‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 20 sur 89 · JE TRAVAILLE DANS UN ATELIER DE TI8SAQE EN QUALITÉ D'OUVRIER · texte numérisé non relu

JE TRAVAILLE DANS UN ATELIER DE TI8SAQE EN QUALITÉ D'OUVRIER

J*avais h peine quatorze ans lorsqu'il me fallut aller travailler dans les ateliers.

Mon patron fut obligé d'arranger son métier exprès pour moi^ a cause de la petitesse de ma taille.

Je travaillai dans l'atelier de ce patron pendant près de quatre ans, a différentes reprises. Les chômages m'obligeaient quelquefois à chercher du travail ailleurs.

En 1837^ mon père vendit encore une fois ses meubles et ses métiers ; avec l'argent qu'il en lira, il

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alla s'établir teinturier dans le lîugey. 11 devaitt disait il, habiter seul jusqu'à ce que ses a£faires fussent devenues prospères, mais, en réalité, il prit avec lui une domestique qui exerça un grand empire sur lui et lui fit oublier longtemps sa femme et ses enfants.

Je restai avec ma mère, mes scmirs Annelte et Marguerite la plus jeune, puis mon frère llippolyte. Ma mère continuait a vendre dans les maisons des fruits, du beurre, des œufs, etc., etc. ; moi, je travaillais au Mont-Sauvage ; mes deux sœurs et mon jeune frère allaient a l'école.

Le départ de mon père m'affecta considérablement, je pleurais souvent quand j'étais seul. Je faisais tous mes elTorts jour ne pas aggraver le chagrin de ma mère ; néanmoins, je devins sérieux, je perdis une partie de ma gaieté.

Nous restions à peu près sans argent, sans meubles ; nous couchions sur des paillasses par terre, sans bois de lit. Nous habitions une mansarde sous les toits, sur le derrière de l'ancien numéro Oi \ a la Grandet^ôte ; cette pièce nous coûtait huit francs par mois.

Tne révolution s'oj:éra en moi en fort peu de temps. Je cessai déjouer ainsi que le font les autres enfants • ou jeunes gens de cet âge, je devins un homme. J'avais un grand devoir à remplir; il fallait aider ma mère à élever mes deux sieurs et mon frère plus jeunes que moi, jusqu'à ce qu'ils fussent assez forts pour gagner eux-mêmes leur vie.

' Auiounl'hui. if 41.

En même tem^js que je renonrais aux amusements de mon âge» le désir de m*instruire devenait impérieux : je dévorais tous les livres que je pouvais emprunter. Je lisais indistinctement les \bons et les mauvais, je n'avais personne pour me guider.

Ce que j'avais appris chez les Frères était bien peu de chose. Tout mon savoir se bornait ix la lec ture, à récriture, a Tarithmétique : en outre, j'avais quelques notions de géographie. Je connaissais très peu l'orthographe, je n'avais aucune notion d'histoire universelle et aucune idée de ce qu'était une science. Je n'avais rien de ce qui est indispensable pour étudier; je n'avais ni livres classiques, ni conseils, tout me manquait. Que de lecture perdue faute d'un guide ! *

D'ailleurs, où aurais -je appris à distinguer les livres qu'on peut lire avec fruit de ceux qui sont plutôt nuisibles qu'utiles i

Ma mère ne sachant pas lire trouvait que j'étais assez savant; elle me grondait parce que je veillais tard pour m'instruire et aussi parce que je brûlais de riiuile.

Malgré ces petites contrariétés, j'exerçai bientôt une grande influence sur son esprit ; elle ne faisait rien sans me consulter. S'agissait-il d'acheter une robe a une de mes sœurs ou un pantalon a mon jeune frère, elle me demandait toujours mon avis. Accoutumée k une Sorte d'obéissance passive vis-à-vis de mon père, il lui semblait qu'elle avait été créée pour obéir et travailler.

Ma mère a travaillé énormément toute sa vie, mais

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