‹ Mémoires et souvenirs de Augustin-Pyramus de CandolleChapitre 6 sur 152 · PRÉFACE DE L'ÉDITEUR. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR. XI

sieu, perfectionnait avec une rare sagacité la méthode naturelle de classification, qui avait toujours eu des racines en France, mais il ne sortait pas de ce genre de questions, ni de l’examen d’une seule des deux grandes classes du règne végétal, et il négligeait volontairement les espèces pour s'attacher aux genres et aux familles. L'étude des organes, en eux-mêmes, existait à peine. Si un homme de génie, tel que Gœthe, développait quelques points de vue remarquables à cet égard, on n’y faisait aucune attention. La géographie botanique, dont Linné s'était occupé, était abandonnée. Evidemment, la science, maloré des progrès partiels, s'était amoindrie par trente années de subdivision. Elle a repris vigueur lorsqu'un seul mdividu a cultivé simultanément la physiologie et la botanique descriptive, les organes des plantes et leurs relations de formes, les espèces comme les genres, comme les familles ou les classes, les plantes de toutes les catégories et de tous les pays, leur distribution géographique, leurs propriétés médicales et leurs applications aux usages économiques. Celle fusion se faisait d’ailleurs avec un degré de talent qu'il ne m’appartient pas d'apprécier, mais que des juges impartiaux et plus habiles que moi ont qualifié de génie‘.

Linné, avec une justesse de vue admirable, avait posé des principes, mais il les avait proclamés avec autorité, dans le style d’aphorisme, à la manière des lois du décalogue ou des douze tables. Cette forme ne pouvait pas convenir à la fin du dix-huitième siècle. Alors on voulait aussi des lois, mais des lois exposées et discutées. Il ne fallait même plus de discussions en latin, quoique la préface du Genera plantarum de Jussieu en eût continué l'usage. La conviction n’arrivait plus de cette mamière, et la preuve c’est que, jusqu’en 1805, date de la Flore française, c’est-à-dire dans les quinze ans qui ont suivi l'apparition du Genera, aucune flore, aucun ouvrage important de botanique n’a été publié, même à Paris, en suivant le système recommandé avec tant d’habileté par Jussieu. Pour

® Ilest le seul homme, depuis Linné, qui ait embrassé toutes les parties de la botanique avec un égal génie, à dit M. Flourens dans le remarquable éloge déjà cité. — IL a été le Linné de notre époque, répète plusieurs fois M. de Martius. — Sur les analogies de caractère avec Linné, voyez p. 569.

Page 1