‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 31 sur 89 · M. CABET, SON VOYAGE A LYON · texte numérisé non relu

M. CABET, SON VOYAGE A LYON

L*amour que j*épi*ouYais alors pour M"* Jeanne ne m'absorbait pas au point de me faire oublier la politique.

M. Gabet venait de publier son Voyago en Icarie. Ce livre, écrit dans un style simple, clair, de façon à Aire compris par toutos l(»s intelligences, avait trouvé de nombreux admira tcnirs dans la classe ouvrière. (Votait tout un plan d'organisation sociale, et pour le faire comprendra, M. tiabet avait sui)posè une société organisée (»u communauté, vivant dans une pays imaginaire auquel il avait donné le nimi iVIcarie.

La propriété individuelle était abolie, toutes les richesses inunobilières ou mobilières appartenaient k In nation, c*est-ii-ilire a tout le monde. La monnaie était supprimée. Desdistributions quotidiennes étaient faîtes, chacun recevait en natun^ ce qui lui était nécessaire pour se nourrir, se vêtir, etc. Les travaux se faisaient en commun, chaque membre de la comnmnauté apprenait le métier le plus conforme a ses goûts et à ses aptitudes.

La vieille société, basée sur l'antagonisme des intérêts, avec ses inégalités, ses vices, ses iwv^fet^^^ disparaissait pour faire place à une nouveWô ^ooÀfeXÀ

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OÙ tous étaient égaux, solidaires, vivant comme les ^ membres d'une grande famille; plus de misères, plus de vols, plus de prostitution, plus d'assassinats et par conséquent plus de gendarmes, plus de prisons. Cette organisation nouvelle était donnée sous une forme attrayante. C'était plus qu'il n'en fallait pour séduire l'imagination de pauvres ouvriers qui souffraient, qui étaient inquiets de l'avenir pour eux et leurs enfants, et qui ne voyaient pas la possibilité d'améliorer leur position.

Les adversaires de ce plan d'organisation sociale lui reprocliaient de parquer les individus comme des moines daiis un immense couvent. Ils lui reprochaient surtout de ne pas tenir compte de la liberté individuelle.

7 Malgré ces graves objections, je dois avouer que je devins un partisan déclaré de la doctrine îcariomw }{\sq\xti\x jour où j'ai compris que ce système social était impraticable.

Les hommes ont des qualités et des défauts qui les empêcheraient de vivre dans une société de ce genre ; pour habiter dans un tel milieu il faudrait des anges et non des êtres humains.

].o^icariens lyonnais formaient plusieurs groupes dont le plus important se réunissait chez M. Garçon, rue Sainte-Rose, à la Croix-Rousse. J'assistai souvent a ces réunions composées d'hommes, de femmes et d'enfants. Les soirées s'y passaient agréablement. On y récitait des fables, on y chantait des chansons politico-socialistes dont le plus grand nombre était l'œuvre de jeunes icariens. On y discutait toutes

sortes de questions politiques et sociales. Cétait un excellent moyen pour habituer les hommes à parler en public, Pour plaire aux dames et aux enfants, les soirées se terminaient généralement par des jeux innocents. Ces réunions étant extra légales, il était convenu que toutes les fois que la police se présenterait, on jouerait aux jeux innocents. En effet, le commissaire de police est venu plusieurs fois nous visiter; il s'est toujours retiré en nous disant de lexcuser d'avoir troublé nos jeux.

Une scission se produisit à Lyon parmi les partisans du communisme icarien: les uns voulaient établir ce nouvel état social par la violence; les autres ainsi que leur chef Cabet attendaient tout de la propagande pacifique. Les révolutionnaires appelaient les pacifiques des endor«»nmrs, et les pacifiques appe laient leurs adversaires des brouillons dont les doctrines devaient aboutir au néant.

M. Cabet, dans le but de les rallier, entreprit un voyage long et pénible; il n'y avait pas encore de chemin de fer entre Paris et Lvon.

J'eus le plaisir de voir ce sincère ami du peuple. 11 était d'une taille moyenne ; sa figure était agréable, fine, douce, empreinte d'un air de bonté qui mettait les plus humbles a Taise avec lui; il n'avait rien de recherché dans sa toilette; son langage était celui d'un homme qui a la foi, d'un apôtre qui est convaincu de l'excellence de ses idées ; toute sa personne respirait un air de bonhomie qui le faisait appeler par ses adeptes le j)èye Cabet.

Du reste, c'est ainsi que le peuple désigne cevxY.

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