PRÉFACE DE L'ÉDITEUR. XIII
voir les botanistes. L'idée est conforme à la grandeur même de la nature, car elle offre semblablement un centre auquel tout est ramené (l’unité d’un plan de composition) et une infinie variété dans les détails. Cette variété crée une apparence de confusion, mais avec un ordre intime parfait. On dirait une de ces grandes nations fortement constituées dans lesquelles certains malheurs, certains abus résultant, par exemple, de la liberté individuelle ou de la séparation des pouvoirs, n’empêchent pas de reconnaitre l'unité de l’ensemble, et expliquent même, si on les envisage de haut, certaines causes de stabilité et de vigueur.
Le sentiment de l’unité de composition a toujours existé, d'une manière plus ou moins claire, dans lesprit des naturalistes. Il naît de l’étude des rapports et se manifeste dans toute tentative de classification naturelle. Gœthe l'avait concu fortement. Geoffroy Saint-Hilaire en zoologie, de Candolle en botanique, l'ont développé, sans avoir la moindre connaissance des opuscules sur l’histoire naturelle de leur illustre devancier ‘. L'idée plus particulière de mon père, celle de la régularité du plan typique dans les végétaux, idée que Gœthe a loujours repoussée, se rapproche des théories de Haüy”* sur la cristallisation, et de la loi des proportions déterminées de Berzelius pour la composition chimique des corps. Ce n’est pas tout à fait par hasard. Rien n’est dû au hasard dans la génération des idées, mais le lien qui les a unies à l’origine demeure souvent inconnu. On verra dans les Mémoires de mon père qu'il avait suivi dans sa jeunesse un cours de Haüy, dont il connaissait bien les ouvrages, et qu’à la première notion de la découverte de Berzelius il fut saisi d’un véritable enthousiasme.
Théories, vaines théories que tout cela, diront beaucoup de naturalistes de notre époque, un scalpel à la main et l’œil à l'oculaire de leur microscope. Je ne suis pas de leur avis. Ces théories sont ce qui groupe les faits beaucoup trop nombreux pour nos intelligences limitées ; elles enfont chercher de
* Voyez ma note, page 572.
* Remarque de M. Daubeny, qui a fort bien exposé les doctrines de mon pére dans son éloge. (Edinburgh philos. Journal, 1543.)