‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france--Chapitre 5 sur 48 · M MÉMOIRES · texte numérisé non relu

M MÉMOIRES

m électeur et sa constitution métaphysique y ses » absorbenientset tout ce cpji devait s^ensnivre : » ce plan déroulé m'a fait voir Vhomme à nu , n et certes je n'y ai pas trouvé grànd'chose. » Je ne puis Tassocier à mes idées, qui sont )) toutes simples^ claires, et allant ^ droit au w but ; vous en jugerez plus tard. Je pré- » fèreCambacérès, c'est un homme sage, grave, » fort entendu , et qui néanmoins ne fera pas n Tentendu. Préparez Sieyes à disparaître der- » rière la toile ; dites -lui que je me charge de )i lui assurer une 'belle existence^ mais qu'il ne n sera plus désormais à la tête des affaires,* ma ](^ détermination'estprise irrévocablement, etj s'il- * voulait me voir, il he me ferait pas changer. » Je né fus que médiocrement satisfait d'une pa^^t teilie mission^ mais je ne laissai pas que d'avoir quelque envie d'examitier la figure du Phaéton précipité , du vieux renard- joué • par un jeune politique, et j'acceptai. Il faut savoir pour com» preiidre la plaisanterie^ du .général Bonaparte surSieyes, que celui-ci, dans un de ises rêves joiirnalier$,^v!ait conçu leplan d'une constitution danslaquelleùniCorpssupériei|r,u»iesortede sénat eût absorbé dams so^iseia' tout wlitaire, tout haut administrateur dont l'influence sur le peuple et

d'un pair de FRAiNCE. 2f

farmée aurait pu compromettreles libertés publi» ques. Il osa proposer ce projet ridicule au vainqueur de l'Italie, qui n'en avait pas voulu , comme on peut le croire, mais qui n'en avait pas^ moins conservé une certaine rancune contre celui qui s'était flattéde l'absorber augréde sa volonté. ' Sîeyes reçut mon message comme un coup de foudre; il ne me cacha que mal son désespoir, se montra interdit, balbutia quelques paroles de colère , puis me demanda si c'était là ce qu'on lui avait promis, a Je n'en sais pieny ' )) lui dis-je; ce qui est positif, c'est qu'on » vous feit sénateur, qu'on vous donne la terre » de Crosne à titre de récompense nationale , » et qu'on vous permet de disposer entre vous » et Roger-Ducos , votre collègue, de la caisse » particulière du drrectoîre exécutif. »

Cette caisse était un fonds de huit cent inillej francs, destiné à procurer une certaine a/sance à chaque directeur ramené parle sort à rentrer dans la vie privée. Sieyes , après quelques mur=» mures , me répliqua : « Laissez-le faire , ilngraû » espère donc marcher seul,- parce que cela sait » dresser un camp ou Un projet de bacailley H cela croit être capable de gouverner ufacgrn iide » nation'; je ne lui en donne paspoyr six mois.

as MÉMOIRES

u mais qu'il ne vienne pas me trouver , je ne )> mettrai certainement pas pour lui ma main au

» feu; vous verrez, vous verrez comme avant » peu tout sera sens dessus dessous. »

Je le laissai librement exhaler son courroux; il acheva en reconnaissant que, pour l'heute présente , il n'était pas en état de lutter avec un si vig^oureux jouteur ; il resta d'accord avec moi sur tous les points que nous avions à discuter ensemble^ accepta le domaine deCrosne et l'argent qu'on lui abandonnait ; ceci lui parut une fiche de con-p solàtion ; il prit au reste la. plus forte part des huit cent miUe francs. J'ai même entendu dire que Roger - Ducos ne put tirer de ses mains qu'une centaine de mille francs, tandis que oonsciencieusement, les deux e^-directeurs au>> raient du partager également. L'amour de Sieyes pouj? l'argent était si bien connu que j'ai entendu dire à Carnot : « Je ne doute pas que si » on of&ait à Sieyes un million pour se laisser » fesser à outrance sur la place de la Révolution, » en costume de membre du directoire exécutif, » il ne trouvât dans la constitution un article >; qui le lui permettrait. »

Sieyes termina là son existence politique ; \l yit ^core , mais son nom est xsfii^t avant luii

d'iiN PAIH de FRANCE.

Page 1