Tome m
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eut appris que le premier consul traitait J'uil concordat avec le cardinal Chiarannonte^ nouvellement élu pape sous le noi^ de Pie VII.
Si la nation en général vit cette mesure avec plaisir^ les hommes delà révolution neraôcueillurent pas de même ; ils croyaient avoir fait un ^rand acte de sagesse en supprimant la religion catJUolique, en l'obligeant àn'étre plus la religion de l'Etat^ mais seulement une secte particulière , comme celle des protestants , des théopbilan-* thropes^ ^tc. Ils s'expliqueront sous le nouveau régime , et à ce sujet, avec véhémence, iLn'était piais de sarcasmes qu'ils ne Jan^ssent contre le premier consul ,• Fouché et Merlin ne déparlaient pas : ils eussent voulu l'un et l'autre la continuation du culte absurde de la Raison, et chacun d'eux se complaiiiiliiit à rappeler quel coup la reconnaissance de l'Etre Suprême et d^ l'im» mortalité de l'ame avait porté à Robespierre.
De pareilles clabauderies se pouvaient arrêter Napoléon dans ses mesures ; il sentait la nâces« site d'un culte:. uniforme, dont le retoiiii était virement désiré par ia masse de la nation. Il voulait rendre celle-ci grave et consciencieuse,* il savait que la religion bien entendue est favorable au gouvernement monarchique | et qu'elle ne lai
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devient nuisible que lorsque les princes écoutent trop ses ministres^ qu'il est bon de contenir d^une main ferme dans Tintérieur des temples. Un homme que j'ai vu long-temps en faveur aùprës de Napoléon, un de mes amis les plus chers , et que pour cela même je ne nommerai point, crut la circonstance i^vorable pour lui suggérer de se faire chef de secte et de créer ce ^ue ce conseiller appelait une religion d'Etat«
a Monsieur, » lui.répliqua le premier consul ( qui déjà dans son intérieur repoussait les qualification» républicaines ), « je ne veux i^e^ » commenter ni Luther ni Henri VIII ; à tous M les maux qui viennent de peser sur la France, «) n'ajoutonspas ceux qui prendraient leur source » dans les dissensions religieuses; ce ne serait » pas le moyen définir la révolution. » Il rejeta loin de lui une pareille idée, qui lui semblait subversive de toute tranquillité j et si, plus tard il eut envie de la mettre à exécution, ce fut, non par conviction , mais par dépit , et à cause des tracasseries que lui suscita le clergé lors de la division qui se manifesta entre l'empereur des Français et le père commun des Fidèles.
Les puissances européennes virent d'un mau« ifais œil la révolution qui s'opéraitr en France .
si Bonaparte^ simple geDéral^ leur avait paru redoutable , combien n'était-il pas plus dange^ reux maintenant<[ue son génie venait dele placer sur le premier trône du monde ^ lorsque dans l'intérieur aucune volonté ne s'opposait plus àFaccomplissementdesesvastes projets^ lorsque enfin il pouvait marcher contre ses ennemis aVec' . toutes les forces d'une grande nation soulevée' en sa faveur !
Vainement il essaya d'amener les cabinets à la paix 9 on repoussa ses propositions conciliantes ; il fallut combattre ^ il ne s'y refusa pas r prenant sa course avec rapidité , il franchit les Alpes avec toute son armée ^ comme s'il ne s'était agi que de traverser une plaine; surprit les Autrichiens , qui le croyaient bien loin , .et qui se réjouissaient encore de la prise de Gènes tout à l'heure tombée en leur pouvoir malgré l'héroïque résistance de Masséna ; et le i4juin 1800 il gagna contre eux la bataille dé Marengo , qui décida du sort de toute l'Italie.
L'administration intérieure , ainsi que les finances^ sortaient du chaos; tout s'organisait , tout recevait l'impulsion d'une main puissante / lorsque l'attentat du 3 nivôse an ix (24 décembre 1800) vint révéler l'existence d'un complot dirigé
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moins contre la personne du premier consul que contre la prospérité delà France. On ne l'attribua pas d'abord aux royalistes ; on «n accusa les Jacobins^ qui pourtant n'étaient pas les véritables auteurs de cette entreprise. Napoléon crut les révolutionnaires armés contre lui , et il tomba sur eux de fout le poids de sa colère. L'indignation soulevée par cet attentat fut unanime ; chacun le regardait comme un acte hostile à la tranquillité publique^ et pour cette seule fois peut-être les adresses qui arrivèrent de toutes les parties de la France^ ne furent pas commandées par les autorités locales. Je me trouvais dans la rue Saint- Honoré, sur la place du Palais-Royal^ au moment où l'explosion eut lieu; je crus que toute la ville sautait en l'air, et je cherchai un refuge au milieu de cette place/ Au premier moment , le bruit se répandit que le premier consul avait péri ; je me hâtai id' aller m*assurer de la vérité : j'appris bieafôt quç, sorti sain et sauf de ceguelap^ns, il avait poursuivi sa route vers l'Opéra , où il se montra plein de vie à la foule charmée. J'allai dès le lendemain le complimenter et je trouvai madame Bonaparte tout en larmes ; elle vint aussitôt à moi^ et sachant combienje lui étais attaché , elle déplora la rage des ennemis de son
époux. « Est-ce donc vivre , me dît-elle, que de » redouter sans cesse les assassins? Le pouvoir » n'est-il pas piyétrop cher à ce prixl Voua » verrez tout à Fbeure le premierconsul , a jouta- » t>-elle après un moment de silence; il est con- *) vaincu que les terroristes sont les auteurs de ce 9 crime, et il vient de laver delà bonne manière » la tête à Fouché. — A sa place , répopdis-je, je \) n'aurais rien à démêler avec cet homme ; il me » feit peur, je crois voir en lui la révolution tou«* » jours vivante. — Je pense comme vous ; mais il 1» croit en avoir besoin. On dit que cet homme » est habile, et s'il pouvait s'amender franche** » ment, on en tirerait un bon parti. »
Ce n'était pas mon idée; mais Fouché avait un art que je n'ai vu qu'à lui seul , c'était de savoir persuader à tous ceux qui l'approchaient qu'il leur était nécessaire. Joséphiqe, elle-même, qui d'abord ne l'aimait pas, finit par être prise à ce piège. Bientôt elle ne vit plus que par Fouché , et se laissa convaincre qu'elle ne possédait pas de serviteur plus dévoué. Peu après, le premier consul arriva ; ses premiers mots furent ceux-rci :
tt Les Jacobins me déclarent la guerre , ils la p, veulent, je ne les épargnerai pas. Que vou3
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w semble de cette algarade ? Elle produira sans » dO'ute un £icheux effet dans l'étranger. — Oui, M au premier moment, lui 4is^; mais comme » je nedoutepas des marques d'intérêt quela na- )» tion vous prodiguera , tout m'assure que cette » tentative, loin devons nuire, vous sei*vira » beaucoup. — Dieu le veuille l Cette pauvre M amie , poursuivit-il en montrant sa femme , a » passé la nuit à pleurer, — Quant à moi, j'ai )) ressenti une vive épouvante ; si nous vous » perdions , ce serait retomber dans le chaos. » — Est-ce votre opinion sincère i^ — Oui , et » elle vient de l'arae. — Ne croyez pas que » ce soit par orgueil, mais je vous avouerai qisQ M je pense commue vous. Oui , mon amji, j'ai \à » conviction intime que , plus que tout auti^e, » j'unirai constamment dans la même pensée \e$ » intérêts de la France au soin des miens pro- » près , que je ne me séparerai jamais delà na-» » tion , comme le font tant d'imbéciles qui » croient être quelque chose sans elle. Sà'H M vez-vous quel est , à mes yeux , le plus graiad M ministre des temps passés? c'est le cardinal dé » Richelieu ; celui-là ne voultit fonder sa gran* » deur que sur celle de la patrie ; il ne fut pas ï) l'homme de l'Espagne, de l'Autricihe, de
)i rAngleteire^ mais celui de la France. Il sut » se dire : Je veux en on'élevant élever aussi » l'Etat; ce serait trpp peu pour moi d'être » grand si la nation n'était pas grande elle* » même ; ainsi, quiconque s'attaquera à l'Etat , >) m'aura pour ennemi^ et celui qui voudra me )) 4étfuire deviendra traître à la nation. Il régla n sa conduite en verti^ de ce principe, et les >> folles têtes qu'il fit tomber n^ furent parle fait » que celles de rebelles et de gens coupables du » crime de lese-maj esté au premier chef ; ainsi » ferai-je , vous pouvez y compter. »
Ces paroles me causèrent une vive émotion ; j'y trouvai déjà une telle profondeur de despo* tisme^ que, dè^ma sortie du salon^ je me hâtai de les écrire sur mes tablettes; je puis assurer que je les rapporte presque textuellement ; tout ce qui peut avoir une tournure énergique ou^ittore^que est rendu mot à mot, pia mémoire re» tenait sans peine les expressions qriginales du premier consul. Napoléon me parla ensuite de ses projets de concordat avec le pape , et je le trouvai aussi supérieur sur le chapitrq des matières ecclésiastiques que sur toutes les autres soumises à sa décision.
Le 9 février i8or la France et l'Autriche
d'd» PAia DE FRANCE. 4'
signèrent un traité de paix à Lunéville ; nous pûmes alors respirer. Cette année nous procura également la paix avec l'Angleterre^ et la guerre y qui durait depuis dix ans^ fut momen-i tanément suspendue. J'en fis mon complimenten particulier au premier consul , il me répondit : « Nous allons recevoir un ambassadeur Anglais. » Voilà un espion, uo intrigant officiel et » respectable que le cabinet de Londres aura » dans Paris ; il y intriguera j non pas i son » aise, car j'y mettrai obstacle ; mais'ilyintri« » guera cependant contre moi. Je voudrais, et M je ne puis croireàla durée de cette pai^.: — ^Ne » la croyez-vous donc pas soiide9 — Non; car de I) l'autre côté de la mer notrç prospère tranquil-i )) lité sera insupportable^ regardons toujours » ceci comine une trêve dont il faut profiter. i> Le 'premier consul l'utilisa en efBet pour con» tinuer son plan d'amé^oration intérieure. Il créa la LégioQ-dïIonneur , institution qu'un grand génie pouvait seul imaginer, et qui, récompensant de la nikmt manière tous ]e^ services rendus à l'Etat dans des carrières di(fé-« rentes, réunit comme en un seul faisceau le militaire et le magistrat, l'ecdésiastique et l'industriel , 1^ savapt, le poète et l'aftisiç,
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Napoléon détruisait par là ces degrés arbitraires, ces classifications divergentes qui, jusqu'alors, avaient séparé les divers étals de la société ; une décoration unique coupait court à tout , et le soldat surtout ne trouvait plus de prétexte à un orgueil de caste et à un sot amour-prppre. Les militaires , toujours exclusifs, furent les seuls qui se plaignirent d'être confondus avec les pékms; au demeurant, peu d'ordres ont joui de la considération qu'obtint à sa création celui de la Légion-d'Honneur ; il ne comptait parmi ses membres que des gens de mérite; les choses ont bien changé depuis.
Les conventions du traité de Lunéville amenèrent à Paris le duc de Parme , décoré par Napoléon du titre de roi d'Etrurie. On regarda dans le temps comme un acte de haute politique de notre habile capitaine, d'avoir montré aux Parisiens ce que c'était que la royauté sans le prestige de la gloire. Jamais plus* pauvre prince ne fut appelé à monter sur un trône ,• c'était la nullité vivante et l'ineptie couronnée. Napoléon n'avait pu se faire une idée avant de le voir , de ce que pouvait être un souverain élevé dans la grandeur ; jamais on ne put l'amener à parler avec intérêt du peuple qu'il allait gouverner ^
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et son >ifjnorance historique était telle qu'il croyait fermement les Médicis issus d-une branche de la maison royale de France ; il dit un jour cette sottise devant moi, tandis qu'il était au cercle de madame Bonaparte.
Ce prince ne parut occupé que de futilité^ , ne songeant qu'au plaisir de la' chasse et à des inutilités qui dénotent une- ame petite et vaine ; l'étiquette l'occupait beaucoup. Ses niaiseries impatientaient Napoléon : « Voilà donc ce que » c'estqu'un roi de race ancienne, nous dit-il un » jour; certes §i Henri IV avôît été élevé comme M lui, il n'aurait pas conquis son royaume » à la pointe de l'épée. » Le roi d'Etrurie avait sa femme avec lui , princesse non moins insignifiante, et qui ne rêvait, de son côté, que modes, coiffures et pompons ; son premier soin, en arrivant à Paris ^ fut de se foire indiquer la meilleure faiseuse de modes j c'était madame Despaux, autam que je m'en souviens. Elle prit souvent chez elle de longues leçons sur l'art de placer un chapeau ; et organisa un service de toilette qui eut lieu par estafettes entre Florence et Paris , tant qu'elle demeura en Tos« cane. Ce fut là le résultat le plus important du voyage en France de ces deux têtes couronnées..
Les prélimiDaires de la paix ^ arrêtés dès 1 8oi j furent suivis de la paix elle-même; conclue à /kmiens, et signée le a5 mars 1802, J'ai dit ce que le premier consul en pensait; il ne se trompa pas ; ce n'était qu'une suspension d'armes dont l'Angleterre avait besoin, et qu'elle employa à notre détriment. Napoléon , de son côté , en ramenant la France à des idées de stabilité y con?* solida d'autant plus sa puissance ; il voulait que tout marchât conformément f la \o\, et vers cette époque il créa, pour concourir à la rédaction du Codecivil^ cette commission si imposante par les lumières et parla çupériorité de ses membres; là on rencontrait les Cambacérès, les Merlin, les Treilhard, les Deférmont^ les Tronchet, les Target , les Carnot , çtc. y en un mot, tous les noms pluçtres dans la jurisprudence moderne^ et donjl: le concours promettait une œuvre supé-* rieure à celles de leurs prédécesseurs. Le Code civil obtint l'asseptiment de l'Europe , et malgré quelques impeirfections inséparables de toute oeuvre humaine, ses dispositions régissent en-* cçre plus d'un royaume étranger.
d'un PÀHi DE FRANCE. 4^
OiAPÎTRÉ UL
Le premier consul président de la république cisalpine. — Causes qui le déterminent à prendre cettitdi^iité. •— On intri^pie autour dé Moreau. — Le général Leoourbe. — Foumier-SarloTèse. — Bemadotte. — La famille Moreau donne par ses menées l'éveil au premier coAsul. — Ce que me dit celui-ci à ce sujet. «— •' Mort de La Harpe. — Son caractère. — - Ses bizarreries. — Le .premier consul songe à obtenir une abdication de liOuis XYIII. — H in'appelle dans son cabinet. — Kdtre conîrersation. -^ Ptojet du traité d'abdication. — Il veut me charger de cette négociation. — Je la refuse. — Il insiste. — Je ne me rends pas. — Il me congédie. -^11 tente l'entreprise et ne réussit pas. — Amnistîe dés émigi^.
— Ce que Treilhatf^ en pense.— Ce que Napoléon en dit en 1 8 1 5.
— Il aimait l'ancienne noblesse. — Mot de Joséphine sur les bourtisans de bonne maison. — Réfléîfions.
Je me flattais alors que le premier consul, Vrai^ Inent digne de sa haute fortune^ aurait autant de gfrandeur d'ame que de géniey autant dé modéra^