‹ Mémoires et souvenirs de Augustin-Pyramus de CandolleChapitre 141 sur 152 · ÉPÎTRE À BORÉE · texte numérisé non relu

ÉPÎTRE À BORÉE

faite au mois de décembre 1799, par un froid de 14°, dans une patache, en allant de Lyon à Paris *.

Mon Dieu je suis perclus de froid!

J'ai la moelle des os gelée !

Merci, merci, seigneur Borée,

Par Jupiter, épargnez-moi !

Je respecte fort votre haleine Lorsque sur la liquide plane

Je vois naviguer nos vaisseaux, Mais ici donnez-vous repos !

Priez cette neige maudite,

Qui couvre nos corps de flocons

1 Voyez ci-dessus, page 80.

Bientôt transformés en glaçons, De cesser sa rude poursuite !

Considérez qu'il est minuit,

Et sachez, tout dieu que vous êtes, Que c’est un trait des moins honnêtes D'attaquer son homme de nuit.

Voyez la charrette fatale,

Où dans cette nuit infernale Mont huché de cruels hasards :

Quatre planches mal agencées Sur l’essieu durement placées Et faisant jour de toutes parts, Telle est la charrette maudite

Où je reçois votre visite,

Les pieds placés dans un panier Où votre souflle se proméne,

Et n'ayant qu'un rideau léger Pour me parer de votre haleine.

Et pourquoi vais-je ainsi courant, Affrontant la neige, la pluie

Et toutes les rigueurs du vent?

C’est pour quitter une patrie Que mon cœur a toujours chérie, C’est pour quitter de vrais amis Que je chéris comme moi-même ; Mais ma folie est donc extrême !

Non, certes. D'ici, dans Paris, À travers la neige et la glace,

Je distingue un heureux salon Où j'ambitionne une place Autour de certain guéridon !

Gui, je l'aurai, dût la colère

Du dieu qui préside aux frimas Devenir encor plus sévère

Dans ces déplorables climats.

Cette espérance me ranime !

Borée a beau se tourmenter, C'est le serpent qui mord la lime Et qui ne saurait l’entamer.

Mes pieds, mes mains pourront peut-être Se glacer, grâce à sa rigueur,

Mais je défie ce grand maitre

De pouvoir refroidir mon cœur.

VERS ÉCRITS EN 1810 SUR L'ALBUM DE MADAME LA PRINCESSE CONSTANCE DE SALM-DYCK.

Dans mon jeune âge, entre Apollon et Flore, Mon esprit flottait incertain, Mais, que dis-je ? il balance encore, Et secret déserteur du style linnéen, J'ose parfois, en rimes hasardées, Peindre à huis clos mes plus chères idées.

Ici, par un accord heureux, Je trouve unis, dans ce manoir antique, Ce qui fit l’objet de mes vœux, L'amour des vers et de la botanique ‘.

De cet accord pourrait-on s'étonner ?

Si parmi les neuf sœurs Flore n’est point placée, Si du Parnasse elle semble chassée, De cet arrêt elle a droit d'appeler.

Combien de peintures riantes, De tableaux frais, d'images séduisantes Ne peut-elle pas inspirer ?

Elle à son Pinde, et les noms de Virgile, De Darwin, de Castel, de Vaniére et Delille, Suffisent bien pour l’illustrer.

Puisse à leurs noms se joindre un jour le vôtre, Belle Constance, et notre Pinde heureux Et de sa conquête orgueilleux N'enviera jamais rien à l’autre.

1 La princesse est un des poëtes distingués de l’époque et le prince de Salm est un habile botaniste. (Note de l'auteur.) — Mme la princesse de Salm, née de Theïss, avait un talent extraordinaire d'improvisation. Mon père a soutenu avec elle d’assez longues conversations, elle, parlant en vers alexandrins. Le prince de Salm, qui était aimé et respecté de tous les botanistes, vient de mourir à Nice dans un àge très-avancé. (Alph. de C.)

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