‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 35 sur 89 · M«^ FLORA TRISTAN · texte numérisé non relu

M«^ FLORA TRISTAN

s'appelaient: Bertholon, Kaufmaiin et lUttîer. Maïs ce journal, représentant rélément bourgeois, n'avait aucune influence sur la classe ouvrière. Pour avoir (les signatures, il fallait nécessairement des intermédiaires entre le journal et les travailleurs. Dans ce but on convoqua tous les hommes ayant une certaine notoriété et possédant un i)eu d'influence parmi les ouvriers. Quoique bien jeune, j'eus l'honneur d'être compris parmi les hommes qui passaient pour influents à cette époque.

Obtenir des signatures alors était une grave affaire dont on ne se fait pas une idée aujourd'hui. Depuis on a tant fait de pétitions que le public s'est familiarisé avec l'exercice de ce droit qui a été inscrit dans la Constitution de 1848.

Mais, en 1845, beaucoup de gens craignaient de se compromettre en signant, ils avaient peur de déplaire au gouvernement.

Muni d'un encrier et d'une plume, accompagné de deux de mes amis, j'allai a domicile, dans le quartier qui m'était assigné, solliciter des signatures. Je n'entreprendrai pas de raconter tous les déboires que j'éprouvai. L'ignorance était telle que les femmes faisaient cacher leurs maris pour les empêcher de signer. Il y en a qui refusèrent d'apposer leur noms au bas de la pétition, alléguant pour excuse que leur signature ne servirait à rien, si ce n'était k les compromettre ; que, d'ailleurs, ils ne croyaient pas a une amélioration possible de leur sort, qu'il y avait toujours eu des riches et des pauvres et qu'il en serait '-f'nsi de tout temps. A colé de ce% ^îVMNt^^ diables

fatalement résignés à leur sort, beaucoup trop nombreux, hélas ! il y avait des hommes qui s'empressaient de signer et nous remerciaient du dévouement que nous montrions en nous chargeant d'une tâche aussi ingrate.

Ces derniers nous dédommageaient amplement des contrariétés que nous faisaient éprouver les autres. D'ailleurs, nous avions la conscience de remplir un devoir, mes amis et moi, et cela nous suffisait.

Cette pétition n'aboutit qu'à un énorme fiasco. On comptait obtenir plusieurs millions de signatures, et le chiffre total ne s'éleva pour toute la France qu'a cent vingt mille environ. Lyon, je dois le dire à son honneur, fut la ville qui en fournit le plus grand nombre propoi'tionnellement au nombre des habitants.

L'enquête ne fut pas ordonnée; le petit nombre de ceux qui la réclamaient semblait faire croire que les travailleurs étaient généralement contents de leur condition. Les optimistes de la réaction se frottèrent les mains de satisfaction; quant aux républicains, ils n'accusèrent que l'ignorance du peuple et n'en tra vaillèrent qu'avec plus d'ardeur à préparer l'avèneuienl du gouvernement républicain qui seul peut et doit donner Tinstruction gratuite et une plus grande somme tle bien-être a tous.

Pendant le temps que je travaillais chez ma mère, la fabrique lyonnaise subit une crise coiume eW^ %\i a subi à ïovtles les époques ; beaucoup àfe \vÀNXfe\^

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