MES DEBUTS DANS LA POLITIQUE
On (lit que tout chemin mène à Rome ; pour cette dame toute conversation finissait par aboutir au même sujet. Je voyais bien où elle voulait en venir, mais j'avais l'air de ne pas comprendre. Elle devint alors plus explicite ; un jour, elle me dit : « C'est dans votre intérêt que je vous donne ces conseils; croyezmoi, n'allez pas vers ces filles des rues. Quand on est gentil et discret comme vous, on trouve facilement dos femmes comme il faut qui ne demandent pas mieux de se dévouer. Tenez, c'est comme nous deux, nous sommes toujours seuls, qui le saurait? Ce n'est pas moi qui irait le dire. »
Sans avoir la vertu d'un Joseph, je professais certains principes à l'endroit des femmes mariées qui les rendaient sacrées pour moi. L'occasion était bien tentante ; si j'étais resté dans cette maison, je ne sais ce qui serait arrivé, malgré le respect que j'avais pour les femmes des autres; aussi, je pris le parti de m'éloigner de cette aimable tentatrice.
L'amour vient spuveut sans qu'on y pense; Dante a fait dire à Francesca di Kimini : ^
Noi Icggovamo uii giorno pcr diletto Di Lancilotto coine amor lo strinse :
Soli oravamo c senza alcun sospetto.
Fer piii fiatc gli occlii ci so.spiusc Quclla Icttura e scolorocci '1 viso; Ma solo un punto fu quel clie ci vinse.
Quando leggemmo il disiato riso Kssex* baciato da cotanto amante, Questi che mai da me non fia diviso La booca mi baciù tutto tremante :
tialeotto fuil libiti o chi lo scrisso :
Quel giorno più non vi leggenimo ayante i.
(Dante, Itifervo^ canto Y.)
L'enseignement que j'en tirai est celui-ci : Il ne faut jamais laisser seuls, en tête k tète, des heures entières, deux individus de sexes différents. Ces réunions de deux êtres mariés ou non finissent fatalement par ce qu'on n'avait pas prévu en commençant.
Le pauvre mari fut tellement contrarié de mon départ qu'il vint chez ma mère m'offrir des avantages nouveaux pour m'engager à rester chez lui.
Je recherchais la société des ouvriers qui aimaient rétude. Le dimanche nous nous réunissions quelques uns, nous nous communiquions ce que nous avions appris depuis la dernière fois que nous nous étions vus.
Les ouvriers qui aiment l'élu^le arrivent presque tous à s'occuper de politique. Les journaux étaient rares et chers, il n'était pas aussi facile de s'en pro -
^ Un jour, nous lisions par plaisir comment i*amour s^emparu de Lancelot; nous étions seuls et sans aucun soupçon. Cette lecture nous contraignit plusieurs fois a nous regarder et nous fit pâlir; mais un seul passage nous vainquit. Ce fut quand nous lûmes que cet amant si tendre avait imprimé un baiser sur ces lèvres au doux sourire. Celui qui n'est jamais sépuré de moi, tout tremblant, nié donna un baiser sur la bouche. Le livre et celui qui récrivit en furent cause. Ce jour-là, nous ne lûmes pas plus avant.