MRS DEBUTS DANS LA POLITIQUE TT
curer qu*aujourd'hui. Lorsque nous connaissions une chose nous désirions en connaître une autre, et insensiblement nous fûmes conduits à nous occuper des affaires publiques.
En général ceux qui s'occupaient de politique étaient les plus intelligents et par conséquent les ouvriers les plus habiles.
En 1840 j'appris que celle que j'aimais s*était mariée : j'en ressentis un vif chagrin.
A partir de cette époque je m'occupai sérieusement de politique.
En mai 1839 la Société dos saisons^ ^ dirigée par liarbès, lilanqui, Martin Bernard, Lamieussens et Raisan, tenta de renverser le gouvernement pour établir la Uépublique. Cette insurrection fut comprimée facilement par la troupe et par la garde nationale. Le moment n'était pas encore venu, les républicains ne formaient alors qu'une faible minorité dans le pays. Pour qu'une insurrection se change en révolution, il faut que la désaffection soit devenue générale, il* faut que le gouvernement ou le chef du pouvoir, par une série de fautes, se soit aliéné Topinion publique. Quand il est arrivé à ce degré, il est perdu, personne ne le défend et une poignée d'hommes audacieux suflit quelquefois pour le renverser.
^ L*uiiité ou le groupe s*appelait aemaine^ la réunion de quel«* ques sCinaincs s*appelait inois^ et plusieurs mois formaient une saison^ otc.
f8 MEMOIRES ET SOUVENIRS
La Société des saisons avait des ramifications à Lyon. Les républicains lyonnais se divisaient eu deux catégories : la première se composait de ceux qui croyaient avoir la vraie tradition révolutionnaire, et se préoccupaient surtout de la forme du gouvernement, c'étaient les jacobins; la deuxième catégorie ' comprenait tous les républicains qui, sans négliger les questions politiques, s'occupaient plus particulièrement des questions sociales, champ vaste à exploiter, mais jusqu'il présent peu fécond en résultats pratiques. Un grand nombre de ces derniers avaient adopté les idées de Habeuf reproduites dans le livre de Buonarotti: ils s'appelaient babonvLslos. Ils étaient en majorité dans deux sociétés secrètes, celle des Saisons et fa Charbonnerie. Ctis sociétés étaient secrètes pour le public seulement; la préfecture avait SOS agents qui la renseignaient sur les fails et gestes des affiliés, de manière qu'il n'y avait rien de moins secret que ces prétendues sociétés secrètes. En réalité ce n'était que des souricières dans lesquelles le gouvernement pouvait opérer une razzia lorsque les besoins de sa politique exigeaient qu'il agitât le spectre de l'anarchie. Les sociétés secrètes avaient leur raison d'être quand il s'agissait de préparer une conspiration contre un pouvoir despotique, mais sous le régime républicain, avec le suffrage universel, elles sont sans objet. La politique doit se faire au grand jour ; ceux qui pensent avoir de bonnes idées, qu'ils les propagent par les moyens légaux, ils les verront traduire en lois dès qu'elles auront acquis l'assentiment de la majorité.