les sentiments vérital^lès de l'empe-* reur François II , on lui fit remettre un Mémoire rédigé p^r les comtes Re^nauld et Montaliret* Voici cette pièce importante :
c( Puisque Von oppose à l'empereur Naipôléon » le vœu du peuple de Paris , nexprinié par le » sénat ^ le conseil municipal, celui du dépar«» » tement et tes cris de la multitude; puisque M ic'est à de pareilles autorités que les empe^^ » rburs «d'Autriche et de Russie ont cru devoir » sç i^ndre ^ il n'est rien d'aussi facile que dé » leur- en présenter la contre partie; plusieurs » Milles du royaume , s'il le faut , se lèveront » 611 masse , elle& demanderont Napoléon pout* 9 souverain, du tout au moins son fils, avec n l'impératrice MaricX^uise , en qualité de ré« » gpente* Le vœu d^ L'iirmée serà-t-il à son touf » compté pour quelque chose, elle va le pro« 4 clamer tout entier,, elle apprendra ^arux n monarques coalisés qu'elle tië veut pas sesé*^ » parer du chef et des couleurs qui la conduis A sirentà la victoire; Uâe forte portion du i> sénat, du conseil-d^tat , du cbrps-législatif^ j» des admi&istrations^, des eiuployés de toutes f» 4k)ttes, uianife^era les mélnes, principes, en
4ôO MÉMOIRES
» élevant ainsi ainel codtre autel ^ ofa Ëicilitera ») à Sa Majesté Teitipereur d'Autriche ^ le moyen » de se déclarer honorablement pour le parti M qui réclame son affection d'une façon pins » particulière, puisque c'est celui de sa propre » famille et la splendeur de son sang qutl coti» » servera. Fort de son secours , fut-il même né- » gatify Tempereur Napoléon remonte sur le » trône ou au moins y placé son fils; l'Autriche » prendra pour elle le royaume d'Italie j tel » qu'il est aujourd'hui. La France lui cédera » en outre cinq places fortes, jusques à la paix Vf générale, et s'engagera à lui payer six cents » millions pour les frais de la guerre ^ comme » à replacer l'archiduc François dans la pro- » priété de la Toscane, et pour garantie des six i> cents millions , on abandonnera à l'Autriche » le Piémont et Gènes , jusques'à l'entier paie- » mentde cettesomme^ quiàura Heu par sixième. » La France conservera sa frontière sur le Rhin » avec la Belgique, et l'on avisera aux moyens » d'indemniser de la guerre les a utres puissances » qui voudront entrer dans l'alliance des em» D perenrs de France et d'Autriche. Il est biea D entendu que^l'empereur Napoléon renoncera k pour lui et pour les siens à la couronne d'Es^
d'un pair m PtlANCE. 4^f
» page et à uym e6 qu'il s pcMCdo^éiit aiHitli ir des Alpes et du; Rbiûi >^ ••
On éspérak beaucoup de 6ef.<^fres:bf«Uiiià6S(| mais ettes ne convÎDrent ni à l'emp^rsur d'An^ triche ni à M* de' Meuerniob ^ so» coaseiller; Mi de Mettertiick anait été trop long-^tempsà genoux devant Napoléon pour ne pas sentir qndque joie de peser à son tonr sur le grand homme f il était content de se yengier de& af«' fronts que sa . bassesse lui avait attirés^ dn sait qtiesouvent^ tandis que Napoléon causait avec lui 9 il ramassait avec une grâce. toutepsrtîctiM liërs ses ganta y son mouchoir ou sa^ tahatîkre ; aux copférences de Dtresde^ quand notre étoUe pâUss^it et dauâ une situation pareille y le chapeau de l'empereur tomba sûr le parquet ^ poMt ceUe fois> le ministre d'Autriche ^ 4[ui avait devant lui les désastres de Russie, de« m^uTa immobile ; Napoléon Texaminant de son regard d'aigle : . k M. de M etternich ^ lui dit^il, n .combien l'Âdglâterre vous donnera -t*- elle a pour cet acte de courage ?» ' .
Le mot était sanglant; Napoléon le paya chéri M. de Metternich , . à qui le souvenir de se^ humiliations était pénible^ décida son maître à répondre par un reïFus positif; ^. de Mopt....>