DEPART POUR BESANÇON
cela parce que le propriétaire du bateau ne voulait pas de femme à bord ; déplus, elle travaillait et était payée comme un marinier.
Dans la maison que nous habitions, demeurait une denioiselle d'une beauté remarquable; elle était en- . trolenuo par un riche négociant de la ville. Elle aimait a la folie, disait-elle, les spectacles et les bals. Son amant ou son monsienvy ainsi qu'elle l'appelait, était marié et ne pouvait sans so compromettre Taccom})agnor au théâtre ou ailleurs. La demoiselle faisait d'autres connaissances et changeait souvent. Les amoureux écrivaient dos lettres. La belle, qui ne savait pas écrire, s'adressait \\ moi, de sorte que j'étais le secrétaire et le confident de cette fille. Elle avait une sœur très laide, la nature s'était montrée bien avare à son égard. La malheureuse vola quelgucs bùclies de bois sur le port. Elle fut prise en flagrant délit par un commissaire de p(dice ; elle aurait été infailliblement condamnée à la prison sans l'intervention de sa soîur. Ce magistrat fut séduit par la l)oauté de celle fille et l'affaire du vol de bois n'eut pas de suite.
J'aidais ma mère dans son travail, quand nous avions fini de teindre le peu de marchandises qu'on nous api)ortait; ma mère raccommodait nos vêtements et notre linge, et moi j'allais pieds nus a travers les rocliers ou dans les forêts chercher du bois mort. Je
dois avouer qu*ignorant les lois qui régissaient la propriété, je rapportais quelquefois du bois vert que je coupais à Taide d'une serpette.
En allant au bois, j*avais fait la connaissance d*un garçon de seize ans qui gardait un troupeau conij osé d'une vingtaine de chèvres et d'un bouc. Vu jour je le trouvai dans les rochers; c'était à mi-côte, il y y avait la une petite plate forme sur laquelle la pous- . sicre apportée par les vents et les détritus des végétaux avaient fait une couche d'humus ou l'herbe poussait à merveille. On ne pouvait pas la voir de la route qui passait au pied de la montagne ni du sommet, parce que des rochers la surplombaient. Je félicitai ce pâtre d'avoir découvert un endroit aussi agréable où il pouvait se reposer. Il me dit qu'il venait là lorsqu'il voulait s'amuser. Puis ce dégoûtant chevrier se livra, malgré mes protestations, avec une do ses chèvres à des exercices qui me révoltèrent. Quelques jours plus lard, je le rencontrai dans une autre partie de la montagne; iliivait cueilli des fraises, il les mit dans une écuelle qu'il portait dans son sac, il fît couler du lait chaud sur les fraises et m'en offrit. Je ne voulus pas en goûter; ce que j'avais vu quelques jours auparavant m'avait fait tellement horreur que j'avais pris en aversion le berger et le troupeau.
Quand je pouvais m'échapper de la maison, j'allais avec des camarades sur le vieux pont de Bregille, et, . debout sur la barrière, nous piquions^ des tètes dans la rivière. Lorsque le Doubs est bas, ses eaux ont une