‹ Mémoires et souvenirs d'un pair de france--Chapitre 8 sur 48 · MÉMOIRES I · texte numérisé non relu

MÉMOIRES I

lion que d'héroïsme , et que ne voulant du pouvoir , comme il me Pavait dit , que pour le bon-* heur de la France, il ne compromettrait pas ce noble but en se livra nt à tousles rêves de son ambition. Mon désappointement fut eSLtrême lorsque jele vis commencer en 1802 par se faire déclarer président de la république italienne dans la consulte réunie à Lyon. Au reste ^ ce fut ^eutêtre la nécessité et le besoin de prévenir un rival qui le porta à cet envahissement propre à éveiller contre lui l'inquiétude de l'Europe. Le général Moreau avait souffert le coup d'Ëtat du 18 brumaire: faible comme citoyen/ il était chaque jour exposé aux reproches de<4ra bellemère et de sa femme. Elles se plaignaient avec amertume de ce qu'Jl . n'avait pas su prendre pour lui ce qu'on lui avait offert ; timide moins par républicanisme que par indécision naturelle, Moreau^ tourmenté par sa famille, tantôt se retranchait derrière son patriotisme , tantôt accusait les circonstances, et tâchait ainsi de se justifier.

D'une autre part, des amis dévoués, le général L^courbe, Fournier-Sarlpyèse, alors colonel, Desperiere et quelques autres parmi lesquels il faut compter. Bernadotte qui , jaloux

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du premier consul , aurait voulu le précipiter de

son poste, assiégeaient incessamitientMoreau, et

le poursuivaient de touteleur énergie, demanifere

à presque suppléer à celle qui lui manquait. Ils

voulaient lutter en France contre le pouvoir

qui s'élevait, et renverser, s'il était possible,^

la constitution de brumaire, pour revenir à

celle des directeurs. Lecourbe, vraiment homme

de guerre, joignait à une. valeur peu commune,

une vivacité qui ne lui permettait pas toujours

de profiter des résultats de son courage. Il ne

connaissait le danger ni en présence de l'ennemi

ni dans l'intérieur .de la France. La guerre des

pots de cfiambre, si redoutée du grand Condé, ne

l'eût pas effrayé plus qu'une lutte à soutenir

contre toute l'Eurçpe^ Il aimait Moreau , parce

qu'il l'estimait ; il haïssait le premier consul,

parce que ce dernier , par sa conduite présente ,

lai paraissait dé€;hu de Sa gloire pas$ée 'i il ne

balançait pas à montrer son mécontentement,

et ses regards chagrins, son sourire sardo»

nique ^ l'amertume de ses propos , annonçaient

un conspirateur capable d'organiser un complot

à lui seul, ex qui n'hésiterait pas à lutter

corps à corps avec le chef du gouvernement

appuyé sur }q gouvernement même. Lecourbe ,

enfin , n'était pas courtisan ; il y avait de la roi*^ deur dans son épine ddrsale ; il ne s'abaissait pas devant le pouvoir ; et , chose étrange parmi nos militaires modernes^ il {)référait la liberté avec une médiocre existence , à un esclavage fondé sur la richesse ^ et dont les fers seraient cachés sous des cordons.

Fournier-Sarlovèse, véritable beaajils , par l'élégance de ses formes ^ la grâce de sa figure ^ mettait une grande partie de sa vanité à bien tirer le pistolet^ à £aire des armes ^ à danser y à jouer de je ne sais combien d'instrutnents , et réunissait les folies d'un élégant petitmaître à l'impétuosité d'un brave soldat. Sa tête était efféminée , son cœur possédait les qualités du militaire : il voulait tour à tour plaire dans un salon et briller sur un champ de bataille ; tout ensemble Adonis et Achille , occupé égalée ment à se faite ai met des fomnies et respecter de son régiment^ futile et profdnd^ prenant ses manies pour les' originalités d'un grand capitaine > il ternissait ses brillantes qualités par de grande défauts, et jetait sur toute sa vie, jusque là tre^ honorable , une teinte de ridicule par des prétentions que le héros véritable aurait repoussée^. Fier et plein de franchise, il ne pouvait souffrir

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la simplicité extérieure de Bonaparte , parce qu'elle était la satire de sa parure efféminée. Il était devenu Tennemi d'un grand homme , car celui-ci ne témoignait aucune estime pour les futilités auxquelleslui Sarlovëseattachait tant de prix. Loin de dissimuler sa haine^ il en faisait sans cesse para de; ilpersiflait le pouvoir^ et dans cette lutte inégale^ il se représentait comme le type du beau essayant de triompher du laid et du mauvais goût.

Bernadotte^ enân^ supérieur en habileté et en connaissances militaires à Fournier-Sarlovese , surpassait Leeourbe en mauvaise humeur , et Moreau dans tout ce qui touchaità la diplomatie ; dans un temps où le royalisme ne pouvait mener à rien , il s'accrochait à la liberté comme i Tunique chance qui pouvait le conduire à la for» tune; aussi nul n'était meilleur patriote, nul ne parlait plus haut de l'indépendance de la patrie , nul n'affichait plus de mépris pour les rois ; le résultat du dix-huit brumaire fut pour lui un coup de foudre. Il avait espéré que la marche des choses lui serait plus favorable > et que le pouvoir dont Bonaparte s'empa»

rait finirait par tomber dans ses mains. Trompé dans son attente, il chercha, par des complots

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