MRS DÉBUTS DANS LA POLITIQLM
En 1840, il y eut beaucoup d'agitation dans le pays; Tinfluence de la France dans les affaires d*Orient était méconnue par les grandes puissances, peu s*eu fallut que nous n'eussions la guerre. Le parti libéral, qui la désirait, s'efforça de réveiller le patriotisme de la })opulation. Les républicains sentaient vivement l'injure faite à la France. Ils firent de l'agitation pour obliger le pouvoir à prendre une altitude plus ferme en face des nations étrangères. On fit chanter la Marseillaise dans les théâtres et a Lyon on la chanta aussi sur les places publiques ot dans les rues.
Ces manifestations bruyantes troublaient la Iranquillité de la ville, l'autorité prit des mesures pour les faire cesser. La troupe chargea ceux qui y prenaient part sur la place des Terreaux. Quelques arrestations furent faites, les chanteurs débandés se rallièrent et montèrent à la Croix-Rousse. Ils so massèrent autour de la «croix sur la place et chapeaux bas, ils chanteront le dernier couplet de l'hymne patriotique : Amour sacre de la patrie, etc. Il y avait quelque chose de mystique dans l'acte que faisaient ces républicains, groupés autour d'une croix de pierre et chantant tète nue, a minuit, la Marseillaise. La plupart ne fréquentaient plus les églises, mais ils subissaient a leur insu l'influence de co qu'ils avaient appris dans leur enfance.
On se donna rendez-vous pour le lendemain au soir. Je faisais partie des manifestants. Mais, le lendemain, le Rhône et la Saône avaient débordé, ^iVon avait un aspect morne, silencieux ; personne
^ MÉMOIRKS» KT SOUVENIRS
ne songea à manifester. Toutes les parties basses de la ville étaient inondées, Teau sortait de tous côtés par les gueulards des égouts. La Saône submergeait le quai Saint -Antoine ; les rues Dubois, de la Grenette oi plusieurs autres étaient transformées en canaux; la place de Bellecour était couverte d'eau. Dos bateliers faisaient traverser la place dans des liarques moyennant quelques sous. Le quartier do Vaise souffrit beaucoup. Un grand nombre «le maisons bâties en pisé s'affaisseront lorsqu'elles eurent été détrempées par les eaux. La j^asserelle du palais <le justice fut emportée, etc., etc.
Les inondations firent une puissante diversion à la politique; pendant quinze jours la presse ne s'occupa que de ce redoutable fléau.
A partir de cotte époque, jVntretins des relations suivies avec les hommes qui s'occupaient de politique, .l'étais républicain par sentiment, mais, k dater de ce temps, je compris que c'était la seule forme do gouvern(»mont conforme à la justice, au droit, à la raison, sous laquelle riches et pauvres peuvent vivre en paix, s'aimer les uns les autres, à Tabri des révolutions, grâce au suflrage universel qui doit être la base du gouvernement réimblicain.
Si le peuple a le nombre pour lui, la grande et la petite bourgeoisie on\ le savoir et la richesse, deux choses qui donnent l'influence et qui compensent largement l'avantage du nombre. 11 en sera ainsi longtemps encore.